Témoignage

Des expériences d'oecuménisme, de foi, dans la "vraie vie". Pour montrer qu'être chrétien, ça n'est pas seulement de la théorie...

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samedi 01 août 2009

Journal Kiff (7) - jeudi 23 juillet

"Toutes les bonnes choses ont une fin" : ce sera mon impression pour aujourd'hui. Dernier petit déjeuner en équipe ce matin, derniers retours de clés, derniers essais de retrouvailles des clés perdues, derniers paquetages incluant les restes de nourriture répartis entre les derniers membres de l'équipe... Derniers échanges de coordonnées, derniers bilans, dernier repas en décompressant au parc de la Tête d'Or de toute la course accumulée ces jours-ci...

C'est l'heure du retour. La salle est vide, toutes les tables sont sagement rangées dans un coin, la salle du staff a elle aussi été vidée de son contenu "kiffesque", la cuisine a repris son air sage. C'est acté : le Grand Kiff a disparu, il reste en nous, juste en nous. Des images plein la tête, des émotions plein les tripes, de Dieu en plein coeur... Anne-Laure nous a dit hier soir que ce rassemblement n'était pas un objectif en soi, mais bien une étape dans un cheminement plus long. A nous de faire vivre les fruits de ces quelques jours ! A nous de perpétuer, réinventer, encourager le "voyage au pays de la foi" initié au Kiff Spirit... A nous de susciter et entretenir les talents musicaux, théâtraux, scéniques, de nos jeunes !

Bien sûr, nous sommes envoyés chacun en mission. C'est juste un peu dur de faire atterrir la fusée du Grand Kiff... Les moteurs sont coupés, l'envolée kiffesque est terminée, il est temps de revenir dans la vraie vie... Si on m'avait dit que je serais aussi triste de rentrer, alors que j'ai passé le plus clair de mon temps au service, je ne l'aurais pas cru...

Le TGV entre en gare à Paris, cette fois c'est vraiment le retour à la vraie vie. On quitte les compagnons de voyage, avec qui on a partagé nos impressions de kiff, nos joies, nos attentes déçues, nos bonnes surprises... On retrouve les visages fermés des Parisiens qui rentrent du boulot, fatigués. Chacun prend le RER, le métro, le train, rentre chez lui.

Ce qui atténue la peine de perdre de vue tous ces nouveaux visages amis, c'est de se dire "à bientôt, à Strabourg !". Protestants en fête, à la Toussaint, promet d'être aussi une très belle rencontre... Oui, retrouvons-nous plus nombreux que jamais à Strasbourg ! A bientôt... dans les paroisses !

vendredi 31 juillet 2009

Journal Kiff (6) - mercredi 22 juillet

Le thème de la demi-journée qui restait, a résumé l'ensemble du Grand Kiff : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle." (Jean 3, 16)

Ce verset a été repris par Samuel, le pasteur, pour sa prédication au culte magistral de ce matin. Certains diront que c'était plus un spectacle qu'un culte, d'autres que c'est une forme de célébration qui convient mieux à des jeunes, bref. Après nous avoir signifié que le monde souffrait de plusieurs grands maux, il nous a dit que pour autant, ce monde que Dieu nous laissait n'était pas pourri. Ne pas céder à la peur, ne pas se replier dans son Eglise mais s'ouvrir vers le monde. "Il te cherche" : Dieu n'est pas qu'au temple ou à l'église, mais présent à nos côtés, il veut notre coopération. "Vis ta vie" : sois toi-même, avec tes défauts, tes qualités, tes talents, tes compétences, et vis pleinement ta vie, n'essaie pas de rêver celle du voisin... "Le monde est à nous" : ce monde, Dieu l'a créé pour nous, pour que nous puissions y évoluer, nous y épanouir, à nous de savoir le gérer.

J'ai beaucoup apprécié ce culte, même si l'aspect spectacle était un peu trop présent à mon goût (mais je ne fais plus tout à fait partie de la cible...). J'ai particulièrement aimé que l'équipe d'organisation nous demande, à nous bénévoles, de distribuer la Sainte Cène. Pour moi, c'était un moment très fort, où chacun pouvait participer concrètement à l'Amour du Christ donné pour nous. Cela représentait vraiment la digne conclusion de ce rassemblement.

Après avoir fait partir tous les jeunes ou presque, et avoir appris que des clés de chambre se trouvaient maintenant à Montpellier, en Normandie ou ailleurs encore, nous avons vidé la salle de l'ensemble des installations du Grand Kiff... Rideaux, bureaux, tables, étagères, projecteurs, scènes ; tout avait disparu ce soir. Les fournitures de papeterie supplémentaires ont été réparties entre les paroisses des bénévoles (j'ai fait un paquet qui devrait être apprécié par les louveteaux et/ou les enfants de l'école biblique).

L'équipe de bénévoles a fini sa journée autour d'un bon repas préparé par nos soins, rassemblant toutes les provisions restantes dans les locaux du staff. Ce repas a fait office de bilan, où chacun a dit d'où il/elle venait, et a partagé sa vision du rassemblement, ses attentes pour le futur... Cela m'a permis de mieux comprendre les tenants et aboutissants de ces quelques jours, le rôle de chacun, les enjeux...

A la joie d'avoir vu l'heureuse conclusion d'un bel événement, se mêle la tristesse de quitter déjà les personnes que je commençais à connaître et apprécier. Cinq jours au service de plus d'un milliers de jeunes, ça laisse des traces...

jeudi 30 juillet 2009

Journal Kiff (5) - mardi 21 juillet

Aujourd'hui encore, de belles rencontres, même si je n'ai pas vraiment eu le temps de profiter des activités du rassemblement. En venant ici, je ne m'attendais pas à vivre la fête à plein temps, mais je ne pensais pas non plus que je n'aurais même pas le loisir de participer au culte de la journée... Heureusement que d'autres ont pu y assister, et me raconter la prédication sur le texte du jour : avoir les armes pour proclamer la Bonne Nouvelle (Ephésiens 6, 10-18). J'ai hérité, sur les petites cartes illustrées qui nous étaient distribuées, du casque du salut...

