vendredi 29 juillet 2016

Rencontre

C'était au bureau. Le contexte n'était pas simple, le projet "challenging", "piloté par les délais"... J'étais développeur sur le projet. Elle faisait de la gestion de projet, autrement dit, à la fois la surveillance de l'avancement et "l'huile dans les rouages" quand il y a des problèmes. De fil en aiguille, de réunions en cafés, les discussions se sont élargies, du travail à la pratique de la conduite sur circuit, puis à notre foi... Nous avons découvert mutuellement nos chemins, nos éducations, nos habitudes, nos coutumes...

La foi est une intimité. C'est sans doute pour cela que les croyants sincères ressentent souvent une fraternité instinctive les uns pour les autres, même s'ils ne la comprennent pas, ou la perçoivent confusément... Peut-être aussi est-ce la raison pour laquelle certains athées peuvent percevoir la foi comme une exclusion : de fait, c'est une logique, de rites, de pratiques, de pensées dont ils ne font pas partie...

Nous avons partagé nos convictions. Nous avons réalisé qu'au delà de vivre notre foi, nous avions commencé une démarche de recherche similaire : une licence de théologie... Nous avons peu partagé sur le contenu des cours, peu importe, c'est le chemin qui compte... Qui nous rend plus proches que beaucoup d'autres autour de nous...

Pourquoi écrire aujourd'hui ? Il s'agit de rencontre comme j'ai pu en faire d'autres dans mon parcours théologique, universitaire, religieux...

Mais aujourd'hui, la saveur est différente. Nada est jeune et militante, pétillante et compétente, amoureuse et divorcée, croyante et musulmane. Sous couvert de l'actualité terrifiante d'attentats, "on" voudrait nous opposer. Des proches s'opposent à son mariage à venir (avec un non-musulman), depuis le meurtre du prêtre il y a quelques jours. Elle est touchée et indignée par tous les commentaires qui somment les musulmans de s'élever "comme un seul homme" contre les attentats, ou qui demandent aux musulmans de "faire le ménage dans leurs rangs"...

Il y a dix-huit mois, suite à l'attentat contre Charlie-Hebdo, il m'est venu à l'esprit deux choses : "on va avoir droit à des lois liberticides" et "il faut protéger les musulmans". Je voulais me tromper. J'espérais que les politiques ne céderaient pas à la facilité du "tout-sécuritaire". Je souhaitais de tout coeur que la rancoeur ne se manifeste pas contre des croyants qui ont le tort d'avoir "la mauvaise foi"... Mais l'état d'urgence est toujours là, plus que jamais, et on se demande s'il va s'arrêter, un jour. Et les musulmans ont subi des attaques, sont la cible de tant de remarques désobligeantes... Le pire étant sans doute ceux qui clament bien fort "pas d'amalgame !" mais n'hésitent pas à généraliser telle ou telle anecdote...

Alors aujourd'hui, je ressens cette proximité avec Nada, d'autant plus fortement. Et non seulement je la ressens, mais je veux l'exprimer. Parce que nous avons une foi similaire, un mode de vie équivalent, des soucis comparables au quotidien... Nous nous ressemblons. Et ce n'est pas parce que notre foi s'exprime différemment que l'une vaut mieux que l'autre. J'espère continuer longtemps à cultiver notre amitié. C'est ma façon d'être humaniste, peut-être. C'est "ma part", pour reprendre l'histoire du colibri[1]... Parce que je ne veux pas que la haine puisse gagner les coeurs et les esprits.

Note

[1] Un jour, dit une légende amérindienne, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

samedi 27 juillet 2013

Grand Kiff, 2ème édition - Teasing

Hier matin, des quatre coins de France et de Navarre, et même d'Angleterre et d'Allemagne, des bus ont convergé vers Grenoble, contribuant ainsi au caractère orange du trafic annoncé par la sécurité routière...

