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dimanche 17 mai 2015

Une liberté nouvelle

Le synode de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF)[1], a voté ce jour la possibilité pour les paroisses de bénir les unions de même sexe.

C'est quoi un synode ?

Le synode national, pour les protestants, c'est l'instance de décision de l'institution nationale, un des rouages du système presbytéro-synodal en vigueur dans l’Église depuis la Réforme. Il est constitué des membres élus des synodes régionaux, eux-mêmes membres élus des différentes paroisses. Les 105 délégués qui ont pris la décision ce jour, ont été élus par leurs pairs pour prendre les décisions afférant à l'ensemble des paroisses d'où ils viennent.

Souvent, les décisions qui sont prises ne font l'objet d'aucune surprise. Parfois elles sont très attendues et viennent naturellement, d'autres fois, fruits d'une longue réflexion, elles sont âprement débattues avant d'être prises. Ce fut le cas pendant ces quatre jours...

Pourquoi on en parle autant ?

La plupart des pratiquants "de base" sont réticents à cette bénédiction[2]. Il suffit de faire un tour dans les paroisses et de poser la question pour se faire très vite une idée. Est-ce parce que la réflexion de chacun n'est pas allée assez loin ? C'était le pari que l'EPUdF avait pris il y a deux ans, lors du débat sur la loi, appelée de manière impropre de "mariage pour tous". Alors l’Église avait pris la décision d'attendre avant de se prononcer sur la question, préférant lancer une étude sur l'idée de la bénédiction : que veut dire bénir ? Est-ce qu'on bénit des personnes, des couples, des projets, des actions, des objets ? Pourquoi ? Est-ce une reconnaissance, un engagement, une volonté, un signe divin ? Les débats, selon les paroisses, sont allés bon train, ont pris différentes formes : conférences, échanges, cultes, ciné-débats, partages œcuméniques et j'en passe... Oui, les paroissiens ont travaillé, échangé, évolué... Chacun a pu se faire une idée plus précise de ce qui était en jeu ou non.

Certains pasteurs sont également contre le fait de bénir des unions homosexuelles, et auraient aimé que le synode empêche toute possibilité de le faire. Est-ce pour ne pas avoir à dire non ? Pour reporter sur l'institution leur propre choix ? Ou pour imposer leur vision des choses, en oubliant que l’Église a toujours été diverse ? Ils ont été environ cent cinquante (pasteurs et conseillers presbytéraux) à signer un appel demandant au synode de reporter sa décision, comme l'a fait l'UEPAL en juin dernier, décidant qu'elle ne se prononcerait pas sur la question pour le moment et remettant à une date ultérieure (plus propice ?) cette épineuse question.

Et toi, tu en penses quoi ?

Ce qui a été donné aujourd'hui, c'est une liberté. Ce n'est pas une obligation. Aucun pasteur, aucune paroisse ne sera obligée de bénir un mariage homo. Celles et ceux qui souhaitent le faire, le pourront. En toute conscience. Exercer une liberté est toujours plus difficile que d'obéir à un ordre ou se soumettre à une interdiction... Et plus beau, aussi. Parce qu'on est responsable (et pas coupable) !

Le travail en paroisse a été fait pendant deux ans, accompagné, discuté. Aujourd'hui, c'est une possibilité nouvelle qui s'ouvre. Tous, dans notre entourage plus ou moins proche, nous avons des cas concrets à mettre en face de la théorie des mots. Un de mes oncles et un de mes cousins sont homos. C'est compliqué, déjà, à titre personnel. Un peu plus encore, en famille : selon les générations, différents types de préjugés s'appliquent. Souvent la loi du silence et le tabou valent mieux que des coups de poignards dans les mots à chaque rencontre... Alors, en société... En tant qu’Église, il me semble que nous nous devons d'abord d'accueillir les personnes, telles qu'elles sont, telles qu'elles se présentent à nous, et leur témoigner en premier lieu l'Amour que le Christ a mis en exergue !