Le thème du jour était "le monde est à nous", avec le point d'orgue sur les deux thèmes de la solidarité et de l'écologie. Deux villages étaient organisés : le village des solidarités, qui regroupait beaucoup d'associations confessionnelles ; et le village de la Terre, où étaient invités un certain nombre de professionnels de l'écologie et du développement durable.

Le village des solidarités permettait de se sensibiliser à différents types de vulnérabilités, de publics en souffrance : handicapés, prisonniers d'opinion (religieuse), personnes âgées, malades du SIDA ou séropositifs, milieux pauvres, personnes exilées et/ou demandant asile... Toutes les associations présentes ont mis l'accent sur la valeur des relations humaines, l'importance de considérer l'autre comme son égal. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Le village de la Terre, organisé par les scouts unionistes, mettait l'accent sur l'écologie et la nécessité d'adapter nos activités pour éviter de mettre en péril la création que Dieu nous a donnée... Camps écolos, maison durable, promotion du tramway suspendu, recyclage des déchets, autant de preuves d'imagination de ce qu'il est possible de développer pour maintenir notre habitat, notre maison, le don qui nous a été fait.

La vie d'organisateur n'est pas chose facile... En début d'après-midi, après avoir passé la matinée à gérer des soucis d'hébergement et de clés (retrouver les portes de trois clés orphelines, par exemple), la toubib m'a trouvé un air fatigué, et m'a ordonné de faire une sieste... Puis c'était reparti sur les chapeaux de roues : organiser le retour des clés pour le départ de demain, trouver des renforts, afficher les consignes, s'assurer que tout le monde sera à l'heure à son poste...

Lorsqu'enfin j'ai pu souffler, c'est pour sentir les questions revenir en force dans ma tête... Je fais des lapsus révélateurs : "Pasteur, pourquoi pas ?" devient "Pourquoi pas moi ?" et le sous-titre des clips diffusés dans le rassemblement, "Pasteur, un métier qui a du sens" est devenu dans mes pensées "donner du sens à ma vie"...

Cet après-midi, avant de m'endormir, j'ai voulu entrer en prière. J'ai demandé à Dieu "Montre-moi le chemin... C'est vraiment ce que tu attends de moi ?" puis j'ai pensé "A quoi ça sert que tu me montres le chemin, si je persiste à ne pas ouvrir les yeux ?". Comment savoir si je suis dans une impasse ou si j'ai juste mis mes mains devant mes yeux pour éviter de voir quelque chose qui m'effraie ?

Demain, c'est déjà la fin du rassemblement. C'est passé très vite, c'était très fort, très vivant... Je crois que j'aurai quelques regrets. Mais ils passeront sûrement vite : il faudra tout ranger avant de partir nous-mêmes !

mercredi 29 juillet 2009

Journal Kiff (4) - lundi 20 juillet

Comme recommandé par le toubib, qui a vu que je veillais au service jusqu'à plus d'une heure du matin, j'ai dormi plus tard ce matin, et je n'ai déjeuné que vers 9h. Cela m'a permis de voir une autre phase du petit déjeuner, et de constater l'état comateux d'une certain nombre de jeunes... La boîte de nuit ne sera pas reconduite ce soir, pour éviter d'aggraver l'état de fatigue des participants.

Après avoir passé une bonne heure à l'accueil, à résoudre les différents problèmes survenus pendant la nuit ou au petit matin, j'ai (enfin !) eu l'occasion d'embarquer pour le "voyage au pays de la foi". C'est une très belle possibilité de cheminer aux côtés de Dieu, d'explorer différentes facettes de sa foi. Le parcours propose douze étapes, et autant d'occasions de prier, réfléchir, ouvrir son esprit. Un ou plusieurs gestes symboliques sont associés à chaque étape, et cela m'a vraiment permis d'entrer dans la démarche décrite à chaque pas... Cette plongée dans la prière est vraiment très réussie. D'ailleurs, j'ai entendu plusieurs pasteurs ou "apprentis" parler de copier ou faire venir cet atelier dans leur paroisse...

Et puis, il y a cette question qui revient, toujours. Elle est inscrite en gros sur le panneau, sous la télé qui passe en boucle des témoignages de pasteurs et étudiants en théologie : "Pasteur, pourquoi pas ?". Ce n'est sûrement pas un hasard si je veux écouter ces témoignages chaque fois que je passe devant. Ce n'est sûrement pas une coïncidence si j'ai accueilli à l'hébergement une des représentantes de l'Institut Protestant de Théologie (IPT)... Et ce ne doit pas être par hasard si j'ai pu suivre l'intégralité du culte ce matin, avec les interventions d'une chanteuse et d'un pasteur qui témoignaient de leur parcours, dans le thème "Vis ta vie !". Alors ? Je n'ai pas encore de réponse à donner. Sans doute faudrait-il que je prenne un temps, une pause, pour discerner, prier, réfléchir. J'aimerais rencontrer d'autres pasteurs, qui auraient eu une vocation "sur le tard".

Cet après-midi, les jeunes ont travaillé à la création d'oeuvres, autour du thème du Grand Kiff ("Dieu aime le monde") et de "Vis ta vie". Ces oeuvres pouvaient être plastiques : fresques, sculptures, modelages, affiches ; ou bien audiovisuelles : chants, danses, comédies musicales, mimes... Et ce soir, ils ont exposé, de façon "musée" ou sur scène, l'ensemble de leurs talents.

Pendant ce temps, je réglais des problèmes de... papier toilette, de chambres pour les nouveaux arrivants... Et en fin de soirée, nous avons dû intervenir en urgence sur un groupe de jeunes qui avaient décidé de faire la fête dans leurs chambres plutôt que dans la salle, avec des boissons alcoolisées plutôt qu'avec de la musique et des chants... J'en profite pour remercier mes compagnons des équipes de service, qui font vraiment tout pour que ce rassemblement se passe bien, que les soucis qui se posent soient réglés au plus vite, et que les débordements pénalisent le rassemblement le moins possible.