Mille cinq cent personnes, des jeunes de 15 à 25 ans et leurs animateurs, de toutes paroisses protestantes, sont réunies pour cinq jours de fête, de louange, de prière, d'ateliers bibliques, de créativité, de joie, de partage... Le thème ? Vous êtes lumières du monde !

Avec un petit groupe de notre paroisse, j'ai la chance d'y participer. Ces mômes sont incroyables ! Sketches, chants, danses, prières, ils savent tout faire, avec une énergie et une profondeur souvent étonnante et rafraîchissante... Je viendrai vous raconter, comme je le peux, comme je le sens... Quelques jours de patience !

lundi 29 avril 2013

Tristesse

Seigneur, qu'a-t-il donc fait ?

Qu'était-il pour mériter cela ? Enfant, presque orphelin, il reçut ton enseignement.
Il ne pouvait recevoir le baptême : trop jeune pour décider par lui-même, il se heurta au refus de son responsable légal.
Il y eut ce prêtre, qui refusa de l'emmener avec les autres enfants, car il n'était pas catholique.
Oh Seigneur, comment peut-on faire cela en ton nom à un enfant ?
Il en fut mortifié. La sensibilité des enfants est un trésor tellement fragile !

Mon ami, que t'a-t-on fait ?
Des années après, quelle est cette défense que tu t'es bâtie ? Quelle est cette rancoeur que tu exprimes si violemment ?
Est-ce vraiment celle de cet épisode que tu as évoqué douloureusement devant moi ?
Mon ami, mon frère, comme j'ai mal pour toi !
Ton hurlement me stupéfait.
Comme elle doit être grande, cette douleur, qui sourde, qui bouillonne, qui fuse finalement, si fulgurante, transformée en colère immense contre une institution que tu rends responsable !

Mon Dieu, je t'en supplie, prends soin de cet enfant...
Qu'il puisse enfin trouver la paix.
Qu'il sache, un jour peut-être, pardonner.
Mon Dieu, toi qui sais guérir les plus grandes blessures, je t'en prie, garde-le près de toi.

mardi 12 juin 2012

Aujourd'hui, j'ai...

... savouré[1] les embrassades de mes filles au moment de partir bosser.

... oublié mon bouquin sur les méthodes des historiens, à potasser pour mercredi prochain. Du coup, j'ai médité le Symbole des Apôtres dans le RER.

... cravaché en parallèle sur trois sujets différents. Heureusement que les PC sont multitâches. Et que Dieu nous a doté d'oreilles et de mains ayant la capacité d'être indépendantes.

... compati aux malheurs de ma chef et réfléchi sur la façon de, peut-être, rationaliser un engrenage qui va de plus en plus vite, avec de plus en plus de sable dans les rouages, et de plus en plus de poids à porter.

... présenté des excuses pour mes erreurs. Humilité pas si simple en entreprise, où chacun doit défendre, parfois chèrement, sa place.

... couru pour être à l'heure chez la nounou. Retrouvailles toujours bienvenues... et avant de partir, des bisous pour tout le monde du haut de ses quatre-vingt cinq centimètres.

... partagé une méditation sur le thème "demander et faire confiance". Groupe oecuménique, multiculturel, multilingue : des chemins de foi, de vie, des échanges. Un rappel aussi : prendre du temps. Pour prier. Pour oublier un peu l'activisme. Se poser, prendre le temps qu'il faut dans cette société du "toujours pressé".

... accueilli avec une grande joie trois bonnes nouvelles. Un chemin de foi qui s'ouvre, pour un futur parrain qui a tout à apprendre... et l'envie de le faire. Une réconciliation, attendue, espérée, priée... et arrivée. Et une demande de baptême. Gloire à Dieu !

... changé de génération en même temps que de lieu. D'une réunion bilan à une autre. Joie du mois de juin !

