vendredi 15 juillet 2016

Triste communion

Il y a quelques jours, j'entendais les nouvelles annonçant un attentat à Istanbul. La violence montant en Turquie. Je pensais à cette amie rencontrée il y a des années, alors que je commençais tout à la fois mes études et ma vie d'adulte s'ouvrant au monde... Nous avions eu des tas de discussions, sur nos cultures, nos religions, la laïcité, l'intérêt pour les autres. Elle me racontait son souhait de finir ses études de médecine en France, pratiquer peut-être quelque temps, puis retourner chez elle, à Istanbul, pour transmettre et faire grandir son pays, là-bas, ce pays qu'elle aimait profondément. J'aimais les petites étoiles dans ses yeux et son sourire un peu énigmatique quand elle nous parlait de sa famille... Alors l'actualité m'a rappelé cette amie... Nous avons perdu contact, au fil des années.

Je me demandais ce qu'elle était devenue. J'ai commencé à écrire ce billet, avec ce titre. Parce que je trouvais un peu dommage de me souvenir d'elle à ce moment-là.

Et puis il y a eu le décès de mon grand-père. Rien à voir, me direz-vous. Il est mort à 98 ans, dans son lit. Oui mais la famille s'est trouvée, momentanément, plus unie que jamais. Comme si la perte rapprochait, inexorablement.

Hier soir, un homme a pris le volant d'un camion, à Nice. Peu importent ses motivations. Il s'est cru dans un jeu vidéo peut-être, ou il a perdu toute conscience. Il a joué aux quilles. Sauf que c'était avec des vraies personnes. Quatre-vingt-quatre. Hommes, femmes, enfants, de toutes religions, de toutes couleurs, des êtres humains comme vous et moi.

Cela fait dix-huit mois que la haine explose, un peu partout, en actes aveugles. Non, la France n'est pas la seule touchée, bien sûr il y a plein d'autres drames, bien sûr il faut lutter pour tout cela. En attendant, nous sommes tous unis, dans cette triste communion.

Et maintenant ? Je ne crois pas à la force des armes. Je crois en l'éducation et en l'amour. Et je voudrais que Paul ait raison : "Là où le péché abonde, la grâce surabonde" (Romains 5, 20)...

dimanche 31 juillet 2011

Déculturation ?

Des tenues resplendissantes, une assistance attentive autant qu'émerveillée, une jeune femme reine du jour entrant au bras de son père... Des lectures, un échange de consentements, les jeunes mariés prenant la parole, un discours de l'officiant... Mariage "classique" à l'église ? Mariage, oui ; mais d'Eglise, point. Frustration, coquille vide, manque... J'ai du mal à exprimer mon malaise face à ce que j'ai vécu hier.

Certains diront que je suis peut-être "vieux jeu". Sans doute. Je ne sais pas, j'ai du mal à me réjouir, j'ai du mal à comprendre qu'on puisse s'engager à ce point pour la vie, sans s'en remettre à quelque chose d'un peu plus solide que la simple parole humaine... Je peux comprendre une foi différente, des doutes, un questionnement... Mais qu'il n'y ait rien, sans que ce vide ne pose question, ça me dépasse. ou alors... Feront-ils comme l'un de mes amis, qui a demandé un "baptême républicain" pour sa fille ? Mais cet ami reconnaît au minimum une influence judéo-chrétienne sur les traditions qu'il reconnaît appliquer... Alors que là, rien, rien d'autre que "l'amour"... Mais quel amour ? Charnel ? Temporel ?

Par ailleurs, suite aux discussions avec mes amis indiens, dans lesquels le mariage prend une grande place car nos traditions et nos sociétés sont construites très différemment, viennent d'autres questions... Quelles sont les bases d'une telle union ? Qu'est ce qui la fera vivre à long terme ? En Inde, pour diverses raisons le divorce n'existe pas ; en France, statistiquement un mariage sur trois est touché par une séparation...