Sur ce, demain, "le monde est à nous" ! Oui, mais d'ici là, il faut dormir pour être en forme. Je termine ma journée comme je l'ai commencée, en me mettant en communion avec le Seigneur par le biais du chapelet. Oui, je sais, ça paraît peut-être contradictoire, mais pour moi c'est juste une complémentarité... Bonne nuit !

mardi 28 juillet 2009

Journal Kiff (3) - dimanche 19 juillet

"Il te cherche", premier thème d'approfondissement du rassemblement... Cette thématique sera exploitée toute la journée, depuis les ateliers bibliques du matin au rallye dans Lyon de l'après midi, en passant par le culte en séance plénière. C'est un thème qui me rend perplexe : pour moi, la phrase est "inversée"... Je suppose que c'est volontairement dérangeant : pourquoi Dieu nous chercherait-il, alors qu'il est infiniment plus puissant, plus grand, fort, miséricordieux que nous ? Aurait-il besoin de nous ? Quel intérêt pourrait-il avoir à nous chercher ?

En fait, le but est atteint, lorsqu'on se rend compte (et j'espère que cela aura été le cas de nombreux jeunes) que c'est là un des mystères de l'immense Amour de Dieu : Dieu n'a pas besoin de nous. S'il nous cherche, c'est pour notre bien à nous ! C'est parce qu'il nous aime tellement qu'il ne veut que notre bien... Alors, oui. Dieu me cherche, chaque fois que je m'éloigne de lui. Et c'est ça qui peut me donner une force incroyable ; c'est cet amour inconditionnel qui fait la force des chrétiens !!

Ce matin, je n'ai pas pu profiter des ateliers ZeBible, reliant textes bibliques et oeuvres d'art... J'ai complété l'équipe de l'accueil, pour continuer à donner des hébergements pour des arrivants retardataires... Frustration passagère ; mais après tout, je suis là pour servir ! J'ai quand même pris un moment pour moi, pour assister au culte. J'ai besoin de moments de calme, de méditation, de prière...

Cet après-midi, j'ai rejoint une équipe pour le grand jeu à la découverte de Lyon. J'ai bien aimé visiter un peu la ville, même de manière un peu atypique, ça donne envie de revenir y passer quelques jours...

Et ce soir, pendant que deux films sont diffusés (c'est la soirée "Nuit du cinéma"), je suis de service au centre d'accueil (le "central kiff"), de nouveau. Le nombre d'interventions du médecin me surprend : après une crise de spasmophilie pendant le dîner, c'est deux jeunes qui sont ramenés à l'infirmerie, inconscients... Ils repartent bien vite se coucher, après ce qui n'était qu'un malaise vagal... Mais l'état de fatigue physique est là : soleil, émotions, hypoglycémie, fatigue accumulée se conjuguent, et les corps craquent. Le programme organisé n'aide pas à se reposer : après les films, deux scènes restent ouvertes pour chanter, jouer de la musique, danser, jusqu'à plus d'une heure du matin. Même à bout, la plupart des jeunes souhaitent rester... On est un peu éloignés de la paix du Seigneur à ce moment-là...

lundi 27 juillet 2009

Journal Kiff (2) - samedi 18 juillet

Beaucoup de course, de soucis logistiques, et un peu de prière et de chant aujourd'hui. La matinée a été dédiée au "briefing" dans les équipes de service, ainsi qu'à la dernière préparation des détails de la salle et de l'accueil qui aura lieu dès l'après-midi.

Première déception vers midi : tous les bénévoles devaient se retrouver pour un temps de pause, un temps de réflexion, de prière en commun... En 24h, c'était le premier temps de prière prévu ! Comment accompagner et faire entrer des jeunes dans la réflexion, la foi, la prière, si on n'est pas capable de prendre soi-même un temps pour se mettre dans les mains de Dieu ? Le moment de silence en commun a été annulé, trop de travail en retard : nous avons été invités à nous restaurer, et nous retrouver ensuite, juste avant d'accueillir les premiers groupes, pour un petit temps d'apaisement et de prière (enfin !).

Puis nous avons enchaîné sur les chapeaux de roues... Enfin, nous aurions dû. Etant dans l'équipe gérant l'hébergement, je devais distribuer les clés des chambres arrivant dans le bâtiment dont j'étais responsable. Les premiers groupes devaient être à nos côtés vers 14h ; avec ma collègue du bâtiment d'en face, nous avons attendu plus de trois heures pour voir les premiers arrivants...

La cérémonie d'ouverture du rassemblement commençait à 21h. Après avoir dîné rapidement, nous avons rejoint les équipes d'accueil, récupéré les clés destinées aux retardataires (certains rejoindront le lieu à plus de minuit !), et avons pu rejoindre l'ensemble des participants pour les derniers instants de la célébration. Avec soulagement : personne ne devra dormir dehors ce soir...

Les pieds en feu d'avoir marché, piétiné, tenu debout pendant des heures, la gorge sèche d'avoir répété les consignes, le coeur un peu déçu de ne pas avoir trouvé l'apaisement dans la prière, je retrouve ma chambre. Avec une note de joie : c'est quand même chouette et je découvre des gens bien ! Sans oublier le bonheur de chaque appel, de chaque message reçu sur mon téléphone, de la part de toute ma famille et mes amis qui m'ont souhaité un joyeux anniversaire !

dimanche 26 juillet 2009

Journal Kiff (1) - vendredi 17 juillet 2009

8h - Je retrouve une de mes compagnes de voyage. RER, direction gare de Lyon la bien nommée, pour rejoindre la seconde personne et embarquer dans le TGV pour Lyon, et ce fameux rassemblement dont nous savons finalement si peu. Nous sommes bénévoles, volontaires, mais comme nous ne faisons pas partie de l'équipe "resserrée" de l'organisation, nous ne sommes pas vraiment au courant de ce qui se trame. Cela nous préoccupe un peu, voire inquiète mes voisines qui sont plutôt de nature angoissée.

11h - Arrivée à Lyon sous la pluie alors que nous avons pris le départ de Paris avec un grand soleil... Léger coup de blues, avant de nous prendre en main et de rejoindre le lieu du rassemblement : le Double Mixte, sorte de point central de vie du campus, regroupant diverses salles, une cafétéria, une auto-école, un distributeur...

12h30 - Après un quiproquo nous rendant perplexes quelques instants, nous avons mis nos talents au service de la préparation des lieux. Chaque "petite main" compte, qui pour arranger des meubles, préparer des tracts ou des objets d'animation, préparer le décor... Chacun est important, découvre et s'approprie le lieu, le thème, le contenu du rassemblement.