... retrouvé un prêtre et une bande de mamans. Autour d'un bon repas, de Bibles et d'idées pour transmettre ce que nous croyons à notre progéniture. Et à celle des autres aussi, parce qu'on est sympas.

... prié avec Saint François d'Assise, en souhaitant ardemment que l'Esprit nous donne de pouvoir "mettre l'amour où il y a la haine", sans avoir d'arrière-pensée.

... rejoint mes pénates en pédalant sous la pluie, en pensant à ces heures bien remplies et en souriant. Merci mon Dieu ! Et à demain, si tu veux bien.

Note

[1] Une minute de trop, d'ailleurs, juste de quoi rater la navette. Paye ton quart d'heure à pied le long des voies pour rejoindre la gare.

mardi 21 février 2012

Laissez moi croire !

Y'en a marre. Ok, dans nos contrées au catholicisme culturel à défaut d'être cultuel, nous ne risquons pas notre vie. N'en déplaise à certains qui aimeraient peut-être figurer en ce martyrologe, en d'autres lieux, d'autres temps, être chrétien signifiait prendre de gros risques. Plus maintenant, soit.

Est-ce que pour autant, je devrais sacrifier à l'athéisme d'Etat ? Sous prétexte que je veux vivre ma foi, dois-je subir sans rien dire les sarcasmes, les rires de mes proches, qui disent volontiers par ailleurs qu'ils "respectent" mes croyances ? Je veux préserver le temps que je consacre à ma pratique religieuse. Faire des concessions sur le partage biblique du jeudi soir, l'adoration du vendredi, le culte du dimanche... Ca finit par peser.

Oui, j'ai envie d'entrer dans une église, même cinq ou dix minutes, pour contempler les vitraux, prier, savourer le silence. Découvrir une histoire, fermer les yeux et se laisser habiter...

A la veille de l'entrée en Carême, je rêve d'une retraite, quelques jours. Pas une fuite[1] mais une plongée dans une source d'eau fraîche. Comme par immersion, laisser les bruits de l'extérieur parvenir étouffés, un murmure qui laisse la place aux chants, à la nature, au rythme des saisons... à la Parole.

Comme le père désespéré de cet enfant, dans l'évangile d'hier[2], je voudrais crier "Je crois, viens au secours de mon manque de foi !"

PS : Voilà trois ans que je vous abreuve de mes incertitudes, mes pas balbutiants en théologie, ma fierté d'avoir choisi le Christ pour modèle... Un peu de lassitude ? Il est possible que cela se voie...

PPS : J'ai validé le second module d'Ancien Testament... La suite commence ce vendredi. Pour la psycho... Rendez-vous en mai.

Notes

[1] Zabou l'a si bien dit...

[2] Marc 9, 14-29

lundi 06 février 2012

Anonyme, pseudonyme... Synonymes ?

C'est un marronnier pour les blogueurs, les participants à des forums ou les habitués d'Internet en général. C'est une mini-polémique qui a agité la catho-blogosphère la semaine dernière. Au départ, un twitt de l'abbé Amar, du Padreblog, devenu article complet, émettant des doutes sur l'honnêteté des gens s'exprimant par le biais de pseudonymes ou de manière anonyme.

"Le chrétien est un homme de lumière, il ne doit employer que des armes de lumière". Il y a confusion entre anonymat et pseudonymat. L'auteur le dit dans son article, anonyme et pseudonyme ne sont pas synonymes. Pourtant, il assimile les deux à des "voyous se couvrant le visage de cagoules". En simples termes juridiques, un blogueur paie son hébergement, ou à tout le moins doit généralement laisser une trace à son hébergeur de son nom et son adresse. Il n'est pas anonyme, même s'il utilise un nom de plume. Contrairement à l'anonyme passant[1] qui laisse un commentaire, parfois injurieux, sur un site, un forum ou un blog, le blogueur a "pignon sur rue" : on peut savoir de qui il s'agit, se faire une opinion d'après ses écrits.

