Fac de théo

Entreprendre des études de théologie à distance, en parallèle à un boulot à plein temps, une vie de famille, de paroisse(s)...

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jeudi 21 juin 2012

Genève

Des rayonnages. Remplis de livres. Neufs, vieux, réparés, gros ou petits, colorés ou non, dans leurs étagères, autour des tables de travail. Et sur plusieurs étages, chacun correspondant à un domaine : théologie, philosophie, architecture, lettres, ... Sur une porte, une affiche : "le Paradis doit être une bibliothèque géante". Je souris. J'aime cette idée, des livres partout, pour tous... et les murmures qui les entourent. Une bibliothèque, souvent, c'est fait pour travailler... surtout dans une faculté ! Mais c'est fait pour rêver, aussi, voyager en esprit, rencontrer des gens tout en gardant les pieds sur terre...

La fenêtre est ouverte. Dehors, on entend des moineaux pépier, les enfants courir et rire, et puis des notes, piano et flûte, qui viennent du jardin. Le jardin de la faculté, avec au fond son mur monumental, où les quatre Réformateurs toisent les visiteurs de leur stature de géant, m'a toujours fait un effet particulier. En ce moment, pour la fête de la musique, des lumières de couleurs et un podium sont installés. Et un piano est à disposition de qui veut, sous un arbre centenaire. Cette faculté de quatre cent cinquante ans, en pleine ville, respire l'Histoire autant que la culture. De Calvin à l'art contemporain...

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L'ambiance est particulière pour nous, qui venons à la faculté uniquement pour ces occasions particulières. Durant ces jours d'examen, le stress de l'épreuve, la peur de ne pas savoir répondre se mêlent à la joie de voir ou revoir réellement des camarades aperçus uniquement par webcam pendant un semestre. Nous nous sommes lus mutuellement, nous étudions les mêmes cours... ça rapproche ! Nous avons entre vingt et soixante ans, nous sommes de différentes villes de France et de Suisse, de milieux, métiers, expériences très différents... Durant quelques heures, avoir tout quitté pour plancher sur les mêmes questions crée de singuliers liens. Comme une parenthèse dans une vie de folie, une bulle où chacun peut imaginer une vie... autrement.

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C'est un moment de paix. Il fait doux[1], la réserve de chocolats est achetée pour les collègues, la famille, les amis. Les examens sont passés, le stress retombe. Le train est là, je monte, trouve ma place. Je réfléchis à ce que je vais prendre pour le voyage. A l'aller, c'est facile, mon cours pour les ultimes révisions. Au retour, j'ai le droit à un peu de détente : cahier pour griffonner[2], pelotes pour crocheter, bouquin à savourer... Ou juste rien, les mains vides, la tête un peu lasse, le coeur en louange.

On démarre. Je me régale du paysage. Après la sortie de la ville, j'admire ces montagnes que j'aime et que j'aimerais explorer de nouveau. Les champs, aussi. Ici, les céréales sont bientôt prêtes à moissonner, le grain est presque doré, alors qu'en région parisienne il est encore vert. Le réseau de téléphone est toujours en Suisse, pour quelques minutes encore les messages et les appels sont limités. Les arbres moutonnent le long des pentes, les routes traversent les vallées sur des ponts d'une hauteur impressionnante. Quelques maisons sont accrochées, dans les pentes. Du vert, partout, de toutes les nuances. Et seulement quelques taches de rouge ou de gris ardoise... C'est juste joli. Reposant.

Notes

[1] Toujours plus doux qu'à Paris. C'est un constat récurrent. La proximité du lac, peut-être ?

[2] Ce billet bien sûr ! What else ? ;)

dimanche 23 octobre 2011

Mise à l'épreuve

Ce semestre, en plus d'un module d’exégèse de l’Ancien Testament, je suis également, dans mon cursus de théologie, un module de "psychologie des religions". Ca ne m'enchante guère, pour tout vous dire... L'idée de disséquer le sentiment religieux, de voir comment les religions utilisent la psychologie humaine pour manipuler les foules m'effraie. J'ai sans doute peur de perdre ma foi, ou en tout cas une partie des raisonnements que je pouvais tenir jusqu'à présent...