Les heures passent sans que je m'en aperçoive. Je mets la main à la préparation du "parcours spi", qui me plaît beaucoup. L'idée ? Faire un voyage à la rencontre de Dieu, avec différentes escales proposant autant de points de réflexion. Cette réflexion, cette plongée dans la foi, au plus profond de ses convictions, me parle. Ici, pas de dogmes, un peu de théologie, d'explications bibliques, mais surtout un travail sur soi : qu'est ce que je suis ? Qu'est ce que je crois ? Où j'en suis ? Où je vais ? Cela rejoint particulièrement les questions que j'ai en tête... J'ai beaucoup apprécié participer à l'élaboration de ce parcours, et je pense que j'entreprendrai le "voyage", si j'en trouve le temps entre deux services.

Un collègue bénévole me sort de ma tâche en me signalant une réunion qui se tient à l'autre bout de la salle. Il est 18h, les bénévoles qui sont là sont réunis, et les organisateurs nous donnent le fonctionnement du rassemblement. Une forte impression de flou subsiste : tout n'est pas encore prêt pour nous, même si c'est presque le cas pour les jeunes. Bref. On est répartis en équipes de service (matériel, sécurité, restauration, accueil, hébergement) et on reçoit les clés de nos chambres, que l'on va visiter rapidement avant de dîner. Les chambres du CROUS se sont modernisées, mais pas agrandies depuis l'époque de mes études... ;)

Après le repas, certains donnent un dernier coup de main ou de pinceau pour la mise en place de la salle, pendant que d'autres rejoignent leur lit. Mes compagnes et moi rebondissons sur les différents jeux de mots consistant à placer "kiff" le plus grand nombre de fois possible. On parle de "boules kiff" (boules Quiès), on se souhaite une "kiff nuit" et de se retrouver en forme pour le "kiff 'tit déj'"... Il faut dire qu'entre "l'apérikiff" et le "kiffenpasbon", les organisateurs ont fait preuve d'une belle imagination !!

lundi 29 juin 2009

Préparation de baptême

C'est en couple, en ayant laissé notre fille aux bons soins de sa grand-mère, que nous avons participé à une réunion de parents, préparatoire au baptême prévu au mois d'août. Cette réunion était organisée par la paroisse catholique : le nombre de baptêmes qui y est célébré (plus de 300 par an) demande une organisation rigoureuse, sans faille, dans laquelle on est sensés se mouler, sous peine de ne pas pouvoir célébrer le baptême (ce qui s'est passé l'an dernier pour nous).

Notre ressenti de cette séance est mitigé. Moins négatif que l'an dernier toutefois, où mon désarroi était total : malgré mes demandes, le baptême de notre fille était pris comme un "classique" baptême catholique. Les laïques qui forment l'équipe de préparation au baptême ne sont manifestement pas formés à accueillir des foyers mixtes. Or pour nous, conscients de représenter une union particulière, il est vraiment important de transmettre l'ensemble de la culture chrétienne que nous avons reçue. Cela signifie que nous ne pouvons accepter que seul un prêtre officie lors du baptême de notre enfant.

Bien sûr, nous dérangeons. Nous avons conscience de déranger. Mais nos interrogations, nos désirs d'unité, d'ouverture, ne peuvent pas rester muets. Et pour tous ces parents catholiques, nous nous devons de reprendre certaines assertions : non, baptiser un enfant ne veut pas dire "choisir la religion catholique" pour son enfant. Suite au concile et aux discussions oecuméniques, le baptême est le SEUL sacrement actuellement partagé par l'ensemble des Eglises chrétiennes. Un baptême n'est pas catholique, orthodoxe, protestant, anglican : il est chrétien. Certes, il sera célébré dans une des Eglises, si ce n'est par tradition parentale, ce sera par contingence pratique. Mais il est universel : un catholique ne sera pas rebaptisé s'il choisit de partager la confession protestante, ou inversement.

De notre côté, ce qui nous gêne, c'est (en apparence) l'imposition de dogmes, sans beaucoup de possibilité de débat. L'animateur nous invite à nous exprimer, mais il a toujours le dernier mot. Et le prêtre qui termine la réunion répond à des interrogations remontées par les animateurs, sans retour. Lors de notre rencontre avec la pasteur, nous avons expliqué pourquoi nous voulions faire baptiser notre fille, comment nous voyions le sacrement. Elle nous a donné la position communément admise dans l'Eglise réformée, a pris des textes de la Bible pour nous donner l'origine et la justification du baptême. Nous avons discuté de nos doutes, de notre foi, de ce que nous voulons transmettre, de l'engagement que nous avons pris à notre mariage...

Bref. Pour ma fille je ne voulais pas céder à la facilité, mais si un jour elle a un petit frère ou une petite soeur, il a des chances que cet enfant soit baptisé au temple... Ce sera plus facile d'inviter un prêtre au temple, que d'essayer d'imposer une ouverture dont l'Eglise catholique ne semble plus vouloir.

mercredi 24 juin 2009

Confirmations

Ces derniers dimanches, il y a eu plusieurs confirmations dans la paroisse réformée. Moments forts, personnels, solennels. Oui, ça change, d'entendre des ados dire qu'ils / elles ont reçu la foi, que ça leur importe, que Dieu donne un sens à leur vie. Oui, ça fait plaisir d'entendre ces voix d'habitude plutôt timides... Oui, quelle joie d'être rassemblés pour les accueillir, pour confirmer notre foi avec eux / elles, pour communier dans l'Esprit à la bénédiction donnée par le pasteur !

Que d'émotions, pour les jeunes confirmés comme pour les paroissiens, de célébrer la première Sainte Cène ! Mes propres souvenirs de confirmation me reviennent : l'imposition des mains du pasteur, la Sainte Cène, éblouissante, le mot de nos catéchètes, pour chacun, et les souvenirs qui restent : le livre de chant personnalisé avec un verset biblique... Cette impression que Dieu m'appelait, m'appelle, moi, en même temps que ces ados qui vont fêter leur entrée dans l'Eglise !