Le pseudonymat est une simple précaution. Un peu comme de ne pas sortir dans la rue avec son nom inscrit sur le front au feutre indélébile. Il ne faut pas oublier que tout ce qui est sur Internet est, par définition, public. Et c'est surtout un danger, à mon sens : combien d'ados mettent à disposition, disponible pour n'importe qui, plus d'informations qu'il n'est nécessaire, et ce avec leur vrai nom, sur facebook ou twitter ? L'informatique est mon métier, j'en connais les possibilités et les dangers, c'est en pleine connaissance de cause que j'ai choisi mon pseudo et mon blog...

Certes, en pleine rue on peut aisément reconnaître un prêtre portant soutane, clergyman ou col romain ; un évêque à sa croix pectorale... Un pasteur réformé n'aura aucun signe extérieur de reconnaissance, mais est aussi un personnage public. Il me semble normal qu'ils parlent en leur nom, de la même façon que je peux parfois parler en mon nom en paroisse, si j'ai des engagements, ou au nom de ma société avec des clients ou des sous-traitants... Mais les gens que je croise dans la rue ne me connaissent pas, et se font une idée de moi à partir de ce qu'ils voient, observent, entendent... Exactement comme sur ce blog.

Quant à la mention "Bienvenue aux martyrs !"... Qu'en dire ? Si elle n'était pas prise dans une diatribe aussi sérieuse qu'elle semble l'être pour son auteur, je crois qu'elle m'aurait fait rire. Ce n'est pas parce que des frères chrétiens souffrent dans leur chair à cause de leur foi, un peu partout sur la planète, que nous devons faire de même. Ce n'est pas ainsi que nous les aiderons... même si certains prêtres rêveraient peut-être d'être parmi ces martyrs. Et donner un nom en pâture au web, lorsqu'on a famille avec enfants, est-ce vraiment bien raisonnable ? Des blogueurs tels que Koztoujours, Corine, Pneumatis (pour ne citer qu'eux) sont très engagés en paroisse, et présents auprès de leur famille. Je pense qu'ils vivent leur foi pleinement et au quotidien ; s'ils ne sont pas des martyrs, ce sont des cathos bien loin de la tiédeur...

Chers amies et amis, lectrices et lecteurs, je garde mon pseudo ici, chez moi :) . Certains parmi vous connaissent également mon nom réel ; à l'inverse, beaucoup de mes proches, certains de mes collègues connaissent également l'existence de ce blog... L'abbé Amar, s'il passe par ici (qu'il soit le bienvenu !) et souhaite savoir à qui il a affaire, peut me rencontrer. Il pourra s'assurer de mon "arme de lumière"... ou pas. Chaque blogueur utilisant un nom de plume doit un jour répondre à cette question. J'espère que ma réponse ne vous aura pas déçus.

Note

[1] et encore, celui-là aussi peut être tracé et inculpé, si besoin était...

samedi 10 décembre 2011

Kérygme

Un mot théologique aujourd'hui... Il faut dire que les mots en K ne sont pas très courants en français ! Ma douce moitié a bien proposé kangourou ou krys, mais je ne voyais guère de rapport avec le mystère de Noël...

Le kérygme, ou confession de foi, joint, à mon sens, les deux mystères les plus importants de l'année liturgique : l'incarnation de Jésus et sa résurrection. Il peut y avoir un aspect mièvre aux célébrations de Noël, et à toutes les traditions qui gravitent autour. Mais avant d'être la fête des enfants, c'est d'abord la venue de Dieu en personne sur notre terre. Pourquoi le Seigneur a-t-il voulu nous faire ce cadeau ? Pourquoi choisir ce chemin si particulier ? Comment comprendre ce don ?

lundi 05 décembre 2011

Feu

En écrivant ce soir, je pense au feu qui nous réchauffe à l'intérieur de nos maisons, en ces nuits qui deviennent plutôt éprouvantes de froid, d'humidité... Particulièrement lorsque, comme aujourd'hui, un vent glaçant nous fait apprécier la chaleur d'un foyer. Ce feu rassemble les bergers veillant leurs bêtes, la famille autour de la cheminée, les scouts munis de leurs guitares et chants pour la veillée, les pèlerins pour le repas... Et nous, autour de quel feu apprécions-nous de nous tenir ? Celui de la foi ? De l'amitié, la complicité ? De l'entraide ? De la fête ?