Un exemple avec le cours étudié cette quinzaine, parlant des neurosciences : des études ont prouvé que des expériences mystiques pouvaient être comparées avec des stimuli sur des zones bien précises du cerveau. Partant de ces constatations, différentes approches sont possibles, expliquant, rejetant ou intégrant les religions dans une psychologie plus complète de l'individu. Celle qui me choque le plus compare les expériences religieuses à des phénomènes connus, tels que l'épilepsie, ou à des hallucinations, telles que peuvent en avoir les alpinistes en très haute montagne, montant à plus de six mille mètres d'altitude sans oxygène.

Plus que les matières bibliques, qui ont déjà battu en brèche les préjugés et connaissances que je pouvais avoir sur la Bible et son écriture, la psychologie des religions sape mes raisons de croire, met à nu les mécanismes mentaux de mes croyances, de ma foi. Elle reprend les questions et les arguments des athées que j'entends régulièrement, qui me perturbent, et auxquels je n'ai pas vraiment de réponse : "tout ce que tu crois se base sur des phénomènes physiques, tout ça peut s'expliquer scientifiquement", "qu'est ce que ça t'apporte de croire ? Je peux avoir les mêmes valeurs sans avoir de dieu"...

Alors mon sentiment est sans doute biaisé, peut-être que je prends trop à coeur cet enseignement, que je devrais mieux m'en détacher... Mais j'ai l'impression que c'est comme un test : si l'on passe à travers ce module, et que l'on continue, soit on a résisté, soit on a évolué de façon à s'adapter à un mode de pensée plus... disons... libéral. Est-ce aussi ça, les études de théo ? Apprendre à forger sa foi en la soumettant à tous les tests et stress possibles et imaginables ?

Que l'on construise sur ces fondations avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou du chaume, l'œuvre de chacun deviendra manifeste, car le jour la mettra en évidence ; en effet, c'est dans le feu qu'il se révélera, et l'épreuve du feu montrera ce que vaut l'œuvre de chacun.
1 Corinthiens 3, 12-13

dimanche 25 septembre 2011

Montagnes... suisses et théologiques

Cela fait deux ans maintenant. Deux ans que ce blog, en plus de se faire le témoin d'un oecuménisme vécu au quotidien, me sert aussi à vous exposer[1] mes états d'âme tout au long de mes études de théologie.

Au lendemain d'un de ces examens, à l'orée d'une nouvelle année de cours, est-ce le moment de faire un bilan ? Ou, sinon un bilan, du moins donner quelques ressentis...

La première constatation, c'est qu'il vaut mieux être sévèrement allumé pour faire ces études[2]. Dans une société athée, Dieu n'est pas à la mode. Etre croyant, pratiquer une religion tient déjà du défi, du grain de folie... On s'expose au mieux aux questions, au pire aux moqueries et au ridicule[3]... Alors pousser jusqu'à étudier la théologie...

En découle la folie de reprendre un cursus universitaire après plusieurs années en activité, ce qui sous-entend de reprendre une activité intellectuelle, mais aussi de le faire en gardant son activité professionnelle, une harmonie familiale, un peu d'équilibre personnel... Et je ne parle même pas du retour de la pression des examens !

Dans ce cadre, tenir plusieurs mois, voire plusieurs années, tient, je pense, autant du signe que de la ténacité. Affronter les emplois du temps surchargés, les piles de livres à exploiter, les devoirs à rendre, l'équilibre familial à préserver, les contraintes professionnelles à gérer ; et malgré tout, continuer à aimer, désirer, anticiper ces études... Et, question que l'on me pose souvent, pour quel but ? Tout est ouvert. Différents ministères peuvent se trouver au bout de la formation. Le ministère pastoral bien sûr, mais aussi sans doute des postes auxquels on ne pense pas lorsqu'on commence la théo... Aumônerie ? Animation ? Mission ? ... Dieu le dira !

Pour l'instant, j'entame ma troisième année d'études. L'objectif ? Licence de théo[4] en juin 2015...

Notes

[1] à vous mes lectrices et lecteurs que j'ai appris à connaître, aussi, un peu ;)

[2] à distance, reprendre la fac, après une période sans réflexes d'étudiant...

[3] je parle bien de la France, ici au moins nous avons la chance de ne plus avoir de persécutions !