Des couples durables, il n'y en a pas tant que ça. Qui franchissent le pas du mariage, encore moins. Et qui vont jusqu'à demander une reconnaissance par l’Église, n'en parlons pas ! Qu'il s'agisse de couples "traditionnels" ou de même sexe... Dans les mois, les années à venir, je souhaite et j'espère que le temps sera pris dans les paroisses pour chaque cas qui se présente, dans la paix et la joie donnée par le Seigneur...

Notes

[1] La plus importante Église protestante, par le nombre, en France ; Église sœur de l'UEPAL en Alsace-Moselle, séparée pour cause de régime concordataire.

[2] Je dis bien bénédiction et non mariage : pour les protestants, le mariage n'est pas un sacrement, c'est pour bien distinguer la bénédiction du sacrement que j'utilise un autre terme.

dimanche 31 juillet 2011

Déculturation ?

Des tenues resplendissantes, une assistance attentive autant qu'émerveillée, une jeune femme reine du jour entrant au bras de son père... Des lectures, un échange de consentements, les jeunes mariés prenant la parole, un discours de l'officiant... Mariage "classique" à l'église ? Mariage, oui ; mais d'Eglise, point. Frustration, coquille vide, manque... J'ai du mal à exprimer mon malaise face à ce que j'ai vécu hier.

Certains diront que je suis peut-être "vieux jeu". Sans doute. Je ne sais pas, j'ai du mal à me réjouir, j'ai du mal à comprendre qu'on puisse s'engager à ce point pour la vie, sans s'en remettre à quelque chose d'un peu plus solide que la simple parole humaine... Je peux comprendre une foi différente, des doutes, un questionnement... Mais qu'il n'y ait rien, sans que ce vide ne pose question, ça me dépasse. ou alors... Feront-ils comme l'un de mes amis, qui a demandé un "baptême républicain" pour sa fille ? Mais cet ami reconnaît au minimum une influence judéo-chrétienne sur les traditions qu'il reconnaît appliquer... Alors que là, rien, rien d'autre que "l'amour"... Mais quel amour ? Charnel ? Temporel ?

Par ailleurs, suite aux discussions avec mes amis indiens, dans lesquels le mariage prend une grande place car nos traditions et nos sociétés sont construites très différemment, viennent d'autres questions... Quelles sont les bases d'une telle union ? Qu'est ce qui la fera vivre à long terme ? En Inde, pour diverses raisons le divorce n'existe pas ; en France, statistiquement un mariage sur trois est touché par une séparation...

Cette union me fait également revenir sur celle de deux amis indiens, ou plutôt l'une indienne et l'autre français, naturalisé, de parents indiens. C'était il y a un an, et si les costumes des mariés étaient différents, correspondant aux costumes traditionnels indiens, le déroulement a été le même. Rien de plus, pas de traditions indiennes, pas plus de traditions françaises reprises, voire "arrangées" à l'indienne, comme ils l'ont fait dans beaucoup de gestes de leur vie de tous les jours... A l'époque je m'étais demandé si c'était volontaire ou non, dans quelle mesure il leur avait été possible, ou non, de faire une cérémonie religieuse. Avant de me rendre compte que mon amie ne m'avait jamais parlé d'une religion quelconque, et plus tard de réaliser qu'une communauté hindoue parisienne existe bien et est particulièrement vivante. Là aussi, le choix était donc volontaire de ne pas donner d'aspect religieux. Pourquoi ? Comment est-ce possible ?

Qu'on ne se méprenne pas... Je ressens aussi un malaise quand des mariés s'unissent à l'église "pour avoir un beau mariage" ou "parce que ça se fait comme ça dans la famille"... Je ne demande pas que chaque mariage soit forcément religieux. Je me demande simplement comment on en est arrivé là, comment est-ce possible de ne pas se poser plus de question sur les fondamentaux de la vie ? Est-on forcément fou quand on choisit de suivre une religion ?

mardi 21 septembre 2010

Qui a besoin de nous ?

Ca commence avec une découverte. Une découverte de l'autre, de sa richesse, de sa différence. Une (re)découverte de sa foi, de ses doutes, de sa soif de vie spirituelle féconde plutôt qu'une croyance stérile.