J'ai une amie qui se reconnaîtra, peut-être, et qui a la foi brûlante comme un feu au coeur. Tantôt avec de hautes flammes qui réchauffent tous ceux qui s'approchent, manquant même de les brûler ! Tantôt avec de petites flammes comme celles de bougies donnant juste assez de lumière pour se guider... Tantôt encore avec des braises, donnant cette impression de bien-être doucement mais longuement. Cette amitié m'est précieuse, car j'ai trop souvent l'impression que ma petite braise va s'éteindre...

dimanche 23 octobre 2011

Mise à l'épreuve

Ce semestre, en plus d'un module d’exégèse de l’Ancien Testament, je suis également, dans mon cursus de théologie, un module de "psychologie des religions". Ca ne m'enchante guère, pour tout vous dire... L'idée de disséquer le sentiment religieux, de voir comment les religions utilisent la psychologie humaine pour manipuler les foules m'effraie. J'ai sans doute peur de perdre ma foi, ou en tout cas une partie des raisonnements que je pouvais tenir jusqu'à présent...

Un exemple avec le cours étudié cette quinzaine, parlant des neurosciences : des études ont prouvé que des expériences mystiques pouvaient être comparées avec des stimuli sur des zones bien précises du cerveau. Partant de ces constatations, différentes approches sont possibles, expliquant, rejetant ou intégrant les religions dans une psychologie plus complète de l'individu. Celle qui me choque le plus compare les expériences religieuses à des phénomènes connus, tels que l'épilepsie, ou à des hallucinations, telles que peuvent en avoir les alpinistes en très haute montagne, montant à plus de six mille mètres d'altitude sans oxygène.

Plus que les matières bibliques, qui ont déjà battu en brèche les préjugés et connaissances que je pouvais avoir sur la Bible et son écriture, la psychologie des religions sape mes raisons de croire, met à nu les mécanismes mentaux de mes croyances, de ma foi. Elle reprend les questions et les arguments des athées que j'entends régulièrement, qui me perturbent, et auxquels je n'ai pas vraiment de réponse : "tout ce que tu crois se base sur des phénomènes physiques, tout ça peut s'expliquer scientifiquement", "qu'est ce que ça t'apporte de croire ? Je peux avoir les mêmes valeurs sans avoir de dieu"...

Alors mon sentiment est sans doute biaisé, peut-être que je prends trop à coeur cet enseignement, que je devrais mieux m'en détacher... Mais j'ai l'impression que c'est comme un test : si l'on passe à travers ce module, et que l'on continue, soit on a résisté, soit on a évolué de façon à s'adapter à un mode de pensée plus... disons... libéral. Est-ce aussi ça, les études de théo ? Apprendre à forger sa foi en la soumettant à tous les tests et stress possibles et imaginables ?

Que l'on construise sur ces fondations avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou du chaume, l'œuvre de chacun deviendra manifeste, car le jour la mettra en évidence ; en effet, c'est dans le feu qu'il se révélera, et l'épreuve du feu montrera ce que vaut l'œuvre de chacun.
1 Corinthiens 3, 12-13

dimanche 07 août 2011

Là où on ne l'attend pas

Le SEIGNEUR dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le SEIGNEUR ; voici, le SEIGNEUR va passer. » Il y eut devant le SEIGNEUR un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le SEIGNEUR n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le SEIGNEUR n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le SEIGNEUR n'était pas dans le feu. Et après le feu le bruissement d'un souffle ténu. Alors, en l'entendant, Élie se voila le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l'entrée de la caverne.
1 Rois 19, 11-13a

Ce matin, dans ma paroisse, Dieu avait une saveur retrouvée. Et de découverte, aussi. Plaisir de reprendre le chemin de l'église que je connais bien maintenant, un peu branlante, et aux vitraux tellement chaleureux. Joie de retrouver la chaleur d'une assemblée dominicale, après une semaine de labeur en théologie sur les Actes... Joindre la pratique à la théorie, harmoniser la liturgie et les visées théologiques...