[4] ou bachelor, pour les suisses

dimanche 18 septembre 2011

Ronger son frein

- Alors, alors, ces résultats ?
- Ce soir... Encore un peu de patience !
- Tu nous tiens au courant, hein !
- Bien sûr !

Une fois à la maison, les filles dans le bain, je me précipite sur mon mail. Mot de passe, chargement... Plusieurs messages, mais pas un seul provenant de Genève ! J'hésite entre énervement et grande déception... Je n'aurai pas mes résultats ce soir-là.

Mais je sais que notre coordinatrice vient pour la journée de rentrée des étudiants à distance de la fac de théologie... J'espère bien lui mettre le grappin dessus à cette occasion !

Le samedi, réunion à la fac de théologie, j'attends patiemment la fin de la séance pour demander ma note... Elle me répond "Je sais que c'est réussi, mais je ne sais plus la note exacte..." Ouf ! Je pousse un soupir de soulagement... La note, ce n'est pas le plus important ; mais j'ai validé mon module de Nouveau Testament, et ça, c'est une bonne nouvelle :)

mardi 21 juin 2011

Fin du marathon

Et voilà. Enfin bouclé. Plusieurs mois de travail, deux semaines de stress intensif, une course effrénée entre boulot, enfants, trains...

13h30. Le sujet est donné : 1 Corinthiens 1, 18-25. Théologie de la Croix. Un "gros" morceau. Trois quarts d'heure pour préparer traduction et faire un plan d'exégèse. Trois autres quarts d'heure sur le grill, face à deux experts, brillants. Je déteste l'oral, je bafouille toujours.

15h. Fini. La tension retombe. Je passe au pied du mur des Réformateurs, voir ces figures imposantes du passé, méditer un peu avant de rentrer. C'est fini pour ce semestre. En attendant les résultats vendredi.

Merci à tous et toutes, pour vos messages, vos encouragements, vos prières, votre soutien... A Zoé d'abord, et Lulle, Luc, Caroline, Vianney, Archie, Corine, Marie-Anne, Anne-Claire, tous les silencieux qui n'en comptent pas moins... Merci.

dimanche 27 juin 2010

Histoires d'appel (à la pelle ?)

C'était le 18 juin, il y a 70 ans. Les émissions pour la mémoire de l'Histoire se suivent et se ressemblent. Les vétérans sont présents et ont la larme à l'oeil lorsque le président les fait chevaliers de la Légion d'honneur... Les analyses historico-critiques de De Gaulle, des résistants, du gouvernement de l'époque présentent une situation dont on se demande à quel point elles sont anachroniques. Pour ceux de ma génération, qui n'ont jamais connu la guerre sur le territoire ou dans les colonies, ces rappels historiques posent toujours la même question : et nous, qu'aurions-nous fait ?

Dans la Bible, on retrouve plusieurs appels... Parmi eux, l'appel de Lévi par Jésus (Marc 2, 14-17) présente des similarités avec l'appel d'Elisée par Elie (1 Rois 19, 19-21). Dans les deux cas, il y a un repas, qui ressemble à un banquet d'adieu à ceux que les appelés laissent derrière eux. Ils contrastent avec les textes d'évangile d'aujourd'hui, où Jésus est très dur vis-à-vis de ceux qui souhaitent le suivre mais aimeraient terminer quelques étapes (Luc 9, 51-62)...

Et puis il y a cette question, qui revient régulièrement, et de façon plus fréquente depuis un an : ai-je reçu un appel ? J'ai tenté la théologie à distance, un peu comme pour tester si je serais capable de répondre à un tel appel. Aujourd'hui, les modules que j'ai entrepris sont validés, malgré un contretemps en premier semestre. Alors peut-être que cela se confirme ? Encore cinq ans pour une licence, si tout va bien... Ensuite, ce sera la commission des ministères qui décidera...

mercredi 16 décembre 2009

Une journée chez nos voisins...

Samedi, il faisait frais, dans la capitale suisse, mais le soleil était au rendez-vous. Les professeurs et élèves aussi. Temps de rencontres, de joie, de partage, de rires et de critiques, de découverte des autres, ceux qu'on ne connaît que par forum ou webcam, ou par les commentaires laissés sur nos devoirs...