Et puis samedi, dans la paroisse catholique, avait lieu aussi une cérémonie de confirmation. Autre lieu, autre cérémonie, autres proportions : ce n'était pas deux ou trois jeunes qui demandaient la confirmation, mais soixante-six ! Deux semaines après le grand rassemblement de Jambville, j'ai donc eu l'occasion de revoir l'évêque... Je pêche des arguments pour demander une entrevue, un jour ; j'ai le secret espoir de parvenir à parler d'oecuménisme, à partager avec lui sur l'Eucharistie, le(s) ministère(s), les vocations, autant de sujets qui me tiennent particulièrement à coeur.

Beaucoup de pédagogie, dans une longue homélie, sur l'évangile de la tempête apaisée (Marc 4, 35-41) ; envers les confirmands mais aussi envers nous, les adultes, pour nous rappeler nos engagements. Une de ses paroles m'est restée : "comme Jésus au fond du bateau, qui se repose en paix, quels que soient les événements autour de lui, un chrétien est en paix. Même dans les moments les plus durs, la paix donnée par le Seigneur est là". C'est quelque chose qui me parle particulièrement, à l'heure où des questions me viennent, où des doutes peuvent faire leur travail de sape, où j'ai peur de la transformation que Dieu donne à ma vie... Merci Monseigneur !

Alors, en sortant, oui, j'avais la paix. La certitude que Dieu était forcément là, dans tous ces sourires, toutes ces photos, toute cette joie... Lorsque le prêtre m'a dit en souriant "merci d'avoir supporté une demi-heure d'homélie", je n'ai pas eu le temps de lui glisser que chez les protestants, c'est courant, une demi-heure de prédication !!

La confirmation : sacrement ou pas ? Confirmant ou confirmand ? Chacun son point de vue. Ce qui est sûr, c'est que l'Esprit Saint parle à tous et fait chavirer les coeurs...

dimanche 07 juin 2009

Quinze mille personnes rassemblées pour la Trinité

C'était grand. C'était sympa. C'était beau. C'était émouvant aussi... Aujourd'hui, dans le diocèse de Versailles, plus de trois cents adultes recevaient la confirmation catholique, et pour certains, communiaient pour la première fois.

Un rassemblement autour de la Trinité : c'est important ! Dans les ateliers du matin, on a parlé du Père, du Fils, de l'Esprit sous différentes formes. Dans l'atelier de théologie (appelé "mystère de la Trinité" : le mot "théologie" fait peur ?), on a utilisé des noms savants, parlé de kérygme, de périchorèse... On a évoqué les points communs entre les différentes confessions chrétiennes : ça m'a fait chaud au coeur de voir que d'autres s'intéressent à la Trinité vue par les protestants ou les orthodoxes. Du coup, on a parlé baptême et credo, puisque ce sont deux manifestations de la foi chrétienne, communes à toutes les confessions.

A midi, repas rapide en retrouvant chacun sa paroisse. Echanges, enthousiasme des enfants qui revenaient de Triniland avec leurs bandeaux colorés et leurs ballons-visages... Rapidement, la logistique reprend le dessus : il faut plier les gaules, se rassembler pour le grand temps fort de la journée : la célébration !

Une partie de l'assemblée sous le chapiteau (le plus grand d'Europe, parait-il), l'autre dehors, une estrade dehors et un autel dedans... Pendant que les paroissiens trouvent leur place et commencent les chants de louange, les prêtres, diacres, séminaristes, servants d'autel, enfants de choeur s'habillent et s'organisent en procession. Ils défilent tous, dans le chapiteau d'abord, puis jusqu'à l'estrade dehors ; icône de la Trinité en tête, les diacres et prêtres embrassent l'autel puis s'assemblent à l'extérieur. Accueil, chants, lectures : pendant le psaume, de jeunes handicapés me donnent les larmes aux yeux en faisant de l'expression corporelle sur le refrain... Un très bel alléluia précédant la lecture de l'évangile, et c'est l'homélie. L'évêque insiste sur l'importance de vivre nos vies de baptisé(e)s, de laisser oeuvrer en nous l'Esprit : "la grâce nous précède".

Après l'homélie, les célébrants regagnent le chapiteau, suivis des confirmands. Moment fort de la chrismation, où chacun de ces adultes reçoit la marque du Christ, l'effusion de l'Esprit des mains de l'évêque ou d'un prêtre ! Les visages, retransmis sur écrans géants, traduisent l'émotion de cet instant. L'Eucharistie qui suit est également très belle, même si je souffre toujours de ne pouvoir y participer pleinement ; j'en souffre d'autant plus que cet évêque qui a consacré le pain et le vin est le même qui m'a exprimé son refus de me voir communier au Christ, y compris à l'occasion d'un baptême, sacrement pourtant commun et... trinitaire.

La bénédiction et le chant d'envoi se déroulent... sous la pluie, qui nous avait épargné jusque là. Les paroisses en extérieur sont évacuées le plus vite possible vers les bus, mais ont le temps d'être mouillées... Dans le chapiteau, à l'abri, nous attendons notre tour, en compagnie de chants et du commentaire de l'organisateur qui nous donne les nouvelles. Enfin, c'est à nous de rejoindre le portail d'entrée, puis le bus, qui nous ramènera à nos pénates.

Gloire au Père, au Fils, et au Saint Esprit ! Amen.

mercredi 20 mai 2009

Finalement, c'est non

Ah, ils ont de l'humour, ou alors ils aiment jouer au ping-pong... Souvenez-vous : lorsque j'ai évoqué un possible accueil eucharistique à l'occasion du baptême de ma fille, le curé m'a conseillé d'écrire à l'évêque, ce que j'ai fait. La réponse ne s'est pas faite attendre, mais est décevante et ambigüe : ni oui, ni non, me renvoyant auprès du curé. Soit. Je m'en vais donc écrire un mail au curé, qui me répond "Il faudrait que vous en parliez avec le prêtre qui célèbrera le baptême".

Là, je commence à m'impatienter, mais passons. Ce soir, j'ai rencontré le prêtre avec qui nous allons, effectivement, préparer la cérémonie baptismale. Lorsque je pose la question de la communion, il tente lui aussi d'éluder : "le curé vous a donné la réponse de l'évêque ?", à quoi je réponds par la négative.

