Tranches de vie

Des vies croisées, des moments partagés, de la surprise, du beau, des petits riens, des perles, des rires...

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vendredi 04 août 2017

Catho-paganisme ?

Et voilà, nous sommes le vendredi 4 août, bientôt le week-end, en musique bien sûr. Très bonne fête aux Vianney, et aussi aux Jean-Marie...

Huh ? Il m'a fallu quelques secondes pour réaliser que le 4 août, l'Eglise catholique fête Saint Jean-Marie Vianney, ancien curé d'Ars et patron des curés... Et que l'animateur de radio a juste repris les deux noms. J'ai trouvé l'intervention incongrue... Même si Nominis me dit qu'effectivement, les personnes prénommées Jean-Marie, Vianney, mais aussi Darcy, Elouan, Violette ou Aristarque célèbrent leur fête ce jour-là.

Je pense que c'est l'accolement des deux prénoms, sans aucun lien fait par cet animateur de radio, sans donner aucune référence historique et/ou religieuse, qui m'a semblé étrange. Puis j'ai réfléchi quelques secondes, et je me suis dit que les personnes ayant eu la même réaction que moi avaient dû être bien peu nombreuses... Non pas à cause de l'heure matinale pour une période estivale plutôt propice aux grasses matinées... Non pas à cause d'une diffusion restreinte de la radio en question... Plutôt à cause du public cible de ladite radio et de la perte d'une certaine culture religieuse.

Par ailleurs je lis un ouvrage de Paul Veyne[1], historien, sur la conversion de Constantin, et le basculement de l'antique Empire Romain du paganisme vers le christianisme. Dans cet ouvrage, l'auteur explique que le "virage" du changement de religion s'est pris d'abord dans les couches sociales les plus cultivées, instruites. Puis ce sont les "fonctionnaires" de l'Empire qui sont progressivement devenus chrétiens, puisque ça devenait "tendance"... Enfin l'ensemble de la population devient chrétien par coutume. Paul Veyne explique ainsi :

Popularisé par les miracles des reliques, le charisme de certains et l'autorité des évêques, ce christianisme coutumier sera automatique et sincère comme les autres coutumes, et dissymétrique comme elles : on les respecte sans savoir pourquoi, on s'indigne si elles ne sont pas respectées.
Op. cit., p.172

Est-ce que ce n'est pas ce qu'on observe à notre époque également ? Le catholicisme en France, après avoir été religion d'Etat, est devenu minoritaire sous la forme de religion pratiquée (je n'ai pas cherché de statistiques fiables à ce sujet). Mais une majorité de familles cherchera tout de même à accomplir les actes importants de la vie (naissance, adolescence, mariage, décès) selon le rite coutumier.

Note

[1] VEYNE, Paul, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paris, Albin Michel, 2007, 322p.

jeudi 03 août 2017

La maladie des légumes

En vacances, Marion, 7 ans, lit un livre à plat ventre par terre : le loup en slip[1].

Tout d'un coup, elle est prise d'une quinte de toux. Lorsque la toux se calme, je lâche un "Eh ben !" qui devait avoir un ton quelque peu alarmé, car elle s'est empressée de me rassurer : "ne t'inquiète pas, j'ai pas mal à la gorge, c'est pas une aubergine"...

J'ai eu quelques secondes d'arrêt avant de lui dire "Je pense que tu parlais d'une angine plutôt, non ?"... :)

Note

[1] Que je conseille à tous, petits et grands... C'est important, le confort ;)

vendredi 07 juillet 2017

Un arc en ciel entre les nuages

J'ai pris les chips, celles que j'aime bien avec des carottes, panais, betteraves. Ça change des sandwichs ou de l'assiette de riz... Par gourmandise, j'ai pris aussi la barre de chocolat, celle avec des petits grains de sel dedans.

Quand j'ai réglé, le serveur m'a souhaité une bonne fin de journée. Comme je lui répondais en le remerciant, il m'a dit "gardez le sourire !". Rien que ça, ça donne juste envie de le laisser accroché jusqu'aux oreilles... La soirée semblait prometteuse !

J'étais encore sous l'effet du film, encore un peu dans l'ambiance. L'enchaînement d'émotions intenses, la beauté terrible et dangereuse du feu, la joie d'une naissance, le drame de la mort qui se noue tous les jours dans la vie des pompiers[1]...

J'ai pris mon temps pour déguster le petit paquet de chips. Le soleil commençait à descendre derrière l'Arche. Ses rayons jouaient dans les nuages, qui galopaient et changeaient au fil du vent. La chaleur de la journée était tombée, la soirée était douce.

arche_nuages.jpg

Je tapotais quelques mots sur mon téléphone. Trois fois rien, des impressions, des associations d'idées, des mondes mélangés, des images enchaînées...

