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lundi 17 décembre 2012

Deo gratias !

Parce que je ne passe plus beaucoup (pas assez ?) de temps sur cet espace public qu'est mon blog... Mais que je pense souvent à vous, oui, toi qui me lis derrière ton écran, et que je prie pour toi...
Parce que le week end, les dernières semaines, furent riches en rencontres, en discussions, en chamboulements de mes certitudes, en découvertes...
Parce que j'aurais bien chanté encore une fois l'Alleluia de cette messe de gaudete, mais que c'était pas prévu, et que j'ai fait sourire l'assemblée en reprenant à pleine voix les premières syllabes !
Parce que j'ai du Matt Maher dans les oreilles...
Parce que j'ai encore réussi à boucler mes devoirs de théo, alors qu'il y a quatre heures, c'était pas gagné...
Parce que c'est l'Avent et que je regrette de ne pas avoir pris le temps de le faire "comme il faut"... Mais que ma fille me rappelle à l'ordre et me pousse à l'humilité et à (m')expliquer...
Parce que deux enfants ont été baptisés aujourd'hui, alleluia !
Parce que c'est le dimanche de la joie !
Parce que ça fait du bien de partager des chants de Taizé et d'écouter de l'orgue...
Parce que les enfants, ça bouge, ça secoue, ça fait plein de bêtises et ça s'illumine d'un seul sourire...
Parce qu'au coeur de la nuit, ça fait juste du bien...

Béni sois-tu, Seigneur !
Gloire te soit rendue !
Alleluia !

mardi 26 juin 2012

Il y a un an

Ce matin[1], j'entendais sur mon habituelle station de radio matutinale, l'annonce des ordinations de futurs prêtres, pour les jours à venir. Et aujourd'hui, surtout, je pensais à un prêtre en particulier.

Il y a un an, il faisait beau et chaud, j'arrivais à Versailles et passais près de vingt minutes à tourner dans les différents parkings souterrains bondés, avant de finir sur le parking du château. En suivant la pointe du clocher dans les rues de la vieille ville, avec deux petites filles surexcitées tant par la chaleur que par l'étrangeté de la sortie que je leur avais proposée, j'ai rallié la cathédrale. Je ne vous cache pas que même si j'avais conscience du caractère particulier du moment, pour cet ami que je tenais à accompagner, je ne me sentais guère en état de percevoir la grâce de l'instant. Une demi-heure de retard, un lieu inconnu, une fille de quatre ans qui ne pense qu'à jouer avec les petits copains sur les escaliers, et une de dix-huit mois qui se tortille entre les jambes des adultes de l'assistance...

Et pourtant, lorsque la cathédrale bondée a entonné la litanie des saints, alors que cinq hommes étaient face contre terre dans la nef, je n'ai pu m'empêcher de frissonner. Et j'ai chanté, prié, avec cette assemblée, pour ce merveilleux cadeau qui nous était donné : cet engagement d'une vie, d'une famille, d'une communauté, au service de Dieu, des autres, du Tout Autre. "Jubilez, criez de joie !", oui, c'est le chant qui a éclaté ensuite, dans l'édifice mais aussi dans ma tête et mon coeur...

Ce matin, je revivais cela, et je revoyais aussi nos partages, URL et IRL[2], sa vie de paroisse, son évolution dans le ministère. Et au moment où Mgr Vingt-Trois parlait des prêtres entourant ceux qui allaient les rejoindre, je me disais "Ca va lui faire drôle, cette année, de prendre sa place dans le presbyterium, un an après !"...

Un an après. En louange et en prière.

Notes

[1] mais aussi à plusieurs reprises ces derniers jours

[2] jeu de mots - pardon, d'acronymes - signifiant "en ligne et dans la vie réelle", pour les non-geeks

mercredi 30 mai 2012

Souffle sur nos villes

C'est un rendez-vous que je ne voudrais pas rater. Une fois par an, chaque fois dans un lieu différent, ce sont au bas mot quatre communautés différentes qui se retrouvent : baptistes, anglicans, réformés et catholiques de plusieurs paroisses... Sourires, accueil, (re)découverte, clin d'oeil : "Tiens, mais on se connaît, nous !"... Au fil des ans, les liens se créent, doucement mais sûrement.

Il ne s'agit pas d'une messe ou d'un culte. Pas de sacrement, pas de liturgie habituelle, tout est permis... ou presque. La prière est axée sur nos villes et tous ses habitants. Du bébé le plus jeune jusqu'au maire, en passant par les travailleurs, les parents, les retraités, l'Esprit est venu pour tous ! Toutes les communautés ont participé à la préparation, de la louange à l'intercession. C'est une occasion inespérée pour découvrir d'autres expressions possibles de la foi.