Cette union me fait également revenir sur celle de deux amis indiens, ou plutôt l'une indienne et l'autre français, naturalisé, de parents indiens. C'était il y a un an, et si les costumes des mariés étaient différents, correspondant aux costumes traditionnels indiens, le déroulement a été le même. Rien de plus, pas de traditions indiennes, pas plus de traditions françaises reprises, voire "arrangées" à l'indienne, comme ils l'ont fait dans beaucoup de gestes de leur vie de tous les jours... A l'époque je m'étais demandé si c'était volontaire ou non, dans quelle mesure il leur avait été possible, ou non, de faire une cérémonie religieuse. Avant de me rendre compte que mon amie ne m'avait jamais parlé d'une religion quelconque, et plus tard de réaliser qu'une communauté hindoue parisienne existe bien et est particulièrement vivante. Là aussi, le choix était donc volontaire de ne pas donner d'aspect religieux. Pourquoi ? Comment est-ce possible ?

Qu'on ne se méprenne pas... Je ressens aussi un malaise quand des mariés s'unissent à l'église "pour avoir un beau mariage" ou "parce que ça se fait comme ça dans la famille"... Je ne demande pas que chaque mariage soit forcément religieux. Je me demande simplement comment on en est arrivé là, comment est-ce possible de ne pas se poser plus de question sur les fondamentaux de la vie ? Est-on forcément fou quand on choisit de suivre une religion ?

vendredi 15 juillet 2011

Dans l'eau et dans l'Esprit

Je n'en ai guère parlé dans ces pages, peut-être parce que je n'ai plus les mêmes motivations que pour notre aînée... Ou peut-être parce que cela m'est finalement plus simple. Mais passons. Dans quelques jours, c'est notre seconde fille, Marion, qui recevra le baptême.

Si Nathalie avait été baptisée à l'église, après la messe, c'est pendant un culte dominical, et avec[1] une présence conséquente des deux communautés, que Marion va recevoir le premier des sacrements. Nonobstant le commentaire entendu à plusieurs reprises[2], nous avons maintenu le choix du temple pour différentes raisons.

Aujourd'hui, la préparation d'un baptême, en particulier d'un baptême d'enfant, doit grandement gérer les sensibilités de chacun. Croyant, un peu, beaucoup ou pas du tout, les parents ont leurs raisons de demander ce sacrement pour leur enfant. Aux Eglises de savoir réexpliquer la valeur du sacrement, la grâce infinie de Dieu, l'entrée dans une communauté qui s'efforcera d'être accueillante, toujours... Mais les prêtres et pasteurs, et les membres des équipes de préparation qui passent par ici pourraient en témoigner bien mieux que moi.

Quand se rajoute la composante oecuménique, ça se corse encore un petit peu. Non seulement il faut arriver à dire ce qu'on souhaite, nous les parents, mais en plus il faut l'expliquer à au moins deux interlocuteurs (un prêtre et un pasteur), avec nos mots maladroits, dire notre symbolique du sacrement, tous les espoirs que l'on y place, la valeur que ce geste prend pour nous, pourquoi notre foi, nos engagements nous poussent à demander le baptême pour notre fille.

Alors, c'est peut-être un peu compliqué, tout ça. Et oui, je sais, ça fait beaucoup de "peut-être" en quelques lignes. Une chose est sûre... C'est que plus que jamais je veux dire, chanter, crier, argumenter, et redire encore : je crois en Dieu, Père, Fils et Esprit, un Dieu unique, universel, amour pour tous et chacun... et c'est cette foi que je veux transmettre à mes filles !

Et dans quelques jours, j'espère que la fête sera au rendez-vous, que vous vous unirez à nous, à la grande joie de voir Marion accueillie elle aussi dans la maison de notre Père !

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Notes

[1] Je l'espère !

[2] "Et si un troisième naît un jour, vous le ferez baptiser à l'église orthodoxe ?"

dimanche 26 décembre 2010

En famille

Noël est déjà hier, des morceaux de papier cadeau et des chocolats traînent encore çà et là... Et c'est déjà dimanche... Retour dans le temps (presque) ordinaire, fête de la Sainte Famille... Ou comment partager ensemble la grâce de l'Incarnation...

Crèche

Temps de grâce, temps de méditation, temps d'humilité... Qui sommes-nous, pour que Dieu prenne ainsi soin de nous ? "Qu'est l'homme, pour que tu penses à lui ?"[1]

Temps de louange, de reconnaissance, de joie, d'amour partagé, de chaleur intérieure quand les températures extérieures tombent sous zéro...

Temps de calme et d'adoration... finalement, sil "n'y avait plus de place à l'auberge", c'était peut-être pas plus mal ? Une famille naissante, qui se construit, loin de l'agitation et du bruit d'un hébergement comble...