Alors, l'air un peu coupable (ou gêné, je ne sais), il m'explique que l'évêque n'est pas vraiment pour ce genre de pratique (j'avais cru comprendre), et qu'il (le prêtre) n'est pas autorisé à pratiquer officiellement un accueil eucharistique. Quand je lui fais remarquer que l'accueil à la table eucharistique se pratiquait il y a 25 ans, il me demande si c'était de façon officielle. Oui, tout à fait officielle, avec dérogation de l'évêque, et invitation du prêtre pendant la messe, à ce que tout le monde puisse communier...

Mon insistance le contrarie. Je ne veux pas encore penser que tout est perdu. Pour moi, c'est un coup de massue, le recul dont parlait Authueil et auquel je ne voulais pas croire. Il finit par me répondre que "chacun est libre de décider en son coeur s'il communie ou pas", mais qu'il "ne peut pas rompre la communion avec son évêque". C'est une réponse que je trouve bâtarde, et je lui dis : officiellement, on refuse catégoriquement, officieusement, aucun prêtre ne me refusera le Corps du Christ si je me présente devant lui.

J'abandonne. Nous prenons les dates pour les réunions de préparation au baptême. Pour la célébration du baptême lors de la messe (plutôt que juste après, en comité restreint), là aussi, impossible de négocier.

Je ressors en état d'hébétude. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que c'est non, et non négociable. Sans entretien, sans discussion. Pourquoi une ouverture qui se pratiquait il y a une vingtaine d'années, ne s'imagine même plus maintenant ?? Les protestants, après avoir été des frères, seraient redevenus des hérétiques ? Au gré des monarques, on a eu l'Edit de Nantes et puis sa révocation ; au gré des évêques, on met en place Vatican II et puis on laisse tomber ?

Je ne peux m'empêcher de penser à la levée d'excommunication des lefebvristes : eux sont de nouveau accueillis à la table du Christ, tandis que les protestants en sont bannis, et ce alors que le dialogue de l'Eglise catholique avec les traditionnalistes me semble plus mince et plus récent que celui qu'elle peut avoir avec les protestants...

Les mariages interconfessionnels sont possibles depuis Vatican II. L'Eglise catholique ne se doutait-elle vraiment pas qu'un jour, des hybrides comme moi apparaîtraient ? J'ai une double culture et on ne peut pas me l'enlever. Je refuse d'abdiquer l'une pour l'autre, je souhaite continuer à pratiquer ma foi plurielle. Quelle place puis-je avoir dans l'Eglise ?

jeudi 14 mai 2009

La réponse

J'ai reçu la réponse de l'évêque concernant ma demande d'accueil eucharistique lors du baptême de ma fille. En voici la teneur :

J'ai bien reçu la demande que vous m'avez présentée d'hospitalité eucharistique à l'occasion du prochain baptême de votre fille, N. Je vous adresse à votre curé, le P. O.S., qui connaît bien la situation ecclésiale de votre foyer et saura vous conseiller.
Je vous assure de ma prière pour [votre foyer] et la petite N. et confie au Seigneur votre vie ecclésiale pour qu'elle se développe dans le sens de l'unité que Dieu veut pour son Eglise.

Voici ce que j'appelle "botter en touche". Cependant, je ne vais pas crier avant d'avoir mal. Ce n'est qu'une réponse un peu évasive, m'invitant à me rapprocher du curé de ma paroisse. Le même curé que celui qui m'a recommandé d'écrire ma demande à l'évêque... J'ai juste un tout petit peu l'impression de faire la balle de ping-pong.

Je vais donc m'atteler, dans les prochains jours, malgré cette réponse peu encourageante, à prendre contact avec le curé, et le prêtre qui va célébrer le baptême. Essayer de faire preuve de pédagogie, de diplomatie, de calme (ça, ça risque d'être un peu difficile). Expliquer ce qui n'est pas imaginable pour quelqu'un qui ne se trouve pas en situation interconfessionnelle : qu'un couple, et à plus forte raison un foyer comprenant des enfants, a besoin d'un équilibre, d'une harmonie, y compris au niveau spirituel. Et cette harmonie est consolidée par le soutien mutuel de nos églises.

Pour information, voici un paragraphe des textes de Vatican II sur l'Eucharistie et les "frères séparés" :
Vatican II, Unitatis Redintegratio, §22

Certes, les Communautés ecclésiales séparées de nous n'ont pas avec nous la pleine unité dérivant du baptême, et nous croyons, surtout par suite de l'absence du Sacrement de l'Ordre, qu'elles n'ont pas conservé toute la réalité propre du Mystère eucharistique. Néanmoins, en célébrant à la Sainte Cène le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, elles professent que la vie consiste dans la communion au Christ et elles attendent son retour glorieux.

dimanche 10 mai 2009

Colère

J'ai préparé une lettre à l'évêque. C'est la procédure : c'est lui qui peut décider d'ouvrir l'Eucharistie à des non-catholiques, de façon exceptionnelle, selon le droit canon. Pour le baptême de ma fille, je souhaite pouvoir participer à l'Eucharistie, et que les protestants de ma famille puissent le faire également. Alors j'ai préparé ma lettre.

"Ca mérite réflexion. On peut se voir ?", m'a répondu un des prêtres à qui j'ai demandé conseil avant d'envoyer ce courrier. Ainsi donc, un soir, je vais le rencontrer au presbytère. Je lui ai déjà parlé de ma situation d'hybride d'Eglises, en lui disant que je souffrais de ne pas pouvoir participer à l'Eucharistie. Il m'a déjà donné sa position : pour lui, être un mélange, c'est n'être rien, parce qu'on ne peut pas se réclamer de deux identités à la fois.

Effectivement, d'entrée de jeu, il me confirme son point de vue : l'accueil eucharistique n'a aucun lieu d'être, dans le sens où chacun a son Eglise, ses positions, et que l'Eucharistie n'a, selon lui, aucun sens chez les protestants, surtout pas le même que pour les catholiques. S'il était à la place de l'évêque, il refuserait ma demande. Hein, quoi ? Ai-je bien entendu ? Oui. Nous sommes bien en 2009, le concile Vatican II n'a jamais que 45 ans d'existence, et un (jeune) prêtre revient sur l'ouverture entre Eglises...