Je suis à l'aise. Certains parleraient sans doute avec dédain de relativisme. Oui, j'aime le silence d'une adoration ou les méditations d'un monastère. Ici, je me régale des multiples manières de s'approcher de Dieu. J'apprécie la ferveur qui se dégage de la prière spontanée. J'aime chanter à pleine voix avec le groupe de louange. Je crie vers Dieu avec le groupe d'action catholique ouvrière, dénonçant la folie du monde du travail, cherchant les pépites d'espoir. Je fredonne "jamais tout seul" avec une jeune haïtienne vibrante de foi dans une situation de dénuement. Je prie avec les disciples d'Emmaüs, pour avoir le feu au coeur et savoir reconnaître le Christ dans ceux qui sont isolés au milieu de nos jungles urbaines. Je prie encore pour que le Seigneur donne la sagesse à ceux qui nous gouvernent, de près ou de loin... Je frappe des mains en chantant avec mes frères et soeurs pour garder au coeur ce moment de partage.

La soirée se termine sur une touche conviviale, autour d'un verre et de quelques biscuits. Discussions, sourires, échanges, surprises, présentations... Et à l'année prochaine pour une autre prière, ensemble, pour nos villes.

lundi 13 février 2012

Te trouver

Quand un appel au secours vient perturber la routine du bureau... Trouver les mots pour écouter.
Quand la détresse amie glace coeur et esprit... Trouver malgré tout le chemin de la prière.
Quand la prière habituelle est bousculée par une demande pressante... Trouver le sourire pour répondre.

Quand l'obligation fait place à une rencontre étonnante... Trouver la disponibilité du coeur.
Quand le temps pris pour soi laisse le rire fuser entre amis... Trouver quelques minutes pour Te louer !
Quand le Corps exposé se fait douleur de l'absence... Trouver comment T'offrir cette souffrance.

Quand l'angoisse gagne devant la détresse de l'enfant malade... Trouver la force de confier le petit corps frissonnant.
Quand la honte de mon comportement me submerge face à mon frère dans le besoin... Trouver Ton pardon et apprendre à agir différemment.
Quand les félicitations récompensent le travail accompli... Trouver l'humilité de Te rendre cette grâce donnée.

A chaque moment, faire un pas vers Toi. Et vivre dans la paix.

samedi 03 décembre 2011

Désert

C'est un mot qui fait peur. Parce qu'il évoque la solitude, la mort, le danger, le dessèchement. Parce que cela signifie s'éloigner de tout, de ceux que l'on aime, des lieux que l'on connaît, de nos habitudes : prendre le risque de tout laisser pour trouver autre chose, mais on ne sait pas vraiment quoi !

Mais le désert, à l'époque de Jésus, en Israël, c'est courant, c'est un lieu qui fait partie de la vie : pour aller d'une ville à l'autre il arrive qu'on traverse une région désertique. Est-ce pour autant que l'on risque sa vie ? Généralement non. Mais cela signifie que c'est un passage obligé... Partir pour se retrouver soi-même, pour pouvoir se développer : "nul n'est prophète en son pays" a dit Jésus. Aller au désert pour écouter la voix de son coeur. Elle est un peu faible, vite étouffée par les bruits du quotidien, peu écoutée dans nos emplois du temps chargés. Elle a besoin d'un peu de silence pour trouver le chemin de notre conscience, de notre raison !

Prenons le temps du désert... D'une adoration... D'un temps de prière silencieuse, seul ou en famille... Pour se donner, Lui donner, un peu de temps, d'espace de coeur...

lundi 24 octobre 2011

A la croisée des chemins...

Un vendredi soir, un peu avant dix-neuf heures. Comme chaque fois que je le peux le vendredi, je me presse en direction de l'église de ma ville, car une messe est célébrée, suivie d'un temps d'adoration. Moment de silence, moment béni, moment de joie, d'écoute, d'introspection, de respiration, de paix retrouvée après l'agitation de la semaine.

Ce soir-là, je cours presque, car je vais être en retard, et je sais que l'horaire sera respecté. Sur une messe d'une demi-heure, quelques minutes peuvent me faire rater les lectures...

C'est au milieu d'une rue que je le croise. Lui aussi presse le pas, mais en sens inverse. Vendredi soir, djellaba blanche, je sais où il se rend : à la maison de prière, juste à côté du centre protestant. L'évidence me frappe, et je me dis que nous allons tous deux prier : deux endroits différents mais une même volonté de cheminer vers Dieu. Je résiste à le saluer et me contente de sourire.

Salam, mon frère. Que nos prières, à l'unisson, rejoignent Dieu...