Il y a eu une goutte sur mon écran. Puis deux, puis trois. J'ai levé la tête, et c'est là que je l'ai vu. Le pont dans le ciel[2].

arc_en_ciel.jpg

J'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. Quand j'aurai rassemblé des nuages au-dessus de la terre, l'arc paraîtra dans la nue ; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. L'arc sera dans la nue; et je le regarderai, pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre.
Genèse 9, 13-16

Depuis que je suis enfant, j'ai associé cette promesse de Dieu à la vue d'un arc en ciel... Un signe d'espoir, un rappel, un "clin-Dieu", dirait Corine :-)

Vraiment, c'était une belle soirée qui commençait.

Notes

[1] Les Hommes du feu, de Pierre Jolivet, sorti le 5 juillet

[2] Le titre de ce billet est un clin d'oeil à "L'Espace bleu entre les nuages", de Cosey, auteur de BD que j'aime beaucoup

lundi 03 juillet 2017

Tornade domestique

C'est un dimanche de début d'été... J'ai célébré le culte, et les filles sont venues avec moi. On a parlé avec les enfants du prophète Elisée[1], de comment il était accueilli à Chounem, de la façon dont nous on aimerait recevoir Jésus ou Dieu, s'il leur prenait l'envie de venir nous voir. Avec les adultes, on a travaillé le texte de Matthieu[2], vu comment on faisait pour devenir digne de Jésus, et que ce n'était pas si difficile que ça, et même simple comme un verre d'eau !

De retour à la maison, je m'asseois dans le salon pour lire un article... Quand tout d'un coup, j'entends une drôle de ritournelle qui vient de la cuisine...

La vai-vai, la vai-vai, laver la vaisselle,
les gaga, les gaga, les gaga-gamelles,
c'est charmant d'essuyer les assiettes,
les couteaux, les cuillères, les fourchettes,
ça fait passer le temps et le mal de tête,
c'est meilleur que les médicaments...

Je passe une tête intriguée dans l'embrasure de la porte et je vois Marion, 7 ans, qui a pris son marchepied pour être à la bonne hauteur, et s'est installée face à l'évier pour faire la vaisselle ! Tout en chantant et jouant[3], elle a consciencieusement nettoyé l'ensemble des ustensiles...

Il paraît que l'Esprit Saint souffle où il veut... Ce midi-là, manifestement c'était dans ma cuisine ! :)

Notes

[1] 2 Rois 4, 8-10

[2] Matthieu 10, 37-42

[3] Oui, j'ai évité l'inondation, mais le t-shirt a pris sévère... Il est propre aussi ! Ou pas...

lundi 24 octobre 2016

La base

Souvent mes amis ou connaissances athées me demandent ce qu'est la foi, comment on fait pour l'avoir, si c'est plus facile... Je ne sais pas trop répondre, car je ne me souviens pas vraiment avoir "trouvé" la foi... J'ai pu m'en éloigner, mais mon bagage était toujours là, même si j'avais un passage "au désert"... C'était comme un ami qu'on a un peu perdu de vue, un coffre au trésor qu'on a laissé prendre la poussière dans un coin plus délaissé de la maison...

Et puis je me dis que c'est comme une base. Un fondement, des fondations. C'est peut-être là que la parabole de la maison sur le roc prend tout son sens... C'est là que je reviens, au fond de moi. Quand je perds pied, quand j'ai l'impression de ne plus savoir où aller... Quand trop de choses arrivent d'un coup et que je ne sais plus dans quel ordre les prendre... Ou quand la joie me transporte !

J'aime travailler en musique. Et comme beaucoup d'informaticiens aujourd'hui, je travaille en "plateau"[1], ce qui rend quasiment obligatoire le port du casque pour pouvoir focaliser son attention sur ses tâches... J'ai mes préférences, mes listes de musiques et chants favoris... Mais quand je ne sais plus quoi mettre, quand j'ai besoin d'apaisement, de calmer mon coeur et mon esprit qui s'emballent, c'est vers Taizé que je me tourne...

Gloria... Et in terra pax (Youtube)

Gloria, gloria, in excelsis deo,
gloria, gloria, alleluia !
Et in terra pax hominibus
bonae voluntatis.

Gloire, gloire, au plus haut des cieux,
gloire, gloire, alleluia !
Et paix sur la terre aux hommes
de bonne volonté.

"Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté"... C'est ce message que je voudrais porter... Universel, sans distinction, dans la richesse de nos différences, de nos talents... On en a besoin plus que jamais, non ?

Note

[1] Pour ceux qui ne connaissent pas, vous imaginez des rangées de bureaux, alignés trois par trois, sur des dizaines de mètres de long. Actuellement nous sommes environ 80 personnes, sans aucune séparation (cloison, paravent ou autre). Vous imaginez le bruit et la nécessité de s'isoler, au moins partiellement, pour se concentrer sur une tâche de réflexion comme peut l'être le développement...

mardi 13 janvier 2015

Au levant

Le ciel dégagé se pare de couleurs qu'on ne trouve nulle part ailleurs... Par étages... Tout en bas, c'est la ville encore plongée dans la nuit, qui s'éveille doucement (ou qui s'endort, pour certains...), les lueurs parfois tremblotantes des lampadaires qui répondent à la lumière du levant... Juste au dessus, l'horizon gris-bleu, qui uniformise les lignes de crête des bâtiments...

Puis un rosé doux, comme signe du feu qui va arriver mais n'est pas encore tout à fait là... Encore au dessus, quelques nuages flamboient, couleur de braise, et mettent déjà le feu au ciel, prélude à ce qui arrivera dans un instant... Le regard continue à monter et croise les lignes dorées des avions laissant leur traînée de vapeur dans leur sillage, dans l'azur immense... Et tout en haut, galopant au dessus de nos têtes, les nuages dont le volume apparaît tout en contrastes, dorés côté de l'Orient, rosés par dessous, gris perle pour l'ombre...

Quelques minutes plus tard, le haut de la boule de feu apparaît, surplombant tout juste les premiers toits. Et le temps d'écrire ces quelques lignes, c'est déjà la moitié d'une sphère de braise qui illumine l'espace ! Tout s'embrase, tout ce qu'elle touche s'illumine, l'ambiance change... Le feutré de l'aurore laisse place à la franche lumière matinale... L'azur se fait profond, les nuages blanchissent et deviennent éclatants... Bonjour ! :)

J'aime ces moments fugaces, ces instants de transformation, qui permettent de passer, paisiblement et sûrement, de la nuit à la journée, de retrouver l'énergie pour toutes nos activités... Ces derniers jours, c'est aussi de quoi prendre l'énergie pour contrer la peur, la lumière contre l'obscurantisme, l'humour et l'Amour contre toutes les bêtises dont nous sommes capables...

dimanche 09 mars 2014

(re)Sourire

Quand elle est entrée dans la rame et s'est assise en face de moi, j'avais le sourire aux lèvres après avoir lu le texto d'un proche... Le sourire est resté même si son visage m'a choquée. Elle avait dû être gravement brûlée, et elle en a gardé des cicatrices importantes : joues, front, nez, menton... En quelques secondes j'ai réalisé qu'elle portait son drame sur elle, en permanence.

Alors elle a sorti son téléphone de sa poche. Elle a appelé. Au cours de la discussion, dans un sabir joyeusement accentué, au fil des stations, sa figure s'est éclairée, peu à peu... Jusqu'à terminer en éclat de rire ! Et j'ai compris... Compris que ce qu'elle portait sur elle, ces marques qu'elle ne pouvait pas enlever, ce n'était pas une fatalité !

Elle est sortie, vers une correspondance, un autre métro... Je ne la connais pas, on ne s'est rien dit, nos yeux se sont à peine croisés... Et en quelques instants, elle m'a rappelé qu'il suffit d'un sourire pour tout illuminer. Merci :-)

vendredi 08 février 2013

Matin ordinaire

Huit heures. Les nuages s'effilochent sous l'effet du vent. A l'est, le ciel flamboie. Le soleil n'est pas encore apparu au dessus de l'horizon, mais ça ne saurait tarder. Un panache de vapeur tente de rejoindre ses grands frères, mais à cette distance, on dirait que la course est perdue d'avance. Une grue bouge lentement, signe que la ville n'est pas si endormie, que d'autres aussi arrivent tôt à leur poste. En bas, les phares des voitures, petites lumières mouvantes, s'éteignent peu à peu.

Le silence est encore présent sur le plateau. La climatisation ronronne. C'est un bruit que l'on ne peut percevoir qu'à cette heure-ci, avant les conversations, les sonneries de téléphone. Moment parfait pour travailler tranquille. Ou prendre quelques minutes pour regarder le panorama. Café, mails, messagerie instantanée. Petit bonjour à mes collègues au bout du monde. On échange les nouvelles, je leur raconte les dernières anecdotes de mes filles, qu'ils ont vues l'été dernier. Ils partent déjeuner. Là-bas, c'est l'hiver aussi, ils trouvent qu'il fait froid. Quinze degrés de plus qu'ici, quand même.