Temps d'aujourd'hui, joies et peines des familles... Familles unies, mais aussi familles "monoparentales" comme on dit, familles recomposées où l'on essaie de bâtir du neuf par delà les déchirures... Prier pour que nous soyons toujours en mesure d'écouter l'Esprit, au cœur de nos familles ; apaiser les divisions, comprendre chacun ; accueillir la grâce d'un pardon ; partager, toujours, la joie des plus petits.

Notes

[1] Psaume 8, 5

vendredi 05 novembre 2010

Au coeur de l'Atlas

J'allais voir en en ayant déjà entendu parler. Beaucoup. En bien, en moins bien, par des gens de milieux et de spiritualités différentes. J'entrais dans la salle comme on entre dans une église ou un temple inconnu, ouvrant grand mes sens et mon esprit pour accueillir l'Esprit.

Les scènes se succèdent. Des images, très peu de son. Des regards, des expressions, de la contemplation, bien plus que des mots. A contrario des blockbusters qui jouent avec les sons sursaturés, au début on se demande si les hauts-parleurs de la salle fonctionnent...

Juxtaposition. De deux mondes. Chrétien et musulman, village et monastère, travail et prière, sacré et profane, solitude et communauté, en habit et en civil, Dieu et les hommes... Les moines font le lien. Et nous découvrons avec eux que ce lien est inextricable, que leur vie, leur don, leur amour sont tellement entremêlés à "tout ça", tout ce qu'on a vu précédemment, qu'il leur est impossible de s'en détacher...

Malgré la peur. Cette trouille insondable qui atteint son paroxysme chez Frère Christophe, cette terreur devant l'horreur possible, puis de plus en plus probable... Loin d'une fanfaronnade, d'une volonté de finir en martyr, c'est déchirés entre l'Amour et la peur qu'ils finissent par décider de rester. Unanimement. Même Christophe.

Lorsque l'écran s'obscurcit, je ne peux m'empêcher de prier. Ou plutôt, continuer à prier, avec eux, même disparus. Comme pour garder un fil, un espoir, si ténu fût-il... Même s'il reste la question, perpétuelle : pourquoi tout ce mal ? Et surtout, comment y répondre ?

lundi 26 juillet 2010

Seigneur, Adonaï, bénis-les...

Olivier est un bon ami. Nous nous sommes rencontrés, étudiants, et nous avons gardé le contact, toute notre bande de copains, même si la vie avance, les bébés font leur apparition, certains s'en vont, renforçant s'il était besoin les liens de ceux qui restent... Alsacien, il a reçu une éducation chrétienne, balloté entre catholicisme et protestantisme. Prudent, il ne s'enthousiasme pas facilement, prépare et organise tout, ne laisse rien au hasard. Il est lucide, minutieux, attentionné, sans illusions. En vacances, un jour, il est tombé amoureux sans s'en rendre compte. Il a hésité, nous a même demandé notre avis, toujours prudent ; et puis il a laissé parler son coeur.

Audrey est une jeune femme enjouée, sensible, avec ce côté enfantin qui a parfois le don d'exaspérer : on aimerait lui faire comprendre que nous ne sommes pas les élèves de sa classe de maternelle... Née dans une famille juive sépharade, elle met peu les pieds à la synagogue mais est attachée aux traditions. Elle aime la joie, les bandes de copains et les réunions de famille... et préparer des tas de desserts avec une profusion de rose(s) et de coeur(s). Elle a cru tomber amoureuse, plusieurs fois, et a fini par craquer "pour de vrai".

Audrey apporte à Olivier la touche de fantaisie qui lui manque, Olivier donne à Audrey la stabilité de quelqu'un qui garde les pieds sur terre. Ces deux-là sont heureux, ça se voit ; même s'ils ont eu du mal à se trouver, ils fonctionnent plutôt bien ensemble. Aujourd'hui, ils s'engagent, pour la vie... et ils m'ont demandé une bénédiction... Préparant leur mariage depuis plus d'un an, ils avaient cherché à avoir une cérémonie religieuse, un peu plus que la simple déclaration à la mairie. Ils désespéraient, et finalement ont trouvé une étudiante en théologie israélienne, qui a accepté de les bénir en hébreu.