Je comprends bien que nous sommes dans une époque et une région où les religions, quelles qu'elles soient, sont attaquées. Je comprends que les croyants, en particulier les convertis adultes, aient un besoin d'identité religieuse forte. Je comprends leur crainte : celle que l'Eucharistie soit dévoyée, et que le plus grand mystère de l'Eglise catholique soit mal interprété, perde son sens dans l'ouverture.

Mais qu'à leur tour, ils comprennent mon dilemme ! Qu'ils essaient de prendre la mesure de la conciliation que je propose : non, je ne demande pas à ce qu'on gomme les différences entre les confessions ; non, je ne souhaite pas minimiser l'importance de l'Eucharistie, l'édulcorer en la rendant accessible à des non-catholiques ; mais comment peut-on imaginer faire progresser le dialogue oecuménique, si on n'ouvre pas ses portes aux autres ?

jeudi 23 avril 2009

Syncrétisme

Syncrétisme : nom masculin - Fusion de différents cultes ou de doctrines religieuses ; en particulier, tentative de conciliation des différentes croyances en une nouvelle qui en ferait la synthèse. Source : le TLFi

Ces derniers temps, certaines expériences et questions me font prendre conscience de la fusion - ou devrais-je dire confusion ? - que mon esprit a faite concernant les deux confessions qui m'ont été enseignées...

On dit que le cerveau des enfants est une véritable éponge... Ce devait être le cas pour moi. J'ai toujours été sensible aux différents enseignements religieux que j'ai reçus. J'avais soif d'apprendre, et j'assimilais vite et plutôt bien. Mes parents m'envoyaient au caté ? Pas de problème, caté le mercredi matin. A l'école biblique ? Pas de problème, école biblique un dimanche par mois. Ca n'était pas les mêmes groupes, pas les mêmes animateurs, pas la même façon de faire. Mais c'était toujours de Dieu qu'on parlait, et ça, j'aimais beaucoup.

A la maison, on riait bien des provocations faciles, basées sur les idées préconçues et les caricatures de chacune des confessions. Mes parents se chamaillaient parfois, pour rire, se lançaient des piques, et ainsi on apprenait à ne pas prendre trop au sérieux les comportements poussés à l'extrême de l'une ou l'autre Eglise...

A Noël, on allait à la messe de minuit, ou au culte de Noël, ça dépendait du temps dont disposaient mes parents... et des vaches qui vêlaient à ce moment-là ! A Pâques, parfois on participait à la veillée pascale, d'autres fois on allait à la messe du matin de Pâques...

Et j'ai grandi ainsi, sans que cela ne me pose de problème, assimilant les deux cultures, comme d'autres apprendraient à parler deux langues.

Jusqu'au jour où quelqu'un m'a demandé "Alors, les protestants, ils font comment le Carême ?". J'ai réfléchi, et j'ai réalisé que je ne savais pas répondre. Que le Carême, on en parlait dans la communauté catholique, et que pour moi ça allait de soi de réfléchir sur sa relation à Dieu, de faire preuve d'un peu d'humilité pour recevoir la grâce de Dieu dans le sacrifice de son fils... Grand blanc. Je n'ai pas répondu.

J'ai compris que j'étais vraiment un mélange, une personne particulière qui ne pouvait pas se définir comme étant d'un côté ou de l'autre. C'est important pour moi de pouvoir pratiquer les rites, les célébrations, de pouvoir participer à la prière de chaque Eglise. Si je n'ai pas accès à une des deux communautés, il me manque quelque chose. Cela fait partie de moi, c'est ma culture. Et j'ai rencontré cette attitude chez d'autres "enfants de Vatican II" : nous avons reçu une éducation plurielle, et nous ne voulons pas faire de choix. Les Eglises ne sont pas d'accord entre elles, soit. Mais nous avons notre identité. On ne peut pas interdire à quelqu'un de parler une langue... On ne peut pas nous obliger à faire un choix qui nous couperait d'une partie de nous-mêmes.

Je suis un mélange. Comme une voiture hybride, je peux fonctionner au protestantisme ou au catholicisme, et passer de l'un à l'autre en quelques instants. Je ne "pioche" pas ce qui m'arrange d'un côté ou de l'autre pour faire ma propre religion, mais au contraire, j'enrichis ma relation à Dieu en profitant de deux points de vue différents. Et ça, malgré tous les désaccords qui peuvent exister, ça n'a pas de prix.

vendredi 17 avril 2009

Les catholiques ne sont pas les seuls chrétiens !

Je sais bien qu'en France, les catholiques sont majoritaires. Même si ce n'est plus une religion d'état. Même si l'athéisme a fait beaucoup de mal, et même s'ils sont vivement critiqués en ce moment. N'empêche. Parmi les croyants français, il y a une majorité de catholiques, c'est un fait.

Mais constituer la religion majoritaire ne veut pas dire que les chrétiens français sont composés des seuls catholiques ! Que faites-vous des orthodoxes, des réformés, des évangéliques, des luthériens, des anglicans, et j'en passe ? Tous sont également des chrétiens, il professent le même kérygme, croient aussi que Jésus est venu sur terre pour sauver les hommes...

Alors s'il vous plaît, amis catholiques, affichez-vous comme tels sur vos sites, vos blogs, vos rassemblements ! Je pense en particulier à Croire.com (un des dépliants que ce site publie, nommé "les prières du chrétien", contient le Symbole des Apôtres précisant "je crois en l'Eglise catholique" !), Communion et évangélisation (le thème est l'Eucharistie, alors même que l'accueil eucharistique est un des principaux points d'achoppement du dialogue oecuménique !), ou encore Garrigues et Sentiers...

J'en profite pour faire une mise au point : sur ce blog, quand je parle de "chrétiens", je parle bien de toute personne croyant au Christ ressuscité... Pour moi, la sémantique est très claire. Il existe des différences de pratique, de culture, d'appréciation entre protestants, catholiques, orthodoxes, mais nous sommes tous chrétiens, car en ce temps de Pâques, nous fêtons tous la Résurrection du Christ !

Edit : tiens, comme ça, pour voir, je m'en vais faire une petite liste des sites qui font la confusion (au gré de mes visites sur la toile).

vendredi 13 mars 2009

Le point commun

Ou comment la diversité des religions mène au même chemin...