(Et une pensée toute spéciale à Ren')

dimanche 16 octobre 2011

Etats d'âme

Vous aurez remarqué que ces derniers temps, je peine à tenir le rythme de ce blog... Ce n'est pas les sujets qui me manquent, ni l'envie d'en parler, mais... Peut-être la clarté pour les traiter, un peu de temps aussi, et sans doute un peu d'Esprit.

Les événements se suivent, les journées aussi dans une course effrénée, la valse des sentiments qui vont avec, et le calendrier avance tout seul avant que j'aie eu le temps de m'en rendre compte. Je sens confusément qu'il me faudrait prendre un peu de temps, en laisser au Seigneur. Les quelques pauses que je parviens à prendre me poussent dans ce sens... Une heure volée dans une semaine, une heure en silence, à le laisser doucement envahir mon esprit, jusqu'à me permettre d'écouter... D'écouter vraiment. De relire ce qui se passe autour de moi, en moi. Apprendre à regarder...

Travailler un dimanche matin. Tôt. Savoir qu'on ne pourra assister à aucune célébration, ni messe ni culte. Éprouver la soif, de celle qui ne s'étanchera qu'en priant, en lisant la Bible... ou en voyant le miracle de la foule nourrie avec cinq pains et deux poissons, par les yeux d'un enfant, de retour de l'éveil biblique. Voir la fleur à moitié cachée sur le bord du chemin, discrète et n'attendant qu'un oeil attentif...

Bref. Ce billet n'est rien, un peu fourre-tout, un peu bazar. Un clin d'oeil, un moment parmi d'autres, juste pour raconter... et louer pour ces petits riens qui disent tant, et font la vie... La Vie.

mercredi 07 septembre 2011

Taizé - Carnet de voyage - Samedi 27 août 2011

Sécheresse. Vide. Les chants, toujours, que j'apprécie, que je chante mais qui me semblent si lointains. Le temps de silence me paraît dramatiquement vide, autant que mon esprit. J'aime être là, j'aime beaucoup ce lieu mais ne ressens plus rien. Désarroi qui s'ajoute lors de la distribution de la communion, inattendue. Je sais que du pain est aussi proposé pour ceux qui ne prennent pas l'eucharistie. Hésitation, mais finalement sans communier.

Révélation. Temps d'échange, de partage, d'écoute... Enseignement d'un frère sur la Résurrection (comme tous les samedis à Taizé, apprends-je).

"Dieu nous aime, non pas pour ce que nous sommes, mais parce que nous sommes."

Une intuition, une parole lue, mais ici répétée, donnée, dite avec une telle assurance que cela libère l'esprit... L'Amour de Dieu est premier, et cause de notre comportement chrétien... ou en tout cas, devrait l'être.

Partage. Petit groupe, avec un prêtre drômois et quelques lycéens. Echange sur les difficultés de témoigner, d'affirmer être chrétien dans un monde athée.

Rencontre. Avec un frère, surprenant échange. Pendant quelques instants, être proche, discuter de questions théologiques profondes. Découvrir un peu plus la communauté, s'entendre confirmer des intuitions, se rassurer tout en remettant en cause des propos que je trouvais choquants... Me sentir, une fois de plus, chez moi à Taizé, avoir la confirmation d'une démarche sensiblement équivalente à la mienne. Lire, entendre les frères m'aide à mieux me comprendre moi-même !

Surprise. Après hésitations, j'assiste à mon premier office luthérien... en allemand. Je n'ai pas compris un traître mot de la prédication. Mais l'office est intéressant, à mi-chemin entre réformé et catholique. Et comme l'Eglise Réformée est en pleine communion avec l'Eglise Luthérienne, je sais que je peux communier. Grande première pour moi : ils utilisent des hosties, et communient sous les deux espèces, par intinction[1] ! Le Christ est parfois surprenant dans ses appels...

Prière du soir. Samedi soir à Taizé. J'ai versé une larme lorsque les enfants, allumant leur cierge au cierge pascal[2], ont transmis à l'assemblée la lumière de la Résurrection. Les plus petits d'entre nous ont cette responsabilité de transmettre la lumière, celle du Christ vivant. L'église s'illumine de mille petites flammes, de proche en proche... Joie... Espoir... Envoi en mission.

Notes

[1] Terme à retrouver dans le mini-dico

[2] ou ce qui représente dans l'église la lumière pascale...

vendredi 02 septembre 2011

Taizé - Carnet de voyage - Vendredi 26 août 2011

Au coeur des vacances en famille, quelques jours pour moi. Une respiration. Un ressourcement, espéré, attendu, sur une colline bien connue.

