lundi 24 octobre 2016

La base

Souvent mes amis ou connaissances athées me demandent ce qu'est la foi, comment on fait pour l'avoir, si c'est plus facile... Je ne sais pas trop répondre, car je ne me souviens pas vraiment avoir "trouvé" la foi... J'ai pu m'en éloigner, mais mon bagage était toujours là, même si j'avais un passage "au désert"... C'était comme un ami qu'on a un peu perdu de vue, un coffre au trésor qu'on a laissé prendre la poussière dans un coin plus délaissé de la maison...

Et puis je me dis que c'est comme une base. Un fondement, des fondations. C'est peut-être là que la parabole de la maison sur le roc prend tout son sens... C'est là que je reviens, au fond de moi. Quand je perds pied, quand j'ai l'impression de ne plus savoir où aller... Quand trop de choses arrivent d'un coup et que je ne sais plus dans quel ordre les prendre... Ou quand la joie me transporte !

J'aime travailler en musique. Et comme beaucoup d'informaticiens aujourd'hui, je travaille en "plateau"[1], ce qui rend quasiment obligatoire le port du casque pour pouvoir focaliser son attention sur ses tâches... J'ai mes préférences, mes listes de musiques et chants favoris... Mais quand je ne sais plus quoi mettre, quand j'ai besoin d'apaisement, de calmer mon coeur et mon esprit qui s'emballent, c'est vers Taizé que je me tourne...

Gloria... Et in terra pax (Youtube)

Gloria, gloria, in excelsis deo,
gloria, gloria, alleluia !
Et in terra pax hominibus
bonae voluntatis.

Gloire, gloire, au plus haut des cieux,
gloire, gloire, alleluia !
Et paix sur la terre aux hommes
de bonne volonté.

"Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté"... C'est ce message que je voudrais porter... Universel, sans distinction, dans la richesse de nos différences, de nos talents... On en a besoin plus que jamais, non ?

Note

[1] Pour ceux qui ne connaissent pas, vous imaginez des rangées de bureaux, alignés trois par trois, sur des dizaines de mètres de long. Actuellement nous sommes environ 80 personnes, sans aucune séparation (cloison, paravent ou autre). Vous imaginez le bruit et la nécessité de s'isoler, au moins partiellement, pour se concentrer sur une tâche de réflexion comme peut l'être le développement...

lundi 14 novembre 2011

Pour la Paix

Un dimanche matin précédant le 11 novembre. De l'avis de tous, ce fut une belle cérémonie. Une messe pour appeler à la paix, une célébration œcuménique, autant que faire se peut.

Était-ce la présence des drapeaux qui la rendait plus solennelle ? Et l'aplomb des anciens combattants, qui tenaient droit comme jamais leur fierté, leur responsabilité mais dans les yeux desquels brille aussi "plus jamais ça". A leurs côtés, portant également drapeaux, une écharpe blanche remplaçant les médailles, trois lycéens marquaient la transmission, la mémoire d'un temps qu'ils n'ont pas connu mais dont ils prennent ainsi conscience.

Juste devant le chœur, sur quelques rangs réservés, se tenaient les fidèles de la paroisse réformée. Pas de culte ce dimanche-ci : pour rendre la cérémonie la plus œcuménique possible, tous les protestants étaient invités à se joindre à la messe. Geste fort, engageant pour la paroisse, difficile pour certains : la paix est parfois au bout d'un chemin escarpé.

Et la messe fut un agréable et émouvant ballet. Liturgie, chants, témoignages, autant de moments partagés, mis en commun, alternés, passant sans cesse d'un état d'esprit à un autre. C'est impressionnant de sentir les motivations qui sous-tendent les propos des uns et des autres. Si différents et pourtant unis dans un même élan !


Autre lieu, autre ambiance... Onze novembre, au temple. Je suis avec une amie, nous avons rejoint quatre permanents de Taizé qui préparent les rencontres du Nouvel An à Berlin. Prêtre et pasteur ont orienté volontairement l'hommage autour de Taizé. Raconter la volonté de Frère Roger de passer outre les absurdités, de prendre soin de son prochain, tant en aidant des juifs à passer en zone libre qu'en hébergeant des prisonniers allemands après la guerre...

Dire la paix, cette paix, cette joie internationale, communicatrice, universelle, que l'on retrouve là-bas, qui se dit dans les chants, la méditation, la prière. Et en même temps tellement difficile à raconter... Reprendre les chants, en français, en allemand, en latin. Un drapeau européen a été ajouté aux drapeaux des régiments français. Un bon début ?

mercredi 14 septembre 2011

Taizé - Carnet de voyage - Dimanche 28 août 2011

Provocation ? Test ? Grande première ? Peut-être un peu de tout ça... Ou pas. Juste l'impression, profonde, d'être à ma place. A cet instant là, dans ce lieu là, dans cet esprit là. Puisque la communauté le vit comme cela, puisque j'en suis si proche...