Café terminé, mails dépilés. Les choses sérieuses s'amorçent, les priorités s'agencent. La journée peut commencer[1].

Note

[1] La journée de travail, s'entend. Parce qu'à la maison, la journée débute à six heures...

mercredi 05 septembre 2012

Soir de septembre

Le soir est tombé, avec lui l'effervescence de la journée. Les filles sont au bain, se défoulant de toutes les tensions accumulées. Retrouvailles, découvertes, faire connaissance, apprendre, jouer, rire...

Le soir est tombé, et l'air est moins chaud. Le banc de pierre dans le jardin invite à un moment de repos. D'une fenêtre voisine coulent des notes de piano, d'une autre des éclats de voix. Derrière le mur résonnent des voix d'enfants. Joie du soir, foyer accueillant, activités de loisirs.

Le soir est tombé, le soleil a tourné. Ses rayons se font bas, orangés, doux et un peu étranges. Les ombres des arbres s'allongent, la lumière a changé de couleur. Sur le balcon, il fait doux. Le chat vient se prélasser à côté de moi. L'air sent le calme.

Le soir est tombé, et l'ardeur avec. Mes épaules et mes jambes se font lourdes, et la paisible ambiance qui s'est posée me fait souhaiter plus que jamais un repos que j'espère mérité. Avec, avant de glisser dans l'inconscience, ce délicieux abandon... Dans Ses bras.

mardi 26 juin 2012

Il y a un an

Ce matin[1], j'entendais sur mon habituelle station de radio matutinale, l'annonce des ordinations de futurs prêtres, pour les jours à venir. Et aujourd'hui, surtout, je pensais à un prêtre en particulier.

Il y a un an, il faisait beau et chaud, j'arrivais à Versailles et passais près de vingt minutes à tourner dans les différents parkings souterrains bondés, avant de finir sur le parking du château. En suivant la pointe du clocher dans les rues de la vieille ville, avec deux petites filles surexcitées tant par la chaleur que par l'étrangeté de la sortie que je leur avais proposée, j'ai rallié la cathédrale. Je ne vous cache pas que même si j'avais conscience du caractère particulier du moment, pour cet ami que je tenais à accompagner, je ne me sentais guère en état de percevoir la grâce de l'instant. Une demi-heure de retard, un lieu inconnu, une fille de quatre ans qui ne pense qu'à jouer avec les petits copains sur les escaliers, et une de dix-huit mois qui se tortille entre les jambes des adultes de l'assistance...

Et pourtant, lorsque la cathédrale bondée a entonné la litanie des saints, alors que cinq hommes étaient face contre terre dans la nef, je n'ai pu m'empêcher de frissonner. Et j'ai chanté, prié, avec cette assemblée, pour ce merveilleux cadeau qui nous était donné : cet engagement d'une vie, d'une famille, d'une communauté, au service de Dieu, des autres, du Tout Autre. "Jubilez, criez de joie !", oui, c'est le chant qui a éclaté ensuite, dans l'édifice mais aussi dans ma tête et mon coeur...

Ce matin, je revivais cela, et je revoyais aussi nos partages, URL et IRL[2], sa vie de paroisse, son évolution dans le ministère. Et au moment où Mgr Vingt-Trois parlait des prêtres entourant ceux qui allaient les rejoindre, je me disais "Ca va lui faire drôle, cette année, de prendre sa place dans le presbyterium, un an après !"...

Un an après. En louange et en prière.

Notes

[1] mais aussi à plusieurs reprises ces derniers jours

[2] jeu de mots - pardon, d'acronymes - signifiant "en ligne et dans la vie réelle", pour les non-geeks

lundi 24 octobre 2011

A la croisée des chemins...

Un vendredi soir, un peu avant dix-neuf heures. Comme chaque fois que je le peux le vendredi, je me presse en direction de l'église de ma ville, car une messe est célébrée, suivie d'un temps d'adoration. Moment de silence, moment béni, moment de joie, d'écoute, d'introspection, de respiration, de paix retrouvée après l'agitation de la semaine.

Ce soir-là, je cours presque, car je vais être en retard, et je sais que l'horaire sera respecté. Sur une messe d'une demi-heure, quelques minutes peuvent me faire rater les lectures...