C'est un lieu où les différences sont gommées, où personne ne me demande ma confession, où chacun prie avec ses frères, ensemble et différemment... Un lieu unique où les chants portent la prière, où l'on peut se laisser aller, plonger, veiller, "lekh lekha", aller vers soi... Où la lumière est douce, les bougies rassurantes, attirantes, comme autant de petites flammes d'Esprit qui n'attendent que nous !

On est entrés ensemble pour la prière du soir, tous les sept, des ados aux pasteurs. Trempés par la pluie qui tombait sans discontinuer depuis l'après-midi, tremblants de froid et pas vraiment rassurés sur notre séjour.

Les frères sont sortis, les chants ont continué. J'ai quitté l'église plus de deux heures après, n'ai réalisé qu'après que j'avais la gorge sèche ! J'ai plongé. Tour à tour espoir, bilan, regrets, questions... Chants ou bien gorge nouée, silence, joie ou hurlement intérieur...

Oui, ça fait du bien. J'en avais besoin. Alleluia !

mercredi 17 août 2011

Se laisser transformer par Dieu

Voici venu le moment de terminer l'icône. Comme à chaque étape, chacune des dernières touches que l'on va apporter porte son lot de symboles.

Les auréoles prennent leur couleur or définitive, symbole de la sainteté, lumière émise par ceux qui nous montrent le chemin vers Dieu. Encore une fois, ce n'est qu'une technique simple, j'ai utilisé de la gouache dorée. La technique à la feuille d'or, bien plus complexe, se fait différemment et parfois avant même de poser les ténèbres.

Puis tous les cadres (tour de l'icône, voire tour intérieur, auréoles) seront soulignés avec un liséré vermillon pur (rouge), toujours avec la symbolique du sang qui donne la vie. Et dans l'auréole du Christ, on tracera les signes qui lui sont propres : les trois branches de la croix, et les lettres grecques omicron - oméga - nu (οων), signifiant "celui qui est".

Les bâtons des anges, et les marques et noms des personnages sont également indiqués en rouge pur. L'iconographe donne ainsi vie aux différents saints ou modèles représentés sur l'icône. Chaque trait me fait penser aux veines du corps : si la planche était l'ossature, recouverte de la lumière dans laquelle Dieu nous a créés, les différentes couches de couleurs [1] forment la chair, et ces dernières lignes rouges sont les veines transportant la Vie !

Pour terminer, les dernières touches sont en blanc pur, signe de la lumière que nous avons reçue et que nous pouvons, que nous avons la mission de transmettre à tous ! Elles apparaissent sur les parties les plus claires des carnations : mains, pieds, visage, cou... En particulier, sur le cou, le blanc représente le souffle de l'Esprit, la force de la Parole de Dieu. Notre animatrice iconographe nous disait "C'est pour ça que souvent le Christ est représenté avec un cou de taureau !"...

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Et l'icône prend vie avec deux dernières touches : le blanc des yeux, toujours posé d'un seul côté de la pupille. L'icône est terminée lorsqu'elle regarde celui qui la regarde. Je dois toujours prendre un long temps de prière avant cette ultime étape, car toute l'orientation donnée à l'icône précédemment peut changer avec le regard donné à cet instant. Il peut être doux, un peu fuyant, dur, en échange[2]...

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Une fois terminée, l'icône est nommée au dos, toujours à l'encre rouge, pour prolonger le don symbolique de la vie par le nom.

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Et un moment très fort, pour l'iconographe comme pour le destinataire : lorsque celui-ci découvre pour la première fois "son" icône...

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... même à six mois, ça fait forte impression ! :)

Et bien sûr, la prière de l'iconographe ne s'arrête pas là... "Tu es responsable de ta rose" disait Saint-Exupéry dans le Petit Prince. J'ai écrit suffisamment peu d'icônes pour me souvenir de chaque, et continuer à prier pour chaque personne à qui je les ai offertes. Même si le souvenir s'efface, c'est un peu comme un fil, un lien particulier, une union de prière inaltérable qui m'unit à ceux qui les reçoivent...

Notes

[1] et chacune est importante, de la plus sombre à la plus claire !

[2] en particulier sur une Vierge à l'Enfant ou une scène biblique

lundi 11 juillet 2011

Monter les lumières

Voilà quelque temps que nous avions laissé notre icône bien sombre... Il est temps de remédier à cela !

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Puisque nous nous sommes éloignés de Dieu, avec les ténèbres, et que nous continuons à prier, il est temps de revenir vers lui. Tel le fils prodigue, qui vient demander pardon et sera revêtu d'habits somptueux ; ou plus prosaïquement, tel le fidèle qui vient demander le sacrement de réconciliation et se relève de nouveau revêtu de l'Esprit Saint, l'icône va recevoir de nouvelles couleurs, plus claires, qui vont peu à peu dessiner les différents détails du personnage ou de la scène représentée.