Pendant l'eucharistie, j'ai vécu en catho. Je sentais bien mes camarades un peu perdus, à côté de moi, eux qui ne connaissaient que le culte réformé étaient surpris par mes gestes, mes répons... Les chants, ces fameux chants méditatifs qui rendent Taizé célèbre, rythmaient la messe. C'était un peu étrange, pour moi, de voir à quel point la liturgie peut, d'un coup, paraître "simple", lorsqu'on la vit ainsi. Multilingue : pas d'homélie mais le silence, celui qui permet de réfléchir sur le texte, revoir son moment de retraite, comprendre peu à peu la Révélation, dans toute sa profondeur.

Taizé, mélange des genres... Compromission ? Relativisme ? Ou juste vivre pleinement le fond de la foi chrétienne, sans fioriture, sans bisbille. Ici, personne ne demande la confession de l'autre. Ni son job, ses peurs, sa situation de famille... D'ailleurs, on ne demande pas, on offre. On offre à l'autre ce qu'on est. Et comme chacun fait pareil, tout le monde apprend de la façon la plus simple et merveilleuse qui soit, au contact de l'autre, des autres, autant qu'à celui du Tout Autre.

J'ai grandi, un peu. C'est le moment. Le bon moment. Communion. Première communion... Goûter, pour la première fois, au Pain de Vie. Surprise. Joie. A cœur ouvert. Pleine conscience de ce trésor que je vis.

Dimanche à Taizé, c'est aussi les départs. Larmes, séparations, sacs à dos, trafic intense. Une joyeuse ruche. Dont chaque abeille va aller porter du fruit. Chacune à sa place.

mercredi 07 septembre 2011

Taizé - Carnet de voyage - Samedi 27 août 2011

Sécheresse. Vide. Les chants, toujours, que j'apprécie, que je chante mais qui me semblent si lointains. Le temps de silence me paraît dramatiquement vide, autant que mon esprit. J'aime être là, j'aime beaucoup ce lieu mais ne ressens plus rien. Désarroi qui s'ajoute lors de la distribution de la communion, inattendue. Je sais que du pain est aussi proposé pour ceux qui ne prennent pas l'eucharistie. Hésitation, mais finalement sans communier.

Révélation. Temps d'échange, de partage, d'écoute... Enseignement d'un frère sur la Résurrection (comme tous les samedis à Taizé, apprends-je).

"Dieu nous aime, non pas pour ce que nous sommes, mais parce que nous sommes."

Une intuition, une parole lue, mais ici répétée, donnée, dite avec une telle assurance que cela libère l'esprit... L'Amour de Dieu est premier, et cause de notre comportement chrétien... ou en tout cas, devrait l'être.

Partage. Petit groupe, avec un prêtre drômois et quelques lycéens. Echange sur les difficultés de témoigner, d'affirmer être chrétien dans un monde athée.

Rencontre. Avec un frère, surprenant échange. Pendant quelques instants, être proche, discuter de questions théologiques profondes. Découvrir un peu plus la communauté, s'entendre confirmer des intuitions, se rassurer tout en remettant en cause des propos que je trouvais choquants... Me sentir, une fois de plus, chez moi à Taizé, avoir la confirmation d'une démarche sensiblement équivalente à la mienne. Lire, entendre les frères m'aide à mieux me comprendre moi-même !

Surprise. Après hésitations, j'assiste à mon premier office luthérien... en allemand. Je n'ai pas compris un traître mot de la prédication. Mais l'office est intéressant, à mi-chemin entre réformé et catholique. Et comme l'Eglise Réformée est en pleine communion avec l'Eglise Luthérienne, je sais que je peux communier. Grande première pour moi : ils utilisent des hosties, et communient sous les deux espèces, par intinction[1] ! Le Christ est parfois surprenant dans ses appels...

Prière du soir. Samedi soir à Taizé. J'ai versé une larme lorsque les enfants, allumant leur cierge au cierge pascal[2], ont transmis à l'assemblée la lumière de la Résurrection. Les plus petits d'entre nous ont cette responsabilité de transmettre la lumière, celle du Christ vivant. L'église s'illumine de mille petites flammes, de proche en proche... Joie... Espoir... Envoi en mission.

Notes

[1] Terme à retrouver dans le mini-dico

[2] ou ce qui représente dans l'église la lumière pascale...

vendredi 02 septembre 2011

Taizé - Carnet de voyage - Vendredi 26 août 2011

Au coeur des vacances en famille, quelques jours pour moi. Une respiration. Un ressourcement, espéré, attendu, sur une colline bien connue.

C'est un lieu où les différences sont gommées, où personne ne me demande ma confession, où chacun prie avec ses frères, ensemble et différemment... Un lieu unique où les chants portent la prière, où l'on peut se laisser aller, plonger, veiller, "lekh lekha", aller vers soi... Où la lumière est douce, les bougies rassurantes, attirantes, comme autant de petites flammes d'Esprit qui n'attendent que nous !

On est entrés ensemble pour la prière du soir, tous les sept, des ados aux pasteurs. Trempés par la pluie qui tombait sans discontinuer depuis l'après-midi, tremblants de froid et pas vraiment rassurés sur notre séjour.