C'est au milieu d'une rue que je le croise. Lui aussi presse le pas, mais en sens inverse. Vendredi soir, djellaba blanche, je sais où il se rend : à la maison de prière, juste à côté du centre protestant. L'évidence me frappe, et je me dis que nous allons tous deux prier : deux endroits différents mais une même volonté de cheminer vers Dieu. Je résiste à le saluer et me contente de sourire.

Salam, mon frère. Que nos prières, à l'unisson, rejoignent Dieu...

(Et une pensée toute spéciale à Ren')

mercredi 10 août 2011

Appel...

Ce soir, sur un "réseau social"[1] bien connu, une proposition, disons... peu courante !

Je propose un deal à qui veut, là maintenant : je lui offre la Sainte Messe, et on m'offre à dîner. Vous êtes grave gagnants, en plus !

Une petite voix dans ma tête me disait "c'est l'occasion ou jamais de parer à l'improviste à un agenda plus que chargé !"... S'ensuivirent quelques mots, un coup de téléphone, un rendez-vous.

Et nous voilà à trois, au pied du tabernacle, à célébrer la messe par ce soir de vacances[2]. Si je ne craignais pas à la fois de rendre confus mes lecteurs non anglophones et de faire de la publicité, je dirais bien "Priceless" ![3] Quel bonheur de pouvoir ainsi participer ! Première fois pour moi que je voyais le prêtre célébrer face au tabernacle, dos à nous donc... Et non, ça ne me choque même pas, contrairement à ce que j'aurais pu imaginer. Puisqu'on célèbre le mystère du Christ, ensemble, c'est juste une autre façon de faire. Même si c'est surprenant de ne pas voir la consécration, je l'ai ressentie en plein cœur... et reçu la bénédiction, vécu la communion fraternelle avec autant de désir qu'à chaque fois.

Nourritures partagées, offertes, échanges, rires, amitié... Oui, il valait vraiment le coup ce deal ! On remet ça quand tu veux ! ;)

Notes

[1] Non mais sérieusement, relisez l'expression... Tout le monde comprend mais ça ne veut rien dire, on est d'accord ?!

[2] ... et d'avant JMJ ; mais faut-il encore le préciser ?

[3] Cela n'a pas de prix !

dimanche 05 juin 2011

Enfin !

La chaleur, déjà présente depuis plusieurs mois, inhabituelle, s'est intensifiée. Plus pesante, plus humide, plus fatigante... Et l'absence d'air l'accentue encore. Toutes fenêtres ouvertes, impossible de faire un courant d'air, a fortiori d'aérer la maison. Les siestes sont peuplées de rêves étranges confinant au cauchemar...

Une soirée entre amis. Une ambiance sympathique, sans plus. La tension de l'air est également dans les esprits. Les enfants, en particulier, ont un comportement assez irrationnel, agressif. Les éclairs claquent, secs, durs, lointains, davantage porteurs de crainte que de soulagement.

Finalement, dans la nuit, les premières gouttes s'écrasent sur le sol grillé, asséché, poussiéreux. On y croit à peine, les premières gouttes depuis de longs mois. On met à l'abri ce qui doit l'être, et on reste dehors, sous la tonnelle, rassemblés autour des bougies et des photos de voyage. Chacun se détend, l'air s'est un peu rafraîchi, la tension est retombée.

Il est temps de rentrer. En espérant que la pluie continuera, un peu, permettra à cette terre assoiffée de respirer, donnera un répit dans une sécheresse s'annonçant déjà dramatique dans ses répercussions.

vendredi 06 mai 2011

Découvertes

Il y a quelques semaines, j'ai eu la joie de voir arriver une nouvelle collègue au bureau... Elle est devenue ma voisine, dans un environnement assez inhumain[1] : imaginez un espace tout en longueur, dans lequel sont alignés les bureaux, trois par trois. Les meubles sont suffisamment peu larges pour qu'on ne puisse étendre les bras sans toucher son plus proche voisin. Aucune intimité, chacun voit et entend ce que font ses collègues. Et nous sommes environ cent cinquante ainsi, sur un étage, uniquement séparé en deux par des portes coupe-feu.

Le décor étant planté, vous pourrez aisément comprendre que ce ne fut pas forcément de gaité de cœur que j'appris l'arrivée de ma nouvelle coéquipière... Comme elle est indienne, je savais qu'il me faudrait en sus dépasser la double barrière de la langue et de la culture pour parvenir à entrer en relation, sans que ce soit trop superficiel.