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Techniquement, c'est l'étape qui prend le plus de temps : après avoir redessiné en rouge les traits[1], l'iconographe applique successivement plusieurs couches de couleurs, d'abord la couleur de base choisie pour chaque vêtement, et de l'ocre jaune pour les parties chair, puis des couleurs de plus en plus claires, en ajoutant régulièrement du blanc. C'est aussi le moment où l'on ajoute les décors et la couleur de fond, quand elle n'est pas dorée. Le relief va ainsi apparaître, les détails prendre forme.

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C'est le symbole du retour vers Dieu, et du travail que fait Dieu en chacun, de la création du Père toujours à l’œuvre dans ceux qui l'acceptent en eux-mêmes. C'est la lumière de la création originelle, de notre nature divine, créée par Dieu à son image, qui transparaît dans chaque pépite de nos vies : un sourire, un geste d'amour, un service, une prière, un chant... Et bien sûr, c'est le grand mystère pascal que nous sommes invités à revivre : Jésus, mort pour nous, dans les ténèbres pendant trois jours, s'est relevé !

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Dans la prière, autant l'étape précédente était difficile, prenante, presque angoissante, autant cette montée des lumières me procure un véritable enthousiasme. La grâce est presque palpable, la concentration est à son comble... C'est l'étape la plus longue, mais où le temps n'a plus la même valeur... A chaque coup de pinceau c'est un peu de Dieu que l'on fait rejaillir, par delà tout ce qu'on l'on a pu faire de difficile, peu reluisant ; à chaque touche de couleur c'est un peu d'amour que l'on donne au destinataire de l'icône. Il n'est pas rare que je me relève au bout de plusieurs heures, le poignet et la nuque ankylosés, mais avec au cœur la joie que peut prodiguer cette montée.

L'icône prend forme, prend corps... Mais ce n'est pas fini...

Notes

[1] Dans la technique traditionnelle, l'icône est engravée, le dessin perdure donc même pendant les ténèbres

lundi 13 juin 2011

Ensemble, une fois par an...

De tous les horizons
de diverses nations
de tous les milieux
de chaque sensibilité
d'une multitude de langues...

Joie de se retrouver
un an après
endroit voisin, visages connus.

Prières d'espoir
pour tous ceux qui n'en n'ont plus
chants, accueil de l'Esprit
et une louange inattendue,
à pleine voix...

L'oecuménisme en action
de quoi garder en tête
que l'Esprit nous mène
source de nos unions
aujourd'hui, demain, à jamais.

mardi 31 mai 2011

Dessiner

Une fois le support préparé, la planche enduite de la couche blanche représentant l'origine divine de notre nature, il devient possible de tracer l'esquisse de la scène ou du personnage que l'on va créer.

Ce dessin va être tracé en rouge, couleur du sang. Pourquoi le sang ? Car il donne la vie, il est le fluide vital par excellence : n'importe quelle personne ayant donné son sang sait qu'il s'agit d'un produit irremplaçable, impossible à synthétiser artificiellement, même avec toutes les techniques médicales les plus pointues. Le bébé dans le ventre de sa mère est nourri et oxygéné par le sang maternel...

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D'ailleurs, le sang a une place particulière dans la symbolique juive, suivant les textes que l'on retrouve dans la Genèse et le Lévitique. Et c'est de façon très logique qu'on retrouve ce symbole très encadré dans la cacherout (כשרות), les règles régissant ce qui est pur ou non[1]. Le sang, signe de vie, ne doit pas être ingéré : aussi, tous les animaux destinés à l'alimentation doivent être saignés, de la façon la plus rapide et complète possible.

L'iconographie reprend le symbole, en ajoutant sur le squelette blanc, inerte, le dessin rouge, donnant la première impression de vie. Pour l'iconographe, c'est comme une esquisse pour un dessinateur : on voit le personnage prendre sa place dans la planche, on imagine les différents aplats de couleur, les mises en valeur qu'on pourra faire. C'est à ce moment que le futur personnage ou la scène prend réellement vie sous le crayon ou la poudre rouge. On le voit naître. Et je dirais que la prière personnelle peut alors réellement commencer. Suite à ma première icône, je me souviens avoir écrit à l'animatrice de la session, à propos de cette étape du dessin : "Là ça devenait sérieux. Jusqu'alors, je badigeonnais, avec mon gros pinceau, en blanc sur la planche. Mais là, j'entrais en prière."