Il y a celle qui organise nos cours, toujours présente, discrète et attentive à la situation de chacun, proposant toujours plus pour que nous puissions suivre nos cours aussi bien que possible. Elle a toujours le sourire, et des tas de solutions qu'elle semble sortir de nulle part à tous nos petits tracas quotidiens.

A ses côtés, le doyen, qui dispense aussi les cours de Nouveau Testament. Aussi accueillant que précis, aussi rigoureux qu'ouvert à la discussion. Il lui suffit d'ouvrir la bouche pour que nous nous sentions insignifiants devant ce puits de connaissances. Et pourtant, avec son assistant, il sait se mettre à notre disposition pour nos questions de débutants...

Dans les rangs, se trouve celui qui pose des questions précises, pointilleuses, parfois énervantes car à la marge du sujet de nos cours. Il a le don d'agacer tout le monde, profs, étudiants et organisatrice réunis... Parfois nous avons bien du mal à ne pas répondre de façon acerbe à ce camarade de classe d'une journée...

Il y a la prof de grec, très enthousiaste, pédagogue, ouverte à toute question, attentive à nos interrogations, nos problèmes. C'est une passionnée, et elle a le charisme pour transmettre cet élan à ses élèves ! Le temps d'un cours, improvisé autour de nos questions, sa voix chantante nous a communiqué sa joie d'apprendre une langue, pourtant "morte", mais tellement vivante dans les textes...

Les autres étudiants sont là aussi. Divers, autant que peuvent l'être des personnes qui s'intéressent de près ou de loin au protestantisme. Ils sont de tradition réformée, luthérienne ou évangélique, peu importe, la théologie est la même pour tous. Ils sont jeunes, plus anciens, mariés ou non, souvent déjà engagés dans leur église locale : prédicateur laïc, musicien, responsable de caté... Chacun a son histoire, sa communauté, ses propres raisons d'étudier la théologie. Ils ont des métiers très divers, qui leur laissent plus ou moins de temps à consacrer à cette nouvelle activité. Parmi eux, une se distingue, d'un côté par son angoisse de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur ; de l'autre par sa motivation sans bornes pour ce nouveau chemin qu'elle s'est choisi.

Après un bon déjeuner, nous voici avec quelques heures de temps libre avant d'attraper notre train. La ville est en effervescence, car c'est la fête de l'Escalade, commémoration d'une attaque du Duc de Savoie repoussée par les genevois en 1602. Partout dans la ville, ce n'est que festivités, enfants déguisés et adultes en costumes d'époque, groupe d'arquebusiers et piquiers paradant avec force démonstrations de leurs antiques armes ! Nous achèterons la fameuse "marmite" avant de repartir, difficile de passer à côté...

Nous visitons la cathédrale Saint Pierre, la première cathédrale protestante que j'aie l'occasion de voir ! Cela me laisse une impression étrange, comme si les choses n'étaient pas à leur place... C'est la majesté d'un édifice monumental, mais sans le faste habituel d'une cathédrale. Les vitraux sont là mais les murs sont nus. Le choeur est vide à l'exception de la chaire, pas d'autel, de croix, seulement la Bible exposée au centre. J'ai l'habitude de ce dépouillement dans un temple, dans une église je m'attends à une toute autre ambiance. Je trouve tout cela très déroutant. Quelque part, c'est un peu un signe encore visible, cinq siècles plus tard, des affrontements terribles qui se sont déroulés entre catholiques et réformés. Luttes de pouvoir, de foi, de convictions, tout cela entremêlé...

Une petite histoire dit, qu'aux heures précédant un match de foot Suisse - Portugal, des supporters portugais sont venus à la cathédrale, et y ont cherché la Vierge pour lui laisser un cierge. Las ! De cathédrale, l'église n'avait que le nom ; de Sainte Vierge, point, pas plus que des cierges ! Il paraît que ce fut particulièrement difficile de leur expliquer que la cathédrale avait gardé son nom mais changé d'obédience...

Au retour, motivés par notre présence mutuelle, nous profitons des quelques heures de train pour avancer dans notre travail : qui sur une prédication, qui sur un devoir ou simplement sur les cours de la quinzaine... Je prends un temps de prière silencieuse, pendant que dehors, les lumières des villes défilent dans la nuit. Juste pour Lui dire merci...