Les frères sont sortis, les chants ont continué. J'ai quitté l'église plus de deux heures après, n'ai réalisé qu'après que j'avais la gorge sèche ! J'ai plongé. Tour à tour espoir, bilan, regrets, questions... Chants ou bien gorge nouée, silence, joie ou hurlement intérieur...

Oui, ça fait du bien. J'en avais besoin. Alleluia !

lundi 29 août 2011

Taizé - Carnet de voyage - Teasing

Ce furent trois jours denses. Pleins. De joie, de soleil, de sécheresse, de prière, de larmes, de pluie, de déceptions, de chants, de clins Dieu, de nuages, de pas, de communion !

Au coeur de plus de deux mille cinq cents de mes frères et soeurs, j'ai vécu l'Eglise... Celle du Christ ressuscité. Dans un tel esprit d'union, de communion... Celui que j'y ai toujours retrouvé. Celui qui fait, qu'à Taizé plus qu'ailleurs, je me sens véritablement chez moi. Ce que frère Roger a déjà exprimé, bien avant moi :

Marqué par le témoignage de vie de ma grand-mère, j’ai trouvé à sa suite ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le Mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque.

Pas de conversion sinon celle du coeur, pas d'autre union que celle au Christ ressuscité.

mardi 25 janvier 2011

Une église peut en cacher une autre...

Dernier jour de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, jour où les catholiques du monde entier fêtent la conversion de (Saint) Paul... Un éblouissement sur tous les plans, une mise à genoux avant un relèvement pour celui qui deviendrait un des théologiens les plus commentés de toute l'histoire du christianisme !

A genoux, ou en tailleur à même le sol, nous allions l'être dans la petite chapelle que je découvrais... En arrivant, je manifestais mon étonnement devant cette petite chapelle, nichée au creux d'un pâté de maisons... Comment se faisait-il que cette chapelle subsiste alors qu'il devait y avoir une église plus grande à proximité ? C'est ensuite, suivant le prêtre de la paroisse, que j'ai découvert, derrière la douce chaleur de cette douillette et accueillante chapelle, une vaste église contemporaine, magnifique, spacieuse... Quelle joie d'y découvrir le Christ, non crucifié mais resplendissant et bénissant, comme il l'est dans ma propre paroisse !

Après quelques paroles d'explication et de bienvenue, le violon donne le ton, les chants de Taizé sont lancés. Repris spontanément à plusieurs voix, répétés à pleins poumons, emportant peu à peu dans la méditation, ils portent le groupe, laissent descendre l'Esprit au milieu de nous...

Lorsque le dernier chant s'estompe, chacun scrute son voisin. Nous ne nous connaissons pas tous mais sommes là pour apprendre à connaître les autres ! Créer des liens... On prend un verre, un repas, des rendez-vous ; on se promet de recommencer, l'expérience est réussie !

lundi 06 septembre 2010

Comme un vieil ami...

C'est comme retrouver un ami que l'on n'a pas vu depuis quelques années... Rien n'a changé, mais tout a changé. Les installations, à moitié solides, à moitié de toile, sont les mêmes, les chants résonnent familièrement. Dans l'église les lumières du chœur créent cette intimité douillette qui réchauffe le cœur[1]... Ca paraît plus petit, moins magique, comme un quelque chose d'indéfinissable.

Cinq ans déjà. Cinq ans que je n'avais pas retrouvé ce lieu, que je n'avais pas prié, à même le sol, au milieu, en communion avec tous ces gens... Cinq ans que je n'avais pas croisé les sourires, langue universelle dans cet espace extraordinairement bariolé, multilingue, et tellement fraternel. Cinq ans déjà que la violence s'est exprimée, de la manière la plus incompréhensible qui soit, et comme une crainte, avant d'arriver, que les choses n'y soient plus tout à fait les mêmes... Les cloches résonnent toujours de cette mélodie caractéristique, trois fois par jour. Tout a changé, mais rien n'a changé.

Tout a changé. J'ai grandi, et aujourd'hui je peux mettre des mots sur des sensations qui m'assaillaient hier. J'ai vu d'autres choses, rencontré d'autres gens, pour finalement me rendre compte que cet endroit, c'est chez moi. Ni catholique, ni orthodoxe, ni protestant, et un peu tout ça à la fois. Comme moi. Ceux qui viennent ici cherchent l'étranger, l'Autre, sortent de chez eux pour s'aventurer à la flamme de l'Amour. Je ne me sentais à ma place nulle part, sauf ici. J'y suis chez moi.

Rien n'a changé. Dieu est là, plus que jamais, et son Esprit souffle sur la colline. "Silence" disent les panneaux à l'entrée de l'église ou près de la source. Écoute... Écoute ton cœur, écoute sa mélodie, et le rythme de la Vie qui bat en toi. Tu entends, maintenant ? Chante, chante encore, laisse-toi pénétrer par ces paroles. Ferme les yeux. Chante encore, écoute la Parole... Tu sens, maintenant, comme il est près de toi ? Tout près de toi, un très bon ami... Toujours là.

Notes

[1] Oui, je sais, c'est un jeu de mot pourri. J'assume.