Ce fut difficile à écrire... Autant l'oecuménisme je connais, je baigne dedans depuis l'enfance ; autant je fais mes premiers pas dans l'interreligieux. Je marche sur des oeufs, comment affirmer la foi chrétienne sans me mettre en porte-à-faux par rapport à la famille juive ? Finalement ça se fait : choisir un texte sur l'amour, parler de Dieu, garder un discours simple, bénir les futurs époux et leurs familles...

Joie d'Olivier et Audrey, qui m'ont adressé leurs remerciements à plusieurs reprises... Bonheur de les voir ensemble... Leur émotion était palpable, et leur désir d'une prière commune, enfin possible, laisse penser que l'Esprit était bien au rendez-vous !

lundi 19 juillet 2010

Quel Dieu ?

Sensations aigres-douces pour un week-end en campagne angevine... Joie d'un mariage, regret d'un engagement sans accompagnement religieux. Une union pour la vie, comptant sur la seule force morale des mariés, est-ce bien prudent ? Forme de courage de leur part sans doute, de ne pas céder aux générations antérieures et de ne pas faire célébrer une bénédiction qui leur aurait parue illusoire. Mais manque, vide pour l'entourage qui croit que Quelqu'un nous accompagne et ne peut nous laisser seuls, y compris dans ces engagements-là... Fête d'un couple qui s'engage, de deux familles qui apprendront à se connaître, d'une bande de gadz'arts trop heureux de voir leur pote "se caser". Fête en laissant Dieu à la porte ?

Après la fête et quelques heures de sommeil, pousser la porte d'une église de village. S'émerveiller du génie constructeur à la gloire de Dieu. Observer quelques minutes avant la messe, les têtes blanches mais aussi les enfants regroupés devant, attentifs ou joueurs, les musiciens s'accordant sur les derniers détails... Prier pour les jeunes mariés, pour qu'ils soient accompagnés, même s'ils n'en ont pas conscience... Se sentir libre dans cette maison de Dieu, ce choeur spacieux où l'Esprit peut prendre toute la place. Ouvrir son coeur, en admirant l'égard et la douceur du prêtre pour chacun, petit ou grand, concélébrant ou lecteur, habitué ou de passage, fidèle ou futur (petit) baptisé...

Retour à Paris où nous attend un autre mariage, la semaine prochaine... Et surprise ! On me demande d'y faire une bénédiction... Non officielle, elle ne sera pas prise en compte sur les registres, car le fiancé, un copain d'école, d'éducation chrétienne, va s'unir avec une demoiselle juive... C'est un honneur pour moi, une richesse de pouvoir ainsi me trouver au coeur de cette complexité culturelle ! Une responsabilité aussi : affirmer sa foi en Dieu dans le respect de l'autre, parler de l'universalité d'un message sans choquer le peuple élu...

mercredi 14 juillet 2010

Familles, je vous haime

Famille aimée, famille haïe...
Famille qui comprend trop bien... Famille qui ne comprend rien ?

Evolutions, amour, rejet, jalousies, dialogue de sourds, déchéance, faux procès et vrais pardons, quiproquos et guerres rangées... Une famille est un microcosme, une société en miniature où les lois ne sont écrites nulle part, où le prix de chaque chose, de chaque relation, de chaque souvenir se compte davantage en émotions qu'en argent comptant. Enfin, en apparence... La mémoire est l'outil essentiel, le temps est tantôt le meilleur ami, tantôt un ennemi...

Difficultés de familles dissemblables, réunies par un mariage... Cultures et milieux différents, coutumes différentes ; ce qui paraît évident n'est pas exprimé, mais n'est précisément pas si évident pour un interlocuteur étranger aux traditions familiales ! Et quand il s'agit de religion... Confessions différentes, l'histoire familiale rejoint l'Histoire. De génération en génération, les relations entre Eglises, entre fidèles, entre fidèles et leurs Eglises évoluent. Mais parfois les rancoeurs restent. Et les générations "mixtes" comme la mienne doivent lutter contre les préjugés. Comment expliquer à Mamie (catholique) que si l'on a fait une confirmation protestante, on ne croit pas pour autant que son pélerinage à Lourdes ne vaut rien ? Comment dire à Maman (protestante) que si, si, il y a encore aujourd'hui des hommes qui pensent à la prêtrise et que non, ce n'est pas forcément complètement facho, pas plus que le Pape ?