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C'est beau, parce qu'à cet instant l'icône est comme un tout petit enfant : on a une idée de ce qu'on aimerait qu'elle devienne, mais on n'en voit que l'esquisse. Comme un enfant, elle va grandir, évoluer, passer différentes épreuves et embellissements... Cela donne un ton particulièrement juste à la prière, quand l'icône est destinée justement à un bébé ou un enfant[2]. J'aime, alors, confier à Dieu tous les espoirs que j'ai pour le destinataire. Ma relation avec cette personne, quelle qu'elle soit, va s'enrichir peu à peu de tout ce chemin spirituel, à mesure que l'icône se dévoile.

N.B. : toutes mes excuses pour la piètre qualité des photos, mais il est difficile de prendre clairement une esquisse, par essence peu accentuée...

Notes

[1] les plus connues sont celles concernant l'alimentation, mais il en existe d'autres

[2] Comme cadeau de baptême, par exemple... ;)

dimanche 15 mai 2011

Le support

Comme je l'ai dit précédemment, écrire une icône est une démarche de prière, et tout dans cette démarche est symbole.

La première étape dans la prière de l'icône est de constituer le support de l'image qui va être représentée. Une icône ne s'écrit pas sur un bout de papier ou sur une simple toile, par exemple. On peut en trouver, de façon rare, sur des galets (mais il me semble qu'alors la technique utilisée s'apparente plus à celles des fresques, que je ne connais pas du tout).

Le support doit être adapté : la forme, la taille doivent correspondre à l'esquisse ou au modèle qui sera pris, pas question de prendre un petit format (A5, par exemple) pour représenter la Trinité. Cette réflexion paraît basique, mais elle peut parfois s'avérer ardue : un modèle ne "parle" pas forcément de suite à l'iconographe, même s'il a en tête la scène ou le personnage souhaité. Il est alors nécessaire de se poser la question, de travailler l'esquisse si l'on a des connaissances en dessin, de chercher des modèles si ce n'est pas le cas, de laisser l'Esprit travailler pour s'adapter à la future icône.

Je tiens à préciser que les techniques que je vais donner sur ce blog sont des techniques très simples, qui ne correspondent pas aux techniques traditionnelles. En effet, ces dernières nécessitent un matériel très spécifique, des matériaux ne se trouvant qu'en boutiques spécialisées, ainsi qu'un grand temps de préparation, ce qui les rend peu accessibles à l'iconographe très amateur que je suis.

Support

J'utilise pour ma part des matériaux moins nobles mais beaucoup plus accessibles et aisés à travailler : mes icônes sont réalisées à la gouache, sur planche de contreplaqué. L'idée de mes billets est de présenter davantage le chemin spirituel de l'iconographie, car la technique est déjà remarquablement documentée par ailleurs.

L'icône qui va naître peut être vue comme la naissance d'un être. En tant que représentation d'un saint ou d'une scène biblique, elle est recréée en passant par toutes les étapes qui définissent la création d'un individu. Si je le précise, c'est que je vais souvent utiliser des métaphores, des comparaisons qui vont utiliser le vocabulaire du corps...

Ainsi, la planche représente le squelette, l'ossature d'une personne. C'est sur cette planche, base de travail, que tout va se construire. Si elle a un défaut, un noeud, une courbure inhabituelle, il appartient de le gérer dès le départ, de le prendre en compte car cela va influencer toutes les étapes. C'est aussi l'élément le plus solide : sans squelette, nous ne tiendrions pas debout !

Planche

Sur la planche, on va créer le fond, qui servira de support pour le dessin et la mise en couleurs de l'icône. Même si l'aspect technique est beaucoup plus simple que dans la préparation traditionnelle (je passe seulement deux couches de gouache blanche, poncée à chaque fois), le symbole est le même : le blanc immaculé de la planche représente la lumière pure, l'état originel dans lequel Dieu nous a tous créés, chacun d'entre nous.

C'est ensuite que les choses vont changer...

samedi 30 avril 2011

Seigneur, donne-nous la prière

Ce soir, j'aimerais vous partager un texte de Soeur Myriam, diaconesse[1], qui a publié plusieurs livres de prières et méditations.

Seigneur, donne-nous la prière
comme on donne un verre d’eau au voyageur du désert

Seigneur, donne-nous la prière
comme on donne le feu au voyageur de la nuit

Seigneur, donne-nous la prière
comme on donne le chant au voyageur des abîmes

Seigneur, donne-nous la prière
comme on donne remède aux blessures ouvertes.

Seigneur, donne-nous la prière
comme on donne un baiser au temps des solitudes

Seigneur, donne-nous la prière
et nous partagerons
comme l’homme affamé qui reçoit ses amis

Seigneur, donne-nous la prière
et nous la danserons
comme danse l’enfant sous la pluie.