... et me faire cueillir par ce texte sur le prophète Élie. Comme un clin d’œil. Parce que toute la blogosphère s'agite autour des JMJ imminentes[1], ou bien des sessions de Paray, ou de Taizé... Et si... Et si le Seigneur était aussi dans le cœur de ces parents qui amènent leurs enfants à la messe ? Et s'Il était dans la force de cette grand-mère qui malgré sa faiblesse, a accompagné sa petite-fille à l'église ? Dans celui de ces têtes nouvelles, de passage par ici... Ce ne sont pas de grands événements, ils ne passeront pas au journal télévisé... C'est le bruissement que j'ai entendu aujourd'hui. Celui d'une simple paroisse parisienne, qui continue de vivre, de visiter ses malades, de fêter l'eucharistie chaque dimanche, de chanter à pleine voix !

Notes

[1] Et je ne parle même pas de Facebook ou Twitter !

mercredi 23 mars 2011

Un Parvis pour les Gentils ?

Dans la Jérusalem antique, du temps du Temple de Salomon, le parvis des Gentils était l'espace extérieur au Temple, où chacun pouvait approcher (de loin) le sacré. Les non-Juifs y étaient admis, mais malheur à eux s'ils dépassaient la limite : ils étaient alors lapidés par les Juifs se trouvant légitimement dans l'enceinte sacrée.

Plan du Temple

Le Temple a été détruit et rasé lors de l'insurrection de 70. On suppose que certains blocs monumentaux qui restent pourraient être les pierres qui formaient le pavement du parvis des Gentils, sur lequel reposait l'ensemble de l'architecture du Temple.

Aujourd'hui, l'Eglise catholique reprend cette image pour inaugurer, à son tour, un parvis des Gentils. Qu'est-ce que c'est ? Deux jours de colloque, sur cinq lieux différents, réunissant croyants et non-croyants, pour discuter de valeurs à vivre, le tout en s'appuyant sur la raison.

Il y a quand même, à mon sens, une différence notable entre ces deux lieux, si l'on met à part la distance spatiale et temporelle bien sûr.

Il n'était pas possible, il est toujours très difficile, de devenir Juif si l'on n'est pas de famille juive. Le judaïsme n'est pas une religion prosélyte, c'est une religion généalogique, une religion héréditaire. Au contraire, le catholicisme, et le christianisme dans son ensemble[1], sont par nature prosélytes ! La bonne nouvelle que Jésus nous sauve est pour tous, en tout temps, de toute nation.

Le corollaire de cette constatation, est que le parvis des Gentils du Temple était un moyen d'entrer en contact, de façon très claire avec les non-Juifs... qui n'étaient pas pour autant non-croyants, d'ailleurs ! Aujourd'hui, dans cette manifestation, on ne sait pas trop : le but est manifestement de toucher ceux qui ne croient pas / plus au catholicisme, de battre en brèche les préjugés qui touchent forcément une confession (malgré tout) majoritaire par rapport aux autres (protestantisme, orthodoxie, islam). Mais est-on non-catholique comme on est non-Juif ? On ne naît pas chrétien, on le devient[2]... Et être non-catholique ne signifie pas être non-croyant...

Alors, évangélisation ou non ? Opération marketing ou simple mise au point ? Et quid des croyants non-catholiques ? A voir...