Et un jour, on veut se marier. Comme chacun tient à sa confession, on cherche comment concilier l'amour que l'on éprouve l'un pour l'autre, avec l'attachement que l'on voue à son Eglise. On s'aperçoit qu'on dérange, ici davantage que là, selon le vécu de la personne à qui l'on s'adresse...

L'amour qui nous paraissait si simple et capable d'abattre toutes les barrières se trouve soudain au pied du mur, face aux institutions et l'absurde de lois humaines. On ne comprend pas, on se fâche, on se révolte... Puis finalement on choisit, on renonce, on prépare. L'amour seul semble pouvoir panser les blessures, les incompréhensions.

Une petite graine, plantée dans un terreau hybride maladroitement mélangé, plus ou moins judicieusement arrosée, finit par germer. Une petite pousse, puis deux, sortent à la lumière. Elles ont la chance d'être bien exposées, ces petites plantes, elles reçoivent la lumière par deux grandes baies vitrées, dans la maison, alors que d'autres doivent se satisfaire d'un petit soupirail...

Etre jardinier avec d'aussi fragiles pousses n'est pas évident. On aimerait les protéger, les mettre à l'abri de toute atteinte, tout en s'assurant que quelqu'un veillera toujours sur elles, même si l'on vient à défaillir. On voudrait leur garder une jolie place au soleil, qu'elles puissent garder leur belle exposition...

Le baptême d'enfants nés de couples mixtes est aujourd'hui plus facile, mais on sent bien que l'on dérange, encore une fois. Tentés d'abandonner, on garde quand même espoir, accepte des concessions, encore, tout en ayant l'impression de devoir abandonner une partie de soi à la porte. C'est un peu comme si les gonds étaient grippés par le temps, on ne peut pas ouvrir beaucoup et on doit se faufiler...

Quant à partager le coeur de notre foi, ce que nous célébrons tous mais manifestement de façon inacceptable les uns pour les autres, il en est pour le moment hors de question. Jésus est allé manger chez Zachée, et à l'époque les autres n'ont pas compris son geste[1]. Aujourd'hui, chez qui irait Jésus ? Qui sont les autres ? Refuseraient-ils à nouveau d'entrer et partager le repas avec lui ?

Comment exprimer la souffrance de sentir le rejet, comme Zachée, quoi qu'on fasse ? Ceux qui ont lu "Le voyage des pères"[2], n'ont-ils pas compris que ce n'était pas aussi simple, qu'on n'était pas bêtement blanc ou noir, avec la révolte d'Alphée ?

Jésus avait besoin de Zachée, le bon berger a besoin de retrouver sa brebis perdue. Aujourd'hui, qui a besoin de nous ? Qui a besoin de brebis, ni blanches dans un troupeau noir, ni noires dans un troupeau blanc, mais grises allant d'un troupeau à un autre ? Le Berger ne voudra-t-il pas regrouper toutes ses brebis dans la même bergerie pour les garder à l'écart des prédateurs ? Le but de chaque brebis est-il de chercher la bergerie, fut-elle vide, ou de trouver son Berger ?

Notes

[1] Luc 19, 2-9

[2] Le Voyage des pères, David Ratte, Paquet, 2009

lundi 26 juillet 2010

Seigneur, Adonaï, bénis-les...

Olivier est un bon ami. Nous nous sommes rencontrés, étudiants, et nous avons gardé le contact, toute notre bande de copains, même si la vie avance, les bébés font leur apparition, certains s'en vont, renforçant s'il était besoin les liens de ceux qui restent... Alsacien, il a reçu une éducation chrétienne, balloté entre catholicisme et protestantisme. Prudent, il ne s'enthousiasme pas facilement, prépare et organise tout, ne laisse rien au hasard. Il est lucide, minutieux, attentionné, sans illusions. En vacances, un jour, il est tombé amoureux sans s'en rendre compte. Il a hésité, nous a même demandé notre avis, toujours prudent ; et puis il a laissé parler son coeur.