Et en fait... Dieu m'a fait un merveilleux cadeau :) Car elle est maintenant la plus jeune de l'équipe, me coiffant au poteau de quelques années, et de fil en aiguille, de correction de bugs en discussion autour d'un café, d'apprentissage linguistique en baragouinage en franglais, de réunions d'équipe en sorties-déjeuner... Le lien se fait, la complicité grandit. Mon anglais s'étoffe peu à peu, elle apprend quelques mots de français. Et surtout, comme elle ne sera là que pendant quelques mois, tout se fait comme en accéléré. Elle a soif d'apprendre, je me réjouis de lui enseigner ce que je suis, notre culture, notre patrimoine... C'est là que l'on s'aperçoit qu'on ne peut expliquer la culture française (et même européenne) sans un minimum de culture chrétienne. Les jours fériés ? Plus de la moitié[2] sont liés à une fête chrétienne. Les expressions françaises ? Beaucoup ont une origine religieuse. Etc...

Mon plus beau clin Dieu pour le moment : un jour, autour d'un café, elle me demande si c'est bien un poisson que je porte en pendentif[3]. Je lui réponds que oui, et devançant sa question, je lui dis[4] : "it's because I'm a Christian". Un "Ooooooooh, ok" étonné plus tard, nous voici à converser sur nos traditions religieuses. Je comprends assez vite que si ses parents ont une éducation religieuse, elle n'en a pas, et connaît seulement les traditions par leurs grandes fêtes. Je pose quelques questions, en puisant dans le peu de connaissances que j'ai sur l'hindouisme... Elle me demande comment je connais autant de choses ; je réalise alors seulement que mes questionnements sur la présence d'une multitude de religions, de traditions, et les recherches personnelles qui en ont découlé[5], m'ont apporté une compréhension du monde religieux peut-être plus étoffée que certains de mes collègues.

En la côtoyant, et en faisant le lien avec les autres indiens que nous avons pu accueillir à Paris, je comprends que la sécularisation ne touche pas que l'Europe. Ce sont tous les pays "modernes", qui évoluent à toute vitesse, techniquement, politiquement, et qui jettent le bébé avec l'eau du bain. Ici la laïcité, là-bas l'abolition des castes. Rien à voir ? Peut-être. Sans doute mon exemple est-il mal choisi, n'empêche, elle le dit elle-même : les traditions qu'elle observe, c'est par habitude, elle n'y croit pas. L'insistance avec laquelle elle le dit me perturbe, un peu. Est-ce une soif de foi ou un moyen de s'auto-convaincre ? En tout cas, il me tarde d'en savoir plus... Encore des découvertes en perspective !

Notes

[1] Pour ceux qui connaissent, les plateaux ou openspaces

[2] Six sur onze exactement

[3] Un ichtus venant de Taizé

[4] bien plus facilement en anglais que je ne l'aurais dit en français... Comme quoi, la barrière de la langue, parfois, n'est pas où l'on pense !

[5] en particulier les rapprochements qu'il peut y avoir entre hindouisme puis bouddhisme, et judaïsme puis christianisme

mardi 12 avril 2011

Bulle de campagne

J'avais le même âge que ma fille aujourd'hui, lorsque mes parents ont emménagé dans la ferme où j'ai grandi. De notre maison d'avant je n'ai que quelques images, quelques scènes qui marquent un esprit d'enfant : le pavage carré et rouge brique de la pièce principale, la maison de la grand tante au fond du jardin, la petite passerelle au dessus du ruisseau d'où on pouvait jeter des feuilles-bateau et les voir suivre le courant, un matin de Noël où ma soeur et moi allions, en robe de chambre, voir le "petit Jésus" né à l'étable pendant la nuit...

Paysage morvandiau

Vingt-cinq ans déjà... J'avais à peine cinq ans et mes parents investissaient dans ce corps de ferme. Deux maisons, deux longs bâtiments pour l'exploitation, le tout fermant une cour qui allait devenir mon terrain de jeu de prédilection. Une éducation marquée par un rapport à la nature direct, impensable aujourd'hui dans la plupart des familles. Des animaux, il y en avait pléthore à la maison : les vaches bien sûr, car on ne fait pas fonctionner une exploitation basée sur quatre cent bêtes sans que cela se voie, se sente, s'entende ; les moutons aussi, tant que mon oncle a été là ; et les volailles, en complément de revenus, autant que de nourriture familiale ; les chats, autant utilitaires, chassant les nuisibles, qu'animaux de compagnie...

Aujourd'hui, rien n'a changé, tout a changé...

Fleur de cerisier

La plus petite des deux maisons ne sert plus que pour les gens de passage, les invités, pour les fêtes données par mes frères et pour entreposer divers objets. Le jardin de l'autre maison s'est enrichi d'arbres fruitiers, de fleurs en plates-bandes... Le poulailler s'est écroulé lors d'une tempête plus forte que les autres, et de volaille, il n'y a plus.