Sœur Myriam, Seigneur, donne-nous la prière, Olivétan, 2007

Notes

[1] Pour ceux qui ne connaissent pas, les diaconesses sont des soeurs protestantes, un ordre monastique ouvert sur le monde et ses faiblesses, avec la fondation éponyme.

vendredi 22 avril 2011

Chemin de croix

Cela va peut-être vous paraître étrange, mais ce midi, c'est la première fois que j'ai participé à un chemin de croix. Un "vrai", une célébration en assemblée, pour le vendredi saint... Bon, en y réfléchissant, le deuxième en fait, mais le premier était particulier, en plein air, à Lourdes, un chemin de croix grandeur nature avec une vraie croix à porter ensemble, groupe d'ados que nous étions...

Étrange aussi, cette certitude d'avoir l'espoir bien planqué, bien là, niché au fond du cœur. Alors que devant sur l'autel, les bougies s'allument comme pour compter les dernières heures de Jésus ; alors qu'autour de moi les dos se voûtent, les épaules s'affaissent, quelques larmes roulent, je reste impassible. A l'extérieur en tout cas. Parce qu'à l'intérieur, ça bouillonne. Mais cette plénitude envahit tout. Ce n'est pas un manque, pas le désert, juste une certitude, une évidence qui balaie tous les doutes, toutes les souffrances : Il est là, déjà ressuscité pour nous. Oui, dans ces épreuves, même au fin fond de la mort, dans l'attente interminable, Il est là.

Le chemin de croix se termine : dernière station, espérance de la résurrection. Un chemin de croix inhabituel, dix stations, racontées selon le point de vue d'un contemporain de Jésus. Quand tout est fini, qu'il ne reste plus personne... Personne ? Si. Sa mère. Et de voir défiler dans mon esprit toutes ces mères, les dernières à baisser les bras, les premières à se battre pour leurs enfants... A remuer ciel et terre pour faire grandir celui qui, handicapé, restera toujours le "petit" frère ; à trouver les signes de présence de leur enfant disparu ; à visiter le fils qui est en prison ; à donner une seconde, troisième, ènième chance à celle dont tout le monde s'écarte car elle n'est "bonne à rien".

En revenant au bureau, je ne peux m'empêcher un sourire. Avant la pause déjeuner, des collègues me demandaient si je déjeunais avec eux. Devant mon refus, ils se sont perdus en conjectures sur ma destination, mes aventures sentimentales supposées... J'ai glissé, avec un grand sourire et un clin d’œil, "si tu savais !"... Et au retour, en y repensant, je me suis dit que oui, c'est une bien belle aventure amoureuse :)

mercredi 06 avril 2011

Hauts et bas

Sérénité, au matin lumineux, des mystères glorieux, pour nous élever avec le Christ montant à Jérusalem.
Joie d'une rencontre amicale et gustative, grappillée sur le rythme rapide d'une journée de travail.
Temps qui joue au yoyo entre course à la productivité où chaque minute compte, et heures interminables de fatigue, de suées et frissons pyrétiques.
Message d'une amie dont je m'inquiète des nouvelles laconiques depuis quelques jours. Je sais ses journées effrénées, ses nuits trop courtes.
Stupeur. Larmes. Hésitation entre hurlement de douleur et envie de me fondre dans le sol.

Seigneur,
prends pitié de nous.

Nous accueillons ta présence selon notre bon vouloir.
Tantôt joyeux, nous oublions de te louer,
Tantôt inquiets, nous te chargeons de notre liste de souhaits,
Tantôt tristes, nous demandons où tu es passé,
Tantôt coléreux, nous nous insurgeons contre ton inaction.

Et Toi, Tu ne T'offusques pas.
Tu es toujours là.
Vivant. Ressuscité.
Pour nous relever.

Mon Dieu,
Béni sois-Tu !

mardi 22 mars 2011

Que vive mon âme à te louer !

Comme un écho en positif de mon parcours "au désert" pendant un mois, c'est maintenant un véritable état de grâce... Comment dire ? Une idée très nette que le monde est beau, que Dieu veut notre bien, quoi qu'il se passe. Pas un monde de bisounours, mais un monde où la foi soulève des montagnes !

Pourtant autour de nous, il y a de quoi faire peur : séisme au Japon, risque nucléaire, guerre engagée en Libye, troubles un peu partout en Afrique noire, au Maghreb, au Moyen-Orient, persécutions contre les chrétiens au Pakistan, en Chine, en Egypte...

Mais Dieu est là, l'Esprit est capable de libérer tout le bien en nous, et je veux louer, bénir Dieu pour cette grâce. Le temps de louange pour lequel j'étais "comme par hasard" à l'heure hier midi, alors que je ne l'avais pas prévu, était parfaitement ajusté à mon esprit à ce moment...