Notes

[1] oui, j'ose, nous sommes tout de même sur un blog œcuménique, si, si !

[2] même si on croit que la grâce de Dieu se manifeste toujours en premier

vendredi 18 mars 2011

Feu et eau

Nous sommes trois. Tous trois étudiants en théologie. D'âges, de parcours, de milieux, de sensibilités, de métiers différents ; mais unis par nos études, que nous suivons à distance, comme un complément indispensable à nos vies déjà bien chargées... Les liens créés en sont particuliers : nous ne nous côtoyons pas tous les jours comme les étudiants en présence, et lorsque nous nous rencontrons, nous devons aller à l'essentiel. Nous ne pouvons pas nous permettre d'approche "classique", nos échanges sont directs, au fond des choses : ça passe ou ça casse.

Entrer en théologie ne laisse pas indemne. Les cours donnent à réfléchir sur ce que l'on sait (ou pas), ce que l'on croit, sur les idées que nous avions de notre propre foi, des textes, des contextes, de l'Histoire et des histoires... C'est parfois difficile, violent, car cela touche au plus profond de nous. Il faut accepter, se laisser mettre à nu par les enseignements qui nous sont proposés. C'est un vrai travail d'humilité, une prise de risque. D'autant plus risquée que nous sommes plongés dans la vie active, avec son lot d'inattendus, au travail, en famille...

C'est aussi la découverte d'un Tout Autre, les multiples approches d'un Dieu qui s'exprime par autant de formes qu'il existe d'êtres... Il nous surprend, nous accueille là où nous ne pensions pas le trouver, nous attire dans la prière et parfois nous y laisse seuls[1], se dévoile dans un mot, une traduction, un verset, une exégèse... Dans la vie paroissiale et ecclésiale également, les regards changent, des mains se tendent, des portes s'ouvrent, peut-être trop vite à notre goût.

Chacun de nous chemine "comme le Seigneur l'a donné à chacun"[2]. Tour à tour brûlant au feu de l'Esprit, emporté dans un torrent de perceptions nouvelles, guidé par les signes qui jalonnent nos quotidiens et que l'on apprend à voir. Tremblant de peur aussi, devant l'ampleur de ce qui nous est demandé, et la faiblesse de ce que nous sommes, l'évidence que nous ne sommes rien... sans Lui.

Aujourd'hui, nous sommes tous les trois rassemblés au pied de la croix. Pleinement conscients de ce qui nous attend, de notre faiblesse, remplis de peur, et en appelant à la grâce de Dieu.

Notes

[1] en apparence...

[2] 1 Corinthiens 3, 5 : ἑκάστῳ ὡς ὁ κύριος ἔδωκεν ; justement traduit hier au soir pour préparer l'examen final de NT...

lundi 13 décembre 2010

Gaudete, lumière... et libération

Joie des chants,
sourire du célébrant,
à défaut de chasuble rose...

"Es-tu celui qui doit venir ?"
Question ancienne, défi actuel,
lancé à chacun en homélie :
"Que crois-tu ? Choisis !"

Doute au cœur,
geste de paix,
chemin incertain,
tristesse... difficile à expliquer.

Lumière des enfants,
conte d'espérance et d'attente
sur parole d'amour[1].

Télescopage des époques :
Esaïe[2], Marie, Jean Baptiste,
tous attendent, préparent...
Et nous ?

Accablement dans la sécheresse de la prière,
les mots qui ne viennent pas,
l'esprit qui ne se fixe pas
ou plutôt se fixe sur ce qu'il ne devrait pas.

Culpabilité, lâcher prise,
finalement faire confiance,
prier, encore, malgré le trouble...

Et se libérer, enfin.

Oser prier pour celui qui blesse,
permettre au Miséricordieux
de panser enfin
cette plaie douloureuse.

Notes

[1] 1 Corinthiens 13, 13 : Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand.

[2] Isaïe pour ceux qui préfèrent