Fleur de poirier

Les collines, elles, ne bougent pas[1], vivent toujours au rythme des saisons, le ciel flamboie toujours autant à la tombée du soir, les brumes envahissent encore les basses prairies au petit matin. Les bêtes sont toujours là, et ma fille désormais prend ses outils pour "aider" ses grands-parents au travail : donner à manger, nettoyer, faire téter les veaux orphelins...

Poirier

Une génération, le printemps, égal à lui-même, un peu en avance peut-être. Et la vie va.

Rouge passion

Notes

[1] Ca se saurait...

jeudi 10 mars 2011

Il n'y a pas d'âge...

Joie enfantine

Entendu dimanche : "L'Amour n'attend pas le nombre des années !"...

lundi 14 février 2011

Un seul être...

Je ne connais pas son nom, pas davantage celui de son chien. De lui je ne sais que ce qu'il a bien voulu montrer à tous, ce que j'ai accepté d'y voir, aussi. Sa place, le long du mur nu de la "salle d'accès" du RER, en face des magasins, au même endroit au mètre près, tous les matins, quand j'arrive, avant huit heures. Parfois il ne fait pas trop froid, d'autres il pleut et l'humidité rend les températures hivernales plus difficiles à supporter ; parfois la neige couvre tout dehors, d'autres matins encore il gèle à pierre fendre et un vent coulis glacé se glisse au ras du sol... Mais toujours le manteau est fermé et le bonnet enfoncé jusqu'aux yeux ; la météo n'influe que sur la couverture dont il couvre ou non son compagnon de fortune[1]...

Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…[2]

J'ai mis longtemps, trop longtemps, avant d'oser. Dans le flot, briser l'élan, contrer la force de la routine. C'est beaucoup moins évident qu'il n'y paraît, en fait, d'accepter de s'arrêter, de casser l'effet de groupe des gens pressés de rejoindre leur poste... Il faut chasser la brume matinale qui engourdit l'esprit et fait suivre comme un mouton[3]... Donner, c'est plus qu'une "simple" pièce, pour déculpabiliser un peu[4]. C'est voir l'homme sous le tas de chiffons, reconnaître un semblable malgré le dos courbé, les épreuves de la vie qui pèsent sur les épaules, le regard empli d'incertitude pour les heures à venir.

Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…

Et chaque fois, cela ne manque pas. D'inexpressifs, les yeux s'éclairent ; le visage s'anime, le corps tout entier recroquevillé semble se détendre, un peu, le temps de lever la tête. Son regard croise le mien, un sourire échangé, un merci, "bonne journée"... Ces quelques secondes suffisent à me remplir le coeur de légèreté et de joie !

Parfois son chien aimerait jouer, il le retient d'une main, s'excusant d'un geste à peine esquissé de l'autre. Oserais-je dire que derrière le désarroi d'une situation dramatique, je pressens une personne raffinée, aimante, respectueuse de son prochain ? De matin en matin, de regard en sourire, le lien se fait...

Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

Quelquefois, il n'est pas là. Alors ma journée ne peut pas être la même... Est-il souffrant ? Ou bien a-t-il trouvé un foyer, l'espace d'une nuit ? Je ne peux qu'imaginer, et lui souhaiter de trouver un jour le petit quelque chose qui le remettra sur les rails... Une association, un travail, un ami, que sais-je...

Regardez le ciel. Demandez-vous : le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change…

Notes

[1] ou d'infortune, plutôt

[2] Citations : Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

[3] Il ne manque plus que les bêlements !

[4] Parce que si c'est juste pour déculpabiliser, comme ça, vite fait, ça ne marche pas...

lundi 10 janvier 2011

Déjeuner

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ![1]

Le délice des retrouvailles est partagé, le sourire complice à quelques pas, avant les paroles de bienvenue. Le ciel est clair, la température clémente pour ce mois de janvier, l'espace dégagé. L'esprit léger, nous choisissons notre menu ; ce midi, ce sera italien.

La chère est bonne, ce qui ne gâche rien. Nous profitons au maximum de notre temps ensemble, échangeant sur nos études, nos familles, notre travail, nos états d'âmes. J'ose espérer que mon verbiage lui apporte autant qu'elle me donne, car c'est une véritable richesse que ces instants passés en sa compagnie.

Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.[2]

L'heure tourne et déjà la course de la vie reprend le dessus. Régler l'addition, se promettre de recommencer, bientôt. S'embrasser, comme pour garder un peu de l'autre, se soutenir mutuellement. Un dernier sourire, et nos chemins se séparent.