"Qui est ma mère, qui sont mes frères ?" disait Jésus (Marc 3, 33 ; Matthieu 12, 48). Parfois je dirais bien la même chose. En ce moment, la question à la mode, c'est "fais-tu des études de théologie pour être pasteur?". Comment répondre ? Je crois que j'aimerais bien, oui. Mais comment avoir l'assurance d'un appel ? Comment dire que cette question n'a pas de réponse, en tout cas pas de réponse précise pour l'instant ? Et puis, cela suscite de tels émois... Je comprends la solitude et l'hésitation de jeunes hommes qui souhaitent s'engager dans la prêtrise mais craignent la réaction de leur entourage... Amis, priez pour les vocations : pour que les familles aient le courage d'accepter les vocations parmi elles...

dimanche 04 juillet 2010

Acharnement

On se souvient (plus ou moins douloureusement) des "affaires" de prêtres pédophiles, les dossiers ressortis du formol, le besoin de mettre en cause des hauts dirigeants de l'Eglise catholique, jusqu'au Pape... Les prêtres s'étaient alors sentis attaqués en masse, car la généralisation et la théorie du complot étaient tellement présentes que tout geste, toute parole étaient passés au crible de la critique "bien-pensante".

On se remémore peut-être plus difficilement le cas de Liès H., cet homme qui a été, en plein "débat" sur l'identité nationale (ça veut dire quoi cette expression ??), le bouc émissaire du gouvernement et de Brice Hortefeux en particulier. Qu'avait-il fait ? Sa femme se déplaçait voilée des pieds à la tête... Mon Dieu quelle horreur ! Et comme ça ne suffisait pas, on s'est acharné à trouver tout et n'importe quoi, en niant le concept (utopique ?) de présomption d'innocence, depuis la fraude aux allocs jusqu'à l'exploitation de travailleurs irréguliers, en passant par la polygamie... Il fallait une punition exemplaire, je ne sais pas moi, le déchoir de sa nationalité française par exemple ! Et si on laissait faire la justice ? Il y a des enquêteurs, il y a des punitions prévues pour toutes les infractions qui lui sont reprochées...

Véronique Courjault a également eu droit au haro sur sa personne, en particulier lors de sa sortie de prison. Quoi ? Cette femme qui a tué froidement trois de ses bébés, un vrai danger public, "déjà" sortie de prison !! Eh oui. Elle a fait de la préventive, elle a purgé sa peine. Laissez-la donc se reconstruire ! Vous voulez des scoops en sortie de prison ? Suivez donc des prisonniers anonymes, ceux qui ne sont pas passés à la télé, voyez comme ils peinent à se réinsérer...

Aujourd'hui, c'est Liliane Bettencourt qui est à l'affiche. Cette femme, fortunée, riche héritière et en bisbille avec sa fille, est le prétexte pour toutes les critiques. Rendez-vous compte : elle a honteusement profité du bouclier fiscal, qui était justement mis en place pour des gens comme elle ! Cherchez l'erreur... Vous auriez fait quoi à sa place ?

Je pourrais aussi citer Jérôme Kerviel, ou d'autres noms devenus célèbres à force de médiatisation. Bref. Et l'amour dans tout ça ? L'amour du prochain, où est-il ? Ou bien, sans même parler de valeurs chrétiennes, la présomption d'innocence, le respect de la personne, où sont-ils passés ? Un certain Jésus, un temps, a parlé de paille et de poutre (Matthieu 7, 3-5 ; Luc 6, 41-42... On devrait peut-être en prendre de la graine.

samedi 21 novembre 2009

Temps de repos

D'abord l'eucharistie. Messe de la semaine, messe dite "basse", sans chants mais avec toujours autant de ferveur, autant d'actions de grâce (la signification du mot eucharistie en grec). Moins de monde, cérémonie plus "intime", on distingue la voix de chacun dans les réponds, celle chevrotante de la fidèle ancienne, celle de basse tonitruante du jeune père de famille, celle toute timide de la nouvelle paroissienne qui vient pour la première fois...

Puis le silence... habité. Sa présence à l'autel, les chuchotements du prêtre qui donne le sacrement de réconciliation, les bruits qui arrivent filtrés de l'extérieur... Il n'y a plus personne, seulement une présence, quelque chose d'indéfinissable... Temps donné, temps d'apaisement, d'ouverture, temps d'abandