lundi 06 mai 2013

Athée, vraiment ?

Pito est geek, un peu. Célibataire, il a traîné ses guêtres dans différentes branches professionnelles avant d'atterrir dans l'informatique parisienne, comme beaucoup, à l'approche de l'an 2000. Il se dit athée par désintérêt... Et à l'occasion, parle avec un certain mépris d'un curé de son enfance qui l'a marqué. Dans le mauvais sens du terme. Depuis, il ne veut plus entendre parler de l’Église. Il a deux filleuls, qu'il couvre régulièrement de cadeaux et dont il suit l'éducation avec assez d'intérêt. Il veut être un parrain copain et bienveillant, cherchant à éveiller la curiosité intellectuelle de ses filleuls, leur sens critique... Et de la négociation aussi, parfois !

Pivi est geek aussi, à fond : jeux de rôle, univers fantastiques et de science fiction, esperanto, programmation professionnelle et personnelle... Marié, deux enfants, il a le sourire aussi facile que le verbe, le coeur sur la main et une franchise qui fait parfois grincer des dents. Surtout en entreprise. La religion ? Il en a eu un aperçu. A rencontré des clercs pas très ouverts, d'après ses dires. Et après avoir subi les épreuves de la vie, vu le mal de près, il refuse de croire en un Dieu bon. Et même en un dieu tout court. Malgré tout, il reconnaît qu'il a été élevé dans une société judéo-chrétienne dont il apprécie les valeurs. Il s'est marié, mais pas à l'église. Son fils, l'aîné, a reçu le baptême à l'église pour des convenances familiales ; sa fille cadette a reçu un "baptême républicain". Il ne donnera pas de catéchisme à ses enfants, s'efforcera de les éduquer à différents points de vue spirituels "pour qu'ils puissent choisir une religion, s'ils le souhaitent".

Jean Claude a un travail répétitif, qu'il trouve barbant et peu enrichissant intellectuellement. Pour ne rien arranger, ses collègues, qui ne ratent pas un épisode de "l'amour est dans le pré", seraient bien incapables de citer trois espèces de céréales ou trois races bovines... Avide de savoir et de réflexion, il cherche en permanence la discussion sur des sujets aussi divers que la géopolitique, l'histoire, la philosophie, les religions... Rien ne l'intéresse plus qu'un débat argumenté sur un sujet qu'il maîtrise ou qu'il souhaite approfondir. Il s'est construit seul, faute de structure familiale solide et de moyens financiers suffisants. Son enfance au parcours chaotique n'a pas laissé la place pour un enseignement religieux. Il se dit athée, agnostique, bouffeur de curés... Et est trop heureux de lancer une discussion sur les différences entre les cathares et les protestants. Sa soif spirituelle, son besoin de présence, de lien, se ressentent dans chaque propos qu'il tient. Athée, vraiment ?

Bénédicte a grandi dans une famille rationnelle. Les pieds sur terre, la valeur du travail avant tout, elle est devenue une fourmi[1] laborieuse, hypermotivée, la conscience professionnelle chevillée à l'esprit. Elle se targue d'avoir un minimum de culture, et a bien appris quelques histoires, des traditions religieuses, la signification de certaines fêtes... Comme beaucoup, elle confond immaculée conception (de Marie) avec conception virginale (de Jésus). Sans attachement particulier à l’Église, elle prône une éducation forte et stricte, sévère mais juste, une morale assez classique somme toute.

Guillaume s'est construit par provocation, par opposition aux autres. Opposition à sa mère dont il n'était pas le préféré et pour laquelle il s'acharnait à être toujours plus turbulent. Opposition sociétale en choisissant un look que l'on peut qualifier de marginal : cheveux longs, habillé de noir de la tête aux pieds et parfois jusqu'aux ongles. Opposition à une Église qu'il considère comme un instrument de pouvoir et de manipulation, à un Dieu dont il nie farouchement l'existence. Pourtant... Derrière la façade un peu abrupte, on le découvre compétent, serviable, toujours de bonne compagnie et l'oreille attentive. Il joue avec humour de son côté décalé et ne veut surtout pas entendre qu'il pourrait avoir quelque attache... Mais est prêt à aller jusqu'au mariage religieux, lui qui se dit ouvertement athée, pour pouvoir faire sa vie avec celle qu'il aime, la mère de son fils dans quelques temps[2]. C'est aussi celui de mes coéquipiers qui affiche le plus ouvertement son ignorance de tout catéchisme, et me pose régulièrement des questions sur tel ou tel point de pensée, de dogme, pour avoir une sorte "d'état de l'art"...

Sylvain et Élodie ont été baptisés, et c'est à peu près tout. Concubins depuis plusieurs années, ils ont fini par se marier. C'est alors que la question s'est posée : mariage religieux ou pas ? J'avais fait une bénédiction lors du mariage d'un couple d'amis, ils s'en souvenaient et avaient été touchés, à défaut de comprendre ou d'adhérer. Conscients de la légèreté voire de la provocation que serait de leur part une demande de mariage à l'église, ils ont évoqué l'idée d'une bénédiction, une petite prédication, "quelque chose"... Nous en avons discuté ensemble, parlé superstitions, croyances, foi, rites, symboles et ressentis... Un peu de la Bible et de Jésus, aussi. On a cherché le fond de leur demande, je leur ai dit que c'était eux qui se mariaient, pas leurs grand-mères pour qui c'était fait depuis longtemps. Nous n'avons pas fait de célébration. J'espère juste ne pas avoir rebuté, permis de poser une réflexion, quelque chose qui ait un peu de sens.

Au travail, entre amis, en famille, se définir comme "athée, avec des valeurs" est désormais l'équivalent de celui qui, il y a deux générations, allait à la messe le dimanche "parce que ça se fait". Mais sont-ils véritablement athées, ces gens qui m'entourent, me provoquent, me questionnent ? Sont-ils si différents de ceux qui, il y a quelques décennies, n'avaient d'image de l’Église que celle que leur renvoyait le curé lors de la messe où les (en)traînaient leurs mères, leurs épouses, leurs enfants ? Quel est mon rôle, notre rôle, en tant que croyants ? Doit-on seulement tenir un rôle particulier ?

Note : oui, je parle essentiellement de gens venant de familles catholiques. Je préviens d'avance les trolls protestants : si je n'ai pas d'exemple en tête dans un cadre protestant, c'est probablement à cause de leur minorité (je rappelle que les protestants représentent environ 3% de la population en France ; et par exemple, je n'en connais aucun dans mon environnement professionnel). Je sais que le même type d'histoire, version protestante, se trouve aisément en Suisse, en Alsace, dans le sud de la France, où le protestantisme est davantage une confession "installée", au même titre que le catholicisme.

Notes

[1] ou une abeille ?

[2] Depuis le début de rédaction de cet article, son fils est né. Il s'appelle... Nathaniel (ce qui veut dire "don de Dieu", en hébreu) ! Quand je lui ai demandé s'il connaissait la signification de ce prénom, il m'a répondu "oui" avec un grand sourire... Une provocation de plus, ou une porte ouverte à un Autre potentiel ?

lundi 29 avril 2013

Tristesse

Seigneur, qu'a-t-il donc fait ?

Qu'était-il pour mériter cela ? Enfant, presque orphelin, il reçut ton enseignement.
Il ne pouvait recevoir le baptême : trop jeune pour décider par lui-même, il se heurta au refus de son responsable légal.
Il y eut ce prêtre, qui refusa de l'emmener avec les autres enfants, car il n'était pas catholique.
Oh Seigneur, comment peut-on faire cela en ton nom à un enfant ?
Il en fut mortifié. La sensibilité des enfants est un trésor tellement fragile !

Mon ami, que t'a-t-on fait ?
Des années après, quelle est cette défense que tu t'es bâtie ? Quelle est cette rancoeur que tu exprimes si violemment ?
Est-ce vraiment celle de cet épisode que tu as évoqué douloureusement devant moi ?
Mon ami, mon frère, comme j'ai mal pour toi !
Ton hurlement me stupéfait.
Comme elle doit être grande, cette douleur, qui sourde, qui bouillonne, qui fuse finalement, si fulgurante, transformée en colère immense contre une institution que tu rends responsable !

Mon Dieu, je t'en supplie, prends soin de cet enfant...
Qu'il puisse enfin trouver la paix.
Qu'il sache, un jour peut-être, pardonner.
Mon Dieu, toi qui sais guérir les plus grandes blessures, je t'en prie, garde-le près de toi.

mercredi 24 avril 2013

La nature a horreur du vide

Cet adage semble se confirmer pour ce qui est des pages Web... Depuis que ce blog est en friche, je ne cesse de recevoir des commentaires en anglais ou même dans d'autres langues, pour me vanter les mérites de tel ou tel produit... Et de plus en plus, ces commentaires franchissent la barrière de mes antispams, pourtant réglés au petit poil pour ne laisser passer aucun mot-clé douteux !

Bref, si vous ne voyez pas de nouveaux articles par ici, cela ne signifie pas que je ne pense pas à vous, chers lecteurs. Au contraire, ma tête fourmille même de points de vue, de coups de coeur, de ras le bol parfois, de petits bonheurs que je voudrais vous partager... Cependant, il y a parfois loin de la pensée au texte construit, lisible, public !

J'espère vous revenir très bientôt, avec de nouveaux écrits. Je dois vous avouer que si le Carême fut cette année un véritable désert, éprouvant tant physiquement que psychiquement, ces dernières semaines sont pleines de chamboulements inattendus, violents, merveilleux et terrifiants à la fois...

lundi 04 mars 2013

Coming out (1)

Comme ceux de la "génération Jean-Paul II", pendant plus de vingt ans je n'ai connu qu'un pape. Il était là avant ma naissance et malgré ce que mes parents, mes grands-parents en disaient, je ne pouvais pas imaginer d'autre que lui. Vieux, en blanc, souriant, avec ces yeux qui pétillent et la légende du "pape polonais inattendu" collée aux souliers.

Et voilà qu'en huit ans, il se passe davantage de choses qu'en vingt-cinq... Sans doute mon regard a-t-il changé aussi. Ceux qui avaient connu Vatican II et le grand essor libéral qui s'est ensuivi ont vu arriver Benoît XVI avec un oeil très critique. Dans mon entourage, beaucoup ont fait la moue et déploré l'arrivée au pouvoir du "panzer kardinal", comme il était surnommé. J'ai entendu prédire la mort d'un oecuménisme, prétendument rendu agonisant par les efforts de Jean Paul II. Les affres des différentes tentatives de rapprochement avec la FSSPX n'ont pas arrangé cette opinion, propageant l'idée que ce nouveau souverain pontife aimerait mieux faire l'unité avec une forme d'extrémisme qu'avec une sensibilité (réformée ou luthérienne par exemple) plus éloignée théologiquement mais aussi plus modérée. C'était, sans doute, oublier un peu vite l'accueil interreligieux à Assise, par exemple.

De mon côté, je me taisais. Craignant, un peu, un homme réputé intransigeant. Et me disant aussi qu'il avait été élu par ses pairs. Essayant de ne pas écouter les sirènes un peu trop défaitistes à mon goût. Oh, bien sûr, elles se sont accentuées avec les différents sujets délicats qui se sont révélés : SIDA, préservatif, avortement, pédophilie, et également anglicanisme, FSSPX, Vaticanleaks... Sujets ô combien sensibles, sur lesquels il n'est point besoin d'être chrétien pour s'écharper. Situations de souffrance où le ressenti prend trop souvent le pas sur la raison. Je ne crois pas que la Curie soit aussi pourrie qu'on a pu le lire. Je ne veux pas tomber dans l'angélisme non plus. Ce sont des humains, comme vous et moi. Sensibles, raisonnables, faillibles, croyants, passionnés...

Coup de tonnerre. Surprise. Sur le moment, j'ai cru que mon frère, qui m'avait envoyé la nouvelle par texto, me faisait une blague... Benoît XVI annonçait sa renonciation. Stupeur pour moi, je le voyais bien garder le gouvernail encore quelques années, ça doit être mon côté catho. Et à l'inverse, mon côté protestant se dit que ce Pape, par ce geste, est peut-être devenu le plus protestant de tous. En s'écartant de la charge lorsqu'il a estimé que, même avec l'aide de l'Esprit, ça n'allait pas suffire. Si ça, ce n'est pas un geste oecuménique, je ne sais pas ce que c'est...

Humilité, silence, béance. Se taire. Laisser parler. Et faire confiance.

vendredi 08 février 2013

Matin ordinaire

Huit heures. Les nuages s'effilochent sous l'effet du vent. A l'est, le ciel flamboie. Le soleil n'est pas encore apparu au dessus de l'horizon, mais ça ne saurait tarder. Un panache de vapeur tente de rejoindre ses grands frères, mais à cette distance, on dirait que la course est perdue d'avance. Une grue bouge lentement, signe que la ville n'est pas si endormie, que d'autres aussi arrivent tôt à leur poste. En bas, les phares des voitures, petites lumières mouvantes, s'éteignent peu à peu.

Le silence est encore présent sur le plateau. La climatisation ronronne. C'est un bruit que l'on ne peut percevoir qu'à cette heure-ci, avant les conversations, les sonneries de téléphone. Moment parfait pour travailler tranquille. Ou prendre quelques minutes pour regarder le panorama. Café, mails, messagerie instantanée. Petit bonjour à mes collègues au bout du monde. On échange les nouvelles, je leur raconte les dernières anecdotes de mes filles, qu'ils ont vues l'été dernier. Ils partent déjeuner. Là-bas, c'est l'hiver aussi, ils trouvent qu'il fait froid. Quinze degrés de plus qu'ici, quand même.

Café terminé, mails dépilés. Les choses sérieuses s'amorçent, les priorités s'agencent. La journée peut commencer[1].

Note

[1] La journée de travail, s'entend. Parce qu'à la maison, la journée débute à six heures...

lundi 17 décembre 2012

Deo gratias !

Parce que je ne passe plus beaucoup (pas assez ?) de temps sur cet espace public qu'est mon blog... Mais que je pense souvent à vous, oui, toi qui me lis derrière ton écran, et que je prie pour toi...
Parce que le week end, les dernières semaines, furent riches en rencontres, en discussions, en chamboulements de mes certitudes, en découvertes...
Parce que j'aurais bien chanté encore une fois l'Alleluia de cette messe de gaudete, mais que c'était pas prévu, et que j'ai fait sourire l'assemblée en reprenant à pleine voix les premières syllabes !
Parce que j'ai du Matt Maher dans les oreilles...
Parce que j'ai encore réussi à boucler mes devoirs de théo, alors qu'il y a quatre heures, c'était pas gagné...
Parce que c'est l'Avent et que je regrette de ne pas avoir pris le temps de le faire "comme il faut"... Mais que ma fille me rappelle à l'ordre et me pousse à l'humilité et à (m')expliquer...
Parce que deux enfants ont été baptisés aujourd'hui, alleluia !
Parce que c'est le dimanche de la joie !
Parce que ça fait du bien de partager des chants de Taizé et d'écouter de l'orgue...
Parce que les enfants, ça bouge, ça secoue, ça fait plein de bêtises et ça s'illumine d'un seul sourire...
Parce qu'au coeur de la nuit, ça fait juste du bien...

Béni sois-tu, Seigneur !
Gloire te soit rendue !
Alleluia !

mercredi 14 novembre 2012

Pour la Paix

"Pourquoi on fait une prière comme ça ?
- Tu as vu les drapeaux ?
- Oui. C'étaient tous des drapeaux de la France, mais il y avait des écritures en doré dessus...
- Ce sont les drapeaux des régiments de soldats. Ceux qui sont morts pendant la guerre.
- C'est quoi la guerre ?
- C'est quelque chose que tu ne connais pas. Moi non plus d'ailleurs, Papi et Mamé non plus... PAr contre, Fati a fait la guerre, tu sais, le papa de Mamé ? ..."

Difficile de parler de ce qu'on ne connaît pas. Travail de mémoire, d'éducation... Mes filles sont la troisième génération familiale à ne pas connaître la guerre sur le sol français. Du coup, la prière pour la paix organisée samedi dernier dans ma ville en devient vraiment une, peut-être, elle change de visage : plus seulement prière pour les morts tombés au combat, mais prière pour l'avenir, pour tout ce qu'il y a à construire.

Nous n'avons pas connu la guerre. Nous voyons des hommes en parler. Porte-drapeaux, ils sont fiers, graves, solennels. Emus, aussi. Omniprésents dans le choeur et pourtant un peu... incongrus, si l'on peut dire ça. Je crois qu'ils ne viennent pas souvent dans un lieu religieux. Cette distance, autant que celle entre générations, place cette cérémonie un peu hors du temps. Ce n'est plus le temps ordinaire, ce n'est plus un temps de guerre. C'est une parenthèse où tout devient possible !

Nous nous retrouvons entre familles multiconfessionnelles. Avec la même impression : celle d'être chez nous, à l'aise, nous qui avons habituellement un pied de chaque côté. Là aussi, une petit bulle hors du temps, hors de l'espace ordinaire. Pour la Paix.

mercredi 05 septembre 2012

Soir de septembre

Le soir est tombé, avec lui l'effervescence de la journée. Les filles sont au bain, se défoulant de toutes les tensions accumulées. Retrouvailles, découvertes, faire connaissance, apprendre, jouer, rire...

Le soir est tombé, et l'air est moins chaud. Le banc de pierre dans le jardin invite à un moment de repos. D'une fenêtre voisine coulent des notes de piano, d'une autre des éclats de voix. Derrière le mur résonnent des voix d'enfants. Joie du soir, foyer accueillant, activités de loisirs.

Le soir est tombé, le soleil a tourné. Ses rayons se font bas, orangés, doux et un peu étranges. Les ombres des arbres s'allongent, la lumière a changé de couleur. Sur le balcon, il fait doux. Le chat vient se prélasser à côté de moi. L'air sent le calme.

Le soir est tombé, et l'ardeur avec. Mes épaules et mes jambes se font lourdes, et la paisible ambiance qui s'est posée me fait souhaiter plus que jamais un repos que j'espère mérité. Avec, avant de glisser dans l'inconscience, ce délicieux abandon... Dans Ses bras.

mardi 26 juin 2012

Il y a un an

Ce matin[1], j'entendais sur mon habituelle station de radio matutinale, l'annonce des ordinations de futurs prêtres, pour les jours à venir. Et aujourd'hui, surtout, je pensais à un prêtre en particulier.

Il y a un an, il faisait beau et chaud, j'arrivais à Versailles et passais près de vingt minutes à tourner dans les différents parkings souterrains bondés, avant de finir sur le parking du château. En suivant la pointe du clocher dans les rues de la vieille ville, avec deux petites filles surexcitées tant par la chaleur que par l'étrangeté de la sortie que je leur avais proposée, j'ai rallié la cathédrale. Je ne vous cache pas que même si j'avais conscience du caractère particulier du moment, pour cet ami que je tenais à accompagner, je ne me sentais guère en état de percevoir la grâce de l'instant. Une demi-heure de retard, un lieu inconnu, une fille de quatre ans qui ne pense qu'à jouer avec les petits copains sur les escaliers, et une de dix-huit mois qui se tortille entre les jambes des adultes de l'assistance...

Et pourtant, lorsque la cathédrale bondée a entonné la litanie des saints, alors que cinq hommes étaient face contre terre dans la nef, je n'ai pu m'empêcher de frissonner. Et j'ai chanté, prié, avec cette assemblée, pour ce merveilleux cadeau qui nous était donné : cet engagement d'une vie, d'une famille, d'une communauté, au service de Dieu, des autres, du Tout Autre. "Jubilez, criez de joie !", oui, c'est le chant qui a éclaté ensuite, dans l'édifice mais aussi dans ma tête et mon coeur...

Ce matin, je revivais cela, et je revoyais aussi nos partages, URL et IRL[2], sa vie de paroisse, son évolution dans le ministère. Et au moment où Mgr Vingt-Trois parlait des prêtres entourant ceux qui allaient les rejoindre, je me disais "Ca va lui faire drôle, cette année, de prendre sa place dans le presbyterium, un an après !"...

Un an après. En louange et en prière.

Notes

[1] mais aussi à plusieurs reprises ces derniers jours

[2] jeu de mots - pardon, d'acronymes - signifiant "en ligne et dans la vie réelle", pour les non-geeks

jeudi 21 juin 2012

Genève

Des rayonnages. Remplis de livres. Neufs, vieux, réparés, gros ou petits, colorés ou non, dans leurs étagères, autour des tables de travail. Et sur plusieurs étages, chacun correspondant à un domaine : théologie, philosophie, architecture, lettres, ... Sur une porte, une affiche : "le Paradis doit être une bibliothèque géante". Je souris. J'aime cette idée, des livres partout, pour tous... et les murmures qui les entourent. Une bibliothèque, souvent, c'est fait pour travailler... surtout dans une faculté ! Mais c'est fait pour rêver, aussi, voyager en esprit, rencontrer des gens tout en gardant les pieds sur terre...

La fenêtre est ouverte. Dehors, on entend des moineaux pépier, les enfants courir et rire, et puis des notes, piano et flûte, qui viennent du jardin. Le jardin de la faculté, avec au fond son mur monumental, où les quatre Réformateurs toisent les visiteurs de leur stature de géant, m'a toujours fait un effet particulier. En ce moment, pour la fête de la musique, des lumières de couleurs et un podium sont installés. Et un piano est à disposition de qui veut, sous un arbre centenaire. Cette faculté de quatre cent cinquante ans, en pleine ville, respire l'Histoire autant que la culture. De Calvin à l'art contemporain...

****

L'ambiance est particulière pour nous, qui venons à la faculté uniquement pour ces occasions particulières. Durant ces jours d'examen, le stress de l'épreuve, la peur de ne pas savoir répondre se mêlent à la joie de voir ou revoir réellement des camarades aperçus uniquement par webcam pendant un semestre. Nous nous sommes lus mutuellement, nous étudions les mêmes cours... ça rapproche ! Nous avons entre vingt et soixante ans, nous sommes de différentes villes de France et de Suisse, de milieux, métiers, expériences très différents... Durant quelques heures, avoir tout quitté pour plancher sur les mêmes questions crée de singuliers liens. Comme une parenthèse dans une vie de folie, une bulle où chacun peut imaginer une vie... autrement.

****

C'est un moment de paix. Il fait doux[1], la réserve de chocolats est achetée pour les collègues, la famille, les amis. Les examens sont passés, le stress retombe. Le train est là, je monte, trouve ma place. Je réfléchis à ce que je vais prendre pour le voyage. A l'aller, c'est facile, mon cours pour les ultimes révisions. Au retour, j'ai le droit à un peu de détente : cahier pour griffonner[2], pelotes pour crocheter, bouquin à savourer... Ou juste rien, les mains vides, la tête un peu lasse, le coeur en louange.

On démarre. Je me régale du paysage. Après la sortie de la ville, j'admire ces montagnes que j'aime et que j'aimerais explorer de nouveau. Les champs, aussi. Ici, les céréales sont bientôt prêtes à moissonner, le grain est presque doré, alors qu'en région parisienne il est encore vert. Le réseau de téléphone est toujours en Suisse, pour quelques minutes encore les messages et les appels sont limités. Les arbres moutonnent le long des pentes, les routes traversent les vallées sur des ponts d'une hauteur impressionnante. Quelques maisons sont accrochées, dans les pentes. Du vert, partout, de toutes les nuances. Et seulement quelques taches de rouge ou de gris ardoise... C'est juste joli. Reposant.

Notes

[1] Toujours plus doux qu'à Paris. C'est un constat récurrent. La proximité du lac, peut-être ?

[2] Ce billet bien sûr ! What else ? ;)

mardi 12 juin 2012

Aujourd'hui, j'ai...

... savouré[1] les embrassades de mes filles au moment de partir bosser.

... oublié mon bouquin sur les méthodes des historiens, à potasser pour mercredi prochain. Du coup, j'ai médité le Symbole des Apôtres dans le RER.

... cravaché en parallèle sur trois sujets différents. Heureusement que les PC sont multitâches. Et que Dieu nous a doté d'oreilles et de mains ayant la capacité d'être indépendantes.

... compati aux malheurs de ma chef et réfléchi sur la façon de, peut-être, rationaliser un engrenage qui va de plus en plus vite, avec de plus en plus de sable dans les rouages, et de plus en plus de poids à porter.

... présenté des excuses pour mes erreurs. Humilité pas si simple en entreprise, où chacun doit défendre, parfois chèrement, sa place.

... couru pour être à l'heure chez la nounou. Retrouvailles toujours bienvenues... et avant de partir, des bisous pour tout le monde du haut de ses quatre-vingt cinq centimètres.

... partagé une méditation sur le thème "demander et faire confiance". Groupe oecuménique, multiculturel, multilingue : des chemins de foi, de vie, des échanges. Un rappel aussi : prendre du temps. Pour prier. Pour oublier un peu l'activisme. Se poser, prendre le temps qu'il faut dans cette société du "toujours pressé".

... accueilli avec une grande joie trois bonnes nouvelles. Un chemin de foi qui s'ouvre, pour un futur parrain qui a tout à apprendre... et l'envie de le faire. Une réconciliation, attendue, espérée, priée... et arrivée. Et une demande de baptême. Gloire à Dieu !

... changé de génération en même temps que de lieu. D'une réunion bilan à une autre. Joie du mois de juin !

... retrouvé un prêtre et une bande de mamans. Autour d'un bon repas, de Bibles et d'idées pour transmettre ce que nous croyons à notre progéniture. Et à celle des autres aussi, parce qu'on est sympas.

... prié avec Saint François d'Assise, en souhaitant ardemment que l'Esprit nous donne de pouvoir "mettre l'amour où il y a la haine", sans avoir d'arrière-pensée.

... rejoint mes pénates en pédalant sous la pluie, en pensant à ces heures bien remplies et en souriant. Merci mon Dieu ! Et à demain, si tu veux bien.

Note

[1] Une minute de trop, d'ailleurs, juste de quoi rater la navette. Paye ton quart d'heure à pied le long des voies pour rejoindre la gare.

mercredi 30 mai 2012

Souffle sur nos villes

C'est un rendez-vous que je ne voudrais pas rater. Une fois par an, chaque fois dans un lieu différent, ce sont au bas mot quatre communautés différentes qui se retrouvent : baptistes, anglicans, réformés et catholiques de plusieurs paroisses... Sourires, accueil, (re)découverte, clin d'oeil : "Tiens, mais on se connaît, nous !"... Au fil des ans, les liens se créent, doucement mais sûrement.

Il ne s'agit pas d'une messe ou d'un culte. Pas de sacrement, pas de liturgie habituelle, tout est permis... ou presque. La prière est axée sur nos villes et tous ses habitants. Du bébé le plus jeune jusqu'au maire, en passant par les travailleurs, les parents, les retraités, l'Esprit est venu pour tous ! Toutes les communautés ont participé à la préparation, de la louange à l'intercession. C'est une occasion inespérée pour découvrir d'autres expressions possibles de la foi.

Je suis à l'aise. Certains parleraient sans doute avec dédain de relativisme. Oui, j'aime le silence d'une adoration ou les méditations d'un monastère. Ici, je me régale des multiples manières de s'approcher de Dieu. J'apprécie la ferveur qui se dégage de la prière spontanée. J'aime chanter à pleine voix avec le groupe de louange. Je crie vers Dieu avec le groupe d'action catholique ouvrière, dénonçant la folie du monde du travail, cherchant les pépites d'espoir. Je fredonne "jamais tout seul" avec une jeune haïtienne vibrante de foi dans une situation de dénuement. Je prie avec les disciples d'Emmaüs, pour avoir le feu au coeur et savoir reconnaître le Christ dans ceux qui sont isolés au milieu de nos jungles urbaines. Je prie encore pour que le Seigneur donne la sagesse à ceux qui nous gouvernent, de près ou de loin... Je frappe des mains en chantant avec mes frères et soeurs pour garder au coeur ce moment de partage.

La soirée se termine sur une touche conviviale, autour d'un verre et de quelques biscuits. Discussions, sourires, échanges, surprises, présentations... Et à l'année prochaine pour une autre prière, ensemble, pour nos villes.

lundi 16 avril 2012

Mots d'enfant

Matin de Pâques, je rappelle à ma "grande" (cinq ans et demi) l'importance du jour...
- Aujourd'hui, c'est Pâques, tu sais ce que ça veut dire ?
- Ouiiiiiiiiiiiii (avec un grand sourire), on fait la fête !!
- Et pourquoi ?
- Parce que Jésus, il est résu... rezé... Euh... Il est RE-VIVANT !


*****

Devant son documentaire sur les "bébés animaux", qu'elle me réclame régulièrement, on voit passer des vaches de diverses sortes et diverses couleurs... A un moment, je vois ce que je pense être des charolaises (en fait probablement des chillingham, je crois que le documentaire a été tourné en Angleterre), je lui demande :
- Tu sais comment elles s'appellent, les vaches blanches, là ?
- Euh...
- Comme chez Papi et Mamé...
- Euh... Des vaches natures ?!


*****

Fin de journée, retour à la maison :
- C'était bien l'école aujourd'hui ?
- Oui ! Avec Gabrielle, on a fait une activité... On a fait un bonhomme !
- Ah ? Et comment ?
- Ben, elle nous a donné du papier de luge et...
- Du quoi ??
- Du papier de luge ! Et puis on l'a plié, froissé, et on a fait un bonhomme...
- ...
Une semaine après, ma fille revient de l'école avec une statuette figurant un danseur... En papier d'alu !

lundi 02 avril 2012

Grâce et souffrance

Eloi, Eloi, lama sabacthani... A la mode, cette phrase ? Oui, sans doute car c'est la période... Vivre la Passion tout en connaissant la puissance d'espérance de la résurrection... Jésus a-t-il douté sur la croix ?

Bien sûr que non, diront les exégètes de tout poil, qui auront reconnu le psaume 22 (21)... Ce psaume des ténèbres, basculant aux deux tiers pour finir en cri de louange, préfigure sans aucun doute aux yeux du chrétien le sort qui attendra Jésus.

Bien sûr que oui, disent les partisans de la théologie dyophysite[1] ! Puisque Jésus est tout homme, il faut bien qu'il aie connu le doute, lui aussi ; la peur, l'angoisse, jusqu'au tréfonds de lui-même, jusqu'au bout de ses convictions.

Et pourquoi cela n'aurait-il pas été un cri de souffrance mais aussi d'espoir ? De l'auto-persuasion pour passer au delà de l'épreuve qui consistait quand même, excusez-moi du peu, à mourir ! Ce psaume, il le connaissait forcément. S'il en connaissait le dénouement, peut-être l'a-t-il choisi précisément parce que sa situation, cloué au bois de la croix, correspondait au dénuement[2], à la supplique désespérée du psalmiste au début du texte.

Il est impossible de souffrir, de mourir à la place de quelqu'un en grande détresse physique, psychique ou spirituelle. Mais à ses côtés, peut-être est-il possible de rappeler ce psaume, et son verset charnière : "Tu m'as répondu !"[3]. Oui, la douleur est là. Elle est terrible. Opaque. Étouffante. Elle empêche de voir autre chose. Elle aveugle le cœur et l'esprit. Elle empêche de penser, de raisonner. Elle transforme tout autour, de mal en pis. Mais il y a quelque chose, après. C'est comme la fumée dans un incendie : elle est toxique, irrespirable, elle affaiblit, oblige à se courber, se baisser, aller presque jusqu'au sol. Mais si l'on peut lui échapper, dehors, il y a de l'air frais.

Il faut cheminer par la Passion. Mais nous, chrétiens, savons qu'au bout, il y a la Résurrection. Bonne semaine sainte.

Notes

[1] mot barbare s'il en est, qui signifie "deux natures", pour exprimer toute la divinité et l'humanité de Jésus, réunies en un seul être... Oui, je sais, mon cours d'histoire du christianisme sur le concile de Chalcédoine tombe à pic !

[2] oui, sans le 'o', ici

[3] verset 22

jeudi 08 mars 2012

Valeur(s) ?

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Ce sont des gens sans importance
avec des gestes quotidiens
qui font renaître l'espérance
et le bonheur entre leurs mains.

Ce sont des gens sans artifices
qui vous sourient quand ils sont bien
et vont cacher leurs cicatrices
parmi les fleurs de leur jardin.

Ils ont le coeur un peu fragile
et la pudeur de leur chagrin
leur donne un doux regard tranquille
un peu lointain...

Ce sont des gens sans importance
et qui parfois ne disent rien
mais qui sont là par leurs silences
quand ils sont loin.

Moi j'ai le coeur en plein décembre,
l'ami Pierrot s'en est allé
en emportant mes chansons tendres
et ton passé

et tous les mots sans importance
qui résonnaient dans la maison
mais qui sont lourds de son absence
dans ma chanson.

C'est peut-être à ceux-là qu'on pense
quand la mort vient rôder pas loin
en emportant notre insouciance
un beau matin ;

à tous ces gens sans importance
avec lesquels on est si bien
qui font renaître l'espérance
et sans lesquels on n'est plus rien.

Yves Duteil, Les gens sans importance (L'air des mots)

Je crois que j'aimerais bien être sans importance... Pensées, lecture, écoute croisées : 1 Corinthiens 1, 27 ; Isaïe 49, 14-16...

mardi 21 février 2012

Laissez moi croire !

Y'en a marre. Ok, dans nos contrées au catholicisme culturel à défaut d'être cultuel, nous ne risquons pas notre vie. N'en déplaise à certains qui aimeraient peut-être figurer en ce martyrologe, en d'autres lieux, d'autres temps, être chrétien signifiait prendre de gros risques. Plus maintenant, soit.

Est-ce que pour autant, je devrais sacrifier à l'athéisme d'Etat ? Sous prétexte que je veux vivre ma foi, dois-je subir sans rien dire les sarcasmes, les rires de mes proches, qui disent volontiers par ailleurs qu'ils "respectent" mes croyances ? Je veux préserver le temps que je consacre à ma pratique religieuse. Faire des concessions sur le partage biblique du jeudi soir, l'adoration du vendredi, le culte du dimanche... Ca finit par peser.

Oui, j'ai envie d'entrer dans une église, même cinq ou dix minutes, pour contempler les vitraux, prier, savourer le silence. Découvrir une histoire, fermer les yeux et se laisser habiter...

A la veille de l'entrée en Carême, je rêve d'une retraite, quelques jours. Pas une fuite[1] mais une plongée dans une source d'eau fraîche. Comme par immersion, laisser les bruits de l'extérieur parvenir étouffés, un murmure qui laisse la place aux chants, à la nature, au rythme des saisons... à la Parole.

Comme le père désespéré de cet enfant, dans l'évangile d'hier[2], je voudrais crier "Je crois, viens au secours de mon manque de foi !"

PS : Voilà trois ans que je vous abreuve de mes incertitudes, mes pas balbutiants en théologie, ma fierté d'avoir choisi le Christ pour modèle... Un peu de lassitude ? Il est possible que cela se voie...

PPS : J'ai validé le second module d'Ancien Testament... La suite commence ce vendredi. Pour la psycho... Rendez-vous en mai.

Notes

[1] Zabou l'a si bien dit...

[2] Marc 9, 14-29

lundi 13 février 2012

Te trouver

Quand un appel au secours vient perturber la routine du bureau... Trouver les mots pour écouter.
Quand la détresse amie glace coeur et esprit... Trouver malgré tout le chemin de la prière.
Quand la prière habituelle est bousculée par une demande pressante... Trouver le sourire pour répondre.

Quand l'obligation fait place à une rencontre étonnante... Trouver la disponibilité du coeur.
Quand le temps pris pour soi laisse le rire fuser entre amis... Trouver quelques minutes pour Te louer !
Quand le Corps exposé se fait douleur de l'absence... Trouver comment T'offrir cette souffrance.

Quand l'angoisse gagne devant la détresse de l'enfant malade... Trouver la force de confier le petit corps frissonnant.
Quand la honte de mon comportement me submerge face à mon frère dans le besoin... Trouver Ton pardon et apprendre à agir différemment.
Quand les félicitations récompensent le travail accompli... Trouver l'humilité de Te rendre cette grâce donnée.

A chaque moment, faire un pas vers Toi. Et vivre dans la paix.

lundi 06 février 2012

Anonyme, pseudonyme... Synonymes ?

C'est un marronnier pour les blogueurs, les participants à des forums ou les habitués d'Internet en général. C'est une mini-polémique qui a agité la catho-blogosphère la semaine dernière. Au départ, un twitt de l'abbé Amar, du Padreblog, devenu article complet, émettant des doutes sur l'honnêteté des gens s'exprimant par le biais de pseudonymes ou de manière anonyme.

"Le chrétien est un homme de lumière, il ne doit employer que des armes de lumière". Il y a confusion entre anonymat et pseudonymat. L'auteur le dit dans son article, anonyme et pseudonyme ne sont pas synonymes. Pourtant, il assimile les deux à des "voyous se couvrant le visage de cagoules". En simples termes juridiques, un blogueur paie son hébergement, ou à tout le moins doit généralement laisser une trace à son hébergeur de son nom et son adresse. Il n'est pas anonyme, même s'il utilise un nom de plume. Contrairement à l'anonyme passant[1] qui laisse un commentaire, parfois injurieux, sur un site, un forum ou un blog, le blogueur a "pignon sur rue" : on peut savoir de qui il s'agit, se faire une opinion d'après ses écrits.

Le pseudonymat est une simple précaution. Un peu comme de ne pas sortir dans la rue avec son nom inscrit sur le front au feutre indélébile. Il ne faut pas oublier que tout ce qui est sur Internet est, par définition, public. Et c'est surtout un danger, à mon sens : combien d'ados mettent à disposition, disponible pour n'importe qui, plus d'informations qu'il n'est nécessaire, et ce avec leur vrai nom, sur facebook ou twitter ? L'informatique est mon métier, j'en connais les possibilités et les dangers, c'est en pleine connaissance de cause que j'ai choisi mon pseudo et mon blog...

Certes, en pleine rue on peut aisément reconnaître un prêtre portant soutane, clergyman ou col romain ; un évêque à sa croix pectorale... Un pasteur réformé n'aura aucun signe extérieur de reconnaissance, mais est aussi un personnage public. Il me semble normal qu'ils parlent en leur nom, de la même façon que je peux parfois parler en mon nom en paroisse, si j'ai des engagements, ou au nom de ma société avec des clients ou des sous-traitants... Mais les gens que je croise dans la rue ne me connaissent pas, et se font une idée de moi à partir de ce qu'ils voient, observent, entendent... Exactement comme sur ce blog.

Quant à la mention "Bienvenue aux martyrs !"... Qu'en dire ? Si elle n'était pas prise dans une diatribe aussi sérieuse qu'elle semble l'être pour son auteur, je crois qu'elle m'aurait fait rire. Ce n'est pas parce que des frères chrétiens souffrent dans leur chair à cause de leur foi, un peu partout sur la planète, que nous devons faire de même. Ce n'est pas ainsi que nous les aiderons... même si certains prêtres rêveraient peut-être d'être parmi ces martyrs. Et donner un nom en pâture au web, lorsqu'on a famille avec enfants, est-ce vraiment bien raisonnable ? Des blogueurs tels que Koztoujours, Corine, Pneumatis (pour ne citer qu'eux) sont très engagés en paroisse, et présents auprès de leur famille. Je pense qu'ils vivent leur foi pleinement et au quotidien ; s'ils ne sont pas des martyrs, ce sont des cathos bien loin de la tiédeur...

Chers amies et amis, lectrices et lecteurs, je garde mon pseudo ici, chez moi :) . Certains parmi vous connaissent également mon nom réel ; à l'inverse, beaucoup de mes proches, certains de mes collègues connaissent également l'existence de ce blog... L'abbé Amar, s'il passe par ici (qu'il soit le bienvenu !) et souhaite savoir à qui il a affaire, peut me rencontrer. Il pourra s'assurer de mon "arme de lumière"... ou pas. Chaque blogueur utilisant un nom de plume doit un jour répondre à cette question. J'espère que ma réponse ne vous aura pas déçus.

Note

[1] et encore, celui-là aussi peut être tracé et inculpé, si besoin était...

lundi 30 janvier 2012

Unité et unions

C'était une nouvelle semaine de prière pour l'Unité. Il y a eu des temps de célébration ensemble. Des prières, bien sûr, des textes, des réflexions. C'était beau, d'avoir préparé ensemble, d'alterner les interventions, d'écouter la façon de croire de nos voisins. C'est toujours une grande joie de pouvoir louer, chanter ensemble, prier avec les mêmes mots. Nous avons réellement des raisons de louer Dieu pour tout ce que nous avons vécu dans cette semaine. Et quoi de plus important pour des chrétiens que d'unir leurs voix vers le Seigneur ?

Pourtant... C'était chouette d'être ensemble dans cette petite église, un peu froide mais simple et propice au recueillement ; mais les larmes me sont montées aux yeux quand même. Pendant que chacun prenait la parole pour louer ces prières pendant la semaine, pour confier aux uns, aux autres et à Dieu tel ou telle amie, collègue, enfant, ma gorge s'est serrée. Il paraît qu'il est temps de passer d'un oecuménisme de courtoisie à un oecuménisme de dialogue... Mais on en est tellement loin !! Il est où, le dialogue, quand on va écouter les autres une fois par an pour se donner bonne conscience ? Où se cache-t-il, le dialogue, quand les familles qui souhaitent garder vivantes leurs traditions, plutôt que d'en laisser une prendre le pas sur l'autre, ne peuvent toujours le faire que dans la douleur d'une séparation ? Où est l'Unité lorsqu'on ne leur permet pas l'union dans ce que le christianisme a fondé de plus beau[1] ? J'ai réalisé que l'oecuménisme qui se passe dans les paroisses n'est pas celui auquel je peux participer. On ne nourrit pas de la même façon un affamé et quelqu'un qui mange plus qu'à satiété.

Et aussi... ces pépites d'espoir. Deux Eglises, déjà en communion sur certains points, et qui préparent pour 2013 une véritable Eglise Unie. Le processus est long, difficile. Il doit ménager les sensibilités de chacun. Il met à nu les souffrances, les craintes, les rancoeurs, les réactions vives jusque là enfouies, les incompréhensions. Face à tout cela il y a des gens qui y croient, et qui déploient des trésors de patience, de dialogue, d'explication, de débats... Pour que finalement chaque personne trouve sa place, avec sa foi, son parcours, son envie de prier, de faire le chemin vers Dieu, dans cette nouvelle Eglise, qui ne sera pas forcément meilleure, mais davantage une, sainte, catholique[2] et apostolique !

Notes

[1] Oui, je parle bien de la communion

[2] mais, hélas, pas encore romaine

vendredi 20 janvier 2012

Un jour

Juste une journée... Vingt quatre petites heures, ajoutées aux quelques milliers qui constituent cette année. Un petit grain de sable cosmique, un infime rattrapage.

J'aime bien cette idée de la petite touche différente, le bonus, quelque chose de plus. A l'heure où la morosité et le pessimisme s'infiltrent jusque dans mon blog, mon boulot, les discussions avec mes collègues, j'aime penser que nous avons une occasion de voir la vie autrement. Tandis que les médias ne nous parlent que de crise, de panique, de rigueur, je veux imaginer qu'on a aussi un peu de latitude dans notre vie. Un imprévu, un moment de respiration, d'improvisation... Une pépite qui change de l'ordinaire.

Il est bien tard pour souhaiter quoi que ce soit pour les jours à venir. D'autres s'y sont essayés, et c'est un exercice bien difficile, dans lequel je me contente souvent de phrases convenues. Je voudrais tant pour chacun, chaque jour... Mieux aimer ce collègue qui m'agace, consacrer davantage de temps à ceux qui ont besoin de moi, finir ce que je m'engage à faire... Ce que je voudrais dire, je crois qu'il serait plus sage de laisser les paroles d'un chant liturgique l'exprimer pour moi :

Que la grâce de Dieu soit sur toi
pour t'aider à marcher dans Ses voies.
Reçois tout son pardon et sa bénédiction,
va en paix, dans la joie, dans l'amour.

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