Et la douceur de la rencontre reste. Merci, mon Dieu ! :)

Notes

[1] Alphonse de Lamartine, Le lac

[2] Loc. cit.

lundi 29 novembre 2010

Misère d'Avent

Ce lundi matin de fin novembre, il a neigé sur la ville. Le brouillard a du mal à se lever sur mon esprit ensommeillé, les gestes s'enchaînent par pure routine, engoncés par les épaisseurs me protégeant du froid. Passer le tourniquet, jeter un coup d'oeil à l'écran annonçant les trains, grommeler en voyant que j'ai raté mon RER habituel, monter les marches jusqu'au quai en m'apprêtant à attendre dix minutes le suivant.

Sur la bande de béton, la foule se presse, comme chaque matin de semaine. La joie enfantine que provoque inconsciemment la fine couche de neige a cédé le pas à l'inquiétude de possibles perturbations sur les transports en commun, le retard qu'on pourrait avoir au bureau, dès le lundi...

Mon regard glisse sur les uns et les autres, je repère une place où me mettre pour patienter. Mais quelque chose cloche. Mes yeux s'arrêtent et je ne les crois pas : là, au milieu de tous, comme une (mauvaise) plaisanterie tellement c'est incongru par cette température, un homme, à peine vêtu d'un pantalon et une chemise. Et encore, vêtu, c'est beaucoup dire. Si sa chemise est presque intacte, quoique grise de saleté, son pantalon est déformé et en lambeaux ; quant à ce qu'il a aux pieds, ça pourrait ressembler à des chaussettes trouées dans des pantoufles béantes, mais tellement abîmées que ce n'est pas reconnaissable. Barbe et cheveux poivre et sel, longs et hirsutes, sont laissés au souffle glacé qui se coule le long des voies.

Il ne grelotte pas, ne sautille pas pour se réchauffer, ne met pas ses mains nues dans ses poches[1], comme ceux qui l'entourent le font dans leur blouson. Il se tient droit, les bras le long du corps, les yeux perdus dans le vague, silencieux, immobile. Au ralenti, mes neurones réfrigérés et peu éveillés parviennent à se connecter pour faire naître en moi un flot de questions : que fait-il ici ? Où va-t-il ? Le sait-il seulement ? Comment peut-il ne pas sentir la morsure du froid ? Puis c'est la colère qui monte : c'est inadmissible, il faut faire quelque chose, appeler les pompiers, le mettre au chaud, le soigner ! Tout le monde passe à côté de lui comme s'il n'existait pas ! Oui mais quoi ? Comment faire ?

Un train s'arrête. Pas ma destination. L'homme se met péniblement en marche, s'y hisse, provoquant un mouvement dégoûté des personnes qui projetaient de monter dans la même voiture que lui. Je réalise lentement que le froid a dû neutraliser son odeur, mais qu'elle doit rendre compte de son état misérable aussi sûrement que son apparence. Je n'ai pas le temps de sortir de mon hébétude : la sonnerie retentit, les portes se ferment, le train repart. Dans ma stupeur, je n'ai pas bougé, rien dit, rien fait.

Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.[2]

Comme beaucoup, j'ai entendu ce texte, hier, je l'ai reçu et médité. Pourtant, ce matin, le Christ est venu chez moi, et je ne l'ai pas accueilli.[3]

Notes

[1] en a-t-il seulement ?

[2] Matthieu 24, 44

[3] Heureusement que d'autres font mieux que moi : Zabou ou Marie-Anne, par exemple...

jeudi 28 octobre 2010

Comme un battement de coeur

Le rouge, habituellement, c'est la couleur du danger. C'est naturel, universel, des animaux les plus simples jusqu'aux plus intelligents d'entre nous... Attention, stop. Danger. Douleur. Problème... C'est avec cette notion d'alerte que mon oeil a perçu une lueur écarlate à une fenêtre du bâtiment, face à moi.

Le temps d'identifier le reflet, celui d'un signal de hauteur d'une grue, sur un chantier proche, et toute appréhension a disparu. C'est juste un témoin. Un signal, pour exprimer la présence de quelque chose de plus grand que la normale. Du reste, le quartier de la Défense en est plein de ces signaux, comme une forêt d'un nouveau genre, un foisonnement particulier...

Un témoin. Rouge.
Comme celui qui reste présent, en permanence, dans les églises. Même lorsque tout est éteint, quand la porte s'est refermée sur les derniers fidèles du soir... lumière pour dire que Dieu est là, toujours.

Du tabernacle au sommet des tours, même message ?

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