Je voudrais vous partager ce texte de Soeur Myriam, diaconesse récemment disparue :

De nature et de grâce

Il est des hommes qui sont paisibles de nature.
D’autres le sont par grâce.
Il est des hommes qui sont doux de nature.
D’autres le sont par grâce.
Il est des hommes confiants de nature.
D’autres le sont par grâce.
Il est des hommes au cœur simple et c’est par nature.
D’autres le sont par grâce.
Il est des hommes patients de nature.
D’autres le sont par grâce.

Mais
Il y a des hommes, il y a des femmes qui supportent la Passion de Jésus, et c’est toujours par grâce.
Il y a des hommes, il y a des femmes qui se mettent debout et ressuscitent, et c’est toujours par grâce.
Il y a des hommes, il y a des femmes qui sont comme un sourire de Dieu, et c’est encore, et c’est toujours par grâce.

Soeur Myriam, Prenez la paix, Desclée de Brouwer, 2002

samedi 05 mars 2011

Soleil froid

Vendredi matin. Le ciel est clair, blanc, laiteux, presque aveuglant, en ce petit matin de fin d'hiver. La boule de feu qui l'éclaire, flamboyante, d'un vif ton jaune-orangé, semble isolée, toute petite dans ce ciel immense et froid. Sa couleur n'irradie pas l'horizon comme elle le fait en d'autres occasions. Sa chaleur n'atteint pas plus les froides tours où courent les citadins emmitouflés, se rendant au bureau.

La prière m'accompagne, comme chaque matin. Mais elle aussi présente un aspect inhabituel, sèche, vide. Bien sûr, j'étais au courant que cela pourrait m'arriver. J'avais déjà reçu l'avertissement, je l'avais déjà lu chez d'autres, mais je ne l'avais jamais réellement éprouvé. Le temps où les mots répétés ne paraissent plus un élancement vers Dieu mais ne sont plus que des mots, où plonger dans la prière équivaut à se jeter dans un vide insondable, où la présence de l'Esprit devient froide solitude...

Cela fait plusieurs semaines que cela dure maintenant. Et pourtant... Si l'aridité est là, les signes sont toujours présents, me confirmant une présente agissante malgré le peu de ressenti que j'en ai. L'examen passé avec succès, cette soif de continuer la théo, l'acceptation de mes jours de congé pour le colloque, le bouleversement d'une bénédiction, toutes les "coïncidences" du quotidien... et une présence manifestée autrement, une amie pleinement habitée, qui me touche, me hisse, me maintient, m'encourage, me confirme la solidité du lien que nous avons tissé.

C'est étrange. Mon cœur est vide, et je garde une certitude : il faut persévérer. Prier, travailler, encore, parce qu'à présent je sais que Dieu est là, je ne l'ai pas imaginé. J'en ai l'intime conviction, inébranlable. Et je veux rendre grâce[1]. Malgré cet abîme.

Notes

[1] eucharisteuô...

vendredi 25 février 2011

Ecrire une icône

Si de plus en plus de chrétiens ont chez eux des reproductions d'icônes[1], j'ai déjà constaté que peu connaissent réellement la tradition de ces images sacrées. Aussi, si vous le souhaitez, je vous invite à me suivre dans la création d'une nouvelle icône : je tenterai de donner, pas à pas, la symbolique présente à chaque étape.

Vous avez bien lu le titre de ce billet... Une icône ne se peint ou ne se dessine pas, elle s'écrit. Comme on écrit une prière, comme un dialogue avec Dieu, elle se façonne peu à peu, allant à l'encontre des techniques de dessin ou peinture classiques. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'être artiste pour réaliser une icône.

Une icône n'est que prière. Prière de l'iconographe[2], prière pour et de celui qui la reçoit, prière de celui qui la regarde, prière de la famille, la communauté ou le groupe qui se réunit autour... Lorsque je prépare une icône, elle est pour quelqu'un, pour un destinataire précis, que je vais unir dans ma prière tout au long de la réalisation.

Écrire une icône demande du temps. Comme un enfant ne devient pas adulte instantanément, comme un bourgeon prend le temps de pousser et devenir plante, comme Dieu prend le temps de nous apprivoiser, l'icône se construit. Chaque étape prend de quelques heures à plusieurs jours, selon la taille de l'icône et les techniques utilisées ; vouloir écourter ce temps induit le risque de la perdre.

« Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine... »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Notes

[1] du grec eikona, image (voir aussi la page "Mini-dico")

[2] le créateur de l'icône, qui tient les pinceaux

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