Etait-ce un intérêt général pour la théologie, au sens large ? Une recherche de sens ? Un besoin de découverte d'autres cultures ? Ou tout simplement une sensibilité aux autres religions exacerbée par ma double éducation ? Toujours est-il qu'à l'adolescence, j'ai effectué des recherches sur les différentes religions existant de par le monde.

J'ai assez vite établi une conviction personnelle : les religions ont été créées par les hommes, pour différentes raisons. La première est constituée par des besoins d'expliquer des éléments qui les dépassent (événements naturels incontrôlables ou inexplicables, par exemple), et de répondre à des questions insolubles sans la supposition d'éléments surnaturels.

La seconde est d'établir un cadre éthique, un ensemble de règles permettant de vivre en société, sans que celle-ci devienne à court terme un immense champ de bataille. Chaque religion dispose ainsi de dogmes allant contre la nature animale de l'être humain. Elle impose des interdits, permettant aux hommes de dépasser leurs instincts et former une collectivité.

Mes observations m'ont permis de constater que sous des formes très diverses, les religions amènent toutes à un objectif commun : fonder une éthique, distinguer le bien du mal, assagir le côté nuisible et développer l'aspect altruiste de chacun pour son voisin. Chaque religion peut alors être perçue comme bénéfique, et chaque fidèle digne de respect. Cela peut paraître évident, simplement écrit ainsi. Mais lorsque nous entendons s'exprimer - quotidiennement - toutes les peurs, tous les préjugés que nous sommes capables de projeter sur nos semblables, est-ce toujours aussi évident ?

Récemment, j'ai découvert que la conclusion de mon étude d'il y a quelques années, porte un nom : l'éthique de réciprocité. Il s'agit d'un principe fondateur de nombre de religions, sur lequel est également basée la déclaration des droits de l'homme, résumé par la phrase "Traite les autres comme tu aimerais être traité" ou par son pendant "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse".

Pour en savoir plus : résumé Wikipédia

lundi 23 février 2009

L'oecuménisme, une histoire de famille

Quatre générations. Quatre étapes mêlant histoire des Eglises et histoire familiale. Ou le témoignage des progrès dans l'unité chrétienne au cours des 60 dernières années...

1948, première génération. Un catholique épouse une protestante. La cérémonie se passe au temple, la future épouse ayant refusé de se marier à l'église, car elle savait qu'on lui demanderait d'élever ses enfants dans la foi catholique. L'époux, n'ayant pas le droit de se marier au temple, est excommunié. De fait, il devient protestant, accueilli dans la communauté de son épouse.

1980, deuxième génération. Bis repetita : une fille du premier couple épouse un catholique. La cérémonie se passe de nouveau au temple, mais le fiancé a demandé à l'évêque de son diocèse l'autorisation de se marier avec une conjointe non catholique. Les époux conservent chacun leur confession et peuvent la pratiquer librement.

Ce jeune couple se pose alors la question de tous les couples interconfessionnels : quelle éducation religieuse donner à leurs enfants ? Dans certaines familles, c'est la confession maternelle qui prime, dans d'autres, celle du père, pour des raisons diverses, ou en suivant des coutumes régionales... Dans le cas qui nous intéresse, les parents décident de faire suivre, autant que possible, les deux catéchismes à leurs enfants.

2004, troisième génération. Ter repetita : vous l'aurez compris, bien qu'ayant reçu les deux catéchismes, je suis officiellement de confession réformée, et ma tendre moitié est catholique. De nouveau, un mariage au temple ; les mariages interconfessionnels sont devenus monnaie courante, et la préparation de la cérémonie ne présente pas de difficulté particulière.

2009, quatrième génération. Elle se prépare à recevoir le baptême... Baptême oecuménique, la question ne se pose pas ! Mais notre interrogation n'a pas changé : dans quelle Eglise grandira-t-elle ?

vendredi 20 février 2009

Témoigner, pour exister

Voilà pour moi le moment de me lancer. Il m'en coûte d'ouvrir ce blog. Mes proches savent que je préfère de loin participer et enrichir des initiatives existantes, ou répondre à des besoins exprimés par d'autres, plutôt que de me mettre en avant. Peut-être est-ce par manque de créativité, par esprit de service, par peur de l'orgueil d'une initiative personnelle ? Toujours est-il que j'ai cherché longuement avant de créer ce blog, pour voir s'il n'existait pas un site similaire. Dans mon esprit, il devait forcément exister d'autres que moi... Rencontre après rencontre, explications après explications, il a fallu me rendre à l'évidence : je dois être un oiseau rare !

L'un de mes parents est catholique, l'autre est protestant. Ils se sont mariés en respectant mutuellement leurs confessions, et en promettant d'élever leurs futurs enfants en chrétiens. Ce fut relativement astreignant, surtout en termes de planning : le mercredi matin au catéchisme (catholique), un dimanche toutes les 6 semaines à l'école biblique (protestante). Quelle richesse ! Deux communautés avec autant de variété humaine que l'on peut en imaginer, des enseignements différents, une sensibilité et une pratique distinctes mais complémentaires...

Point d'orgue de l'enseignement, de chaque côté : la confirmation. Cette étape permet à l'enfant ("enfant" au sens spirituel, pas en terme d'âge physique) d'entrer dans une communauté comme membre à part entière. Mais, d'un côté comme de l'autre, les clergés m'ont signifié qu'il était impossible de faire deux confirmations. La cohabitation des deux églises, que j'avais réussi à maintenir jusque là, devait s'arrêter, et je devais faire le choix d'une communauté pour devenir adulte.

J'ai refusé ce choix, une première fois. Mais je ne pouvais me résoudre à rester un "enfant" au sein des Eglises. J'ai finalement confirmé mon baptême dans l'Eglise Réformée. Je suis officiellement membre de la communauté protestante, même si mon coeur est profondément chrétien, puisant dans les ressources des Eglises catholique et réformée. Le Christ est universel !

Aujourd'hui, je souhaite témoigner. Expliquer que l'oecuménisme au quotidien est possible, que les enfants éduqués au sein de couples interconfessionnels peuvent souffrir des discordances entre les Eglises. Je suis hybride, j'existe, et je désire vivre ma foi totalement. Je demande que l'on m'accepte à part entière dans les deux Eglises. Je sais que le chemin sera long et semé d'embûches. Mais qui sait ? Un jour peut-être...

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