Audrey est une jeune femme enjouée, sensible, avec ce côté enfantin qui a parfois le don d'exaspérer : on aimerait lui faire comprendre que nous ne sommes pas les élèves de sa classe de maternelle... Née dans une famille juive sépharade, elle met peu les pieds à la synagogue mais est attachée aux traditions. Elle aime la joie, les bandes de copains et les réunions de famille... et préparer des tas de desserts avec une profusion de rose(s) et de coeur(s). Elle a cru tomber amoureuse, plusieurs fois, et a fini par craquer "pour de vrai".

Audrey apporte à Olivier la touche de fantaisie qui lui manque, Olivier donne à Audrey la stabilité de quelqu'un qui garde les pieds sur terre. Ces deux-là sont heureux, ça se voit ; même s'ils ont eu du mal à se trouver, ils fonctionnent plutôt bien ensemble. Aujourd'hui, ils s'engagent, pour la vie... et ils m'ont demandé une bénédiction... Préparant leur mariage depuis plus d'un an, ils avaient cherché à avoir une cérémonie religieuse, un peu plus que la simple déclaration à la mairie. Ils désespéraient, et finalement ont trouvé une étudiante en théologie israélienne, qui a accepté de les bénir en hébreu.

Ce fut difficile à écrire... Autant l'oecuménisme je connais, je baigne dedans depuis l'enfance ; autant je fais mes premiers pas dans l'interreligieux. Je marche sur des oeufs, comment affirmer la foi chrétienne sans me mettre en porte-à-faux par rapport à la famille juive ? Finalement ça se fait : choisir un texte sur l'amour, parler de Dieu, garder un discours simple, bénir les futurs époux et leurs familles...

Joie d'Olivier et Audrey, qui m'ont adressé leurs remerciements à plusieurs reprises... Bonheur de les voir ensemble... Leur émotion était palpable, et leur désir d'une prière commune, enfin possible, laisse penser que l'Esprit était bien au rendez-vous !

lundi 19 juillet 2010

Quel Dieu ?

Sensations aigres-douces pour un week-end en campagne angevine... Joie d'un mariage, regret d'un engagement sans accompagnement religieux. Une union pour la vie, comptant sur la seule force morale des mariés, est-ce bien prudent ? Forme de courage de leur part sans doute, de ne pas céder aux générations antérieures et de ne pas faire célébrer une bénédiction qui leur aurait parue illusoire. Mais manque, vide pour l'entourage qui croit que Quelqu'un nous accompagne et ne peut nous laisser seuls, y compris dans ces engagements-là... Fête d'un couple qui s'engage, de deux familles qui apprendront à se connaître, d'une bande de gadz'arts trop heureux de voir leur pote "se caser". Fête en laissant Dieu à la porte ?

Après la fête et quelques heures de sommeil, pousser la porte d'une église de village. S'émerveiller du génie constructeur à la gloire de Dieu. Observer quelques minutes avant la messe, les têtes blanches mais aussi les enfants regroupés devant, attentifs ou joueurs, les musiciens s'accordant sur les derniers détails... Prier pour les jeunes mariés, pour qu'ils soient accompagnés, même s'ils n'en ont pas conscience... Se sentir libre dans cette maison de Dieu, ce choeur spacieux où l'Esprit peut prendre toute la place. Ouvrir son coeur, en admirant l'égard et la douceur du prêtre pour chacun, petit ou grand, concélébrant ou lecteur, habitué ou de passage, fidèle ou futur (petit) baptisé...

Retour à Paris où nous attend un autre mariage, la semaine prochaine... Et surprise ! On me demande d'y faire une bénédiction... Non officielle, elle ne sera pas prise en compte sur les registres, car le fiancé, un copain d'école, d'éducation chrétienne, va s'unir avec une demoiselle juive... C'est un honneur pour moi, une richesse de pouvoir ainsi me trouver au coeur de cette complexité culturelle ! Une responsabilité aussi : affirmer sa foi en Dieu dans le respect de l'autre, parler de l'universalité d'un message sans choquer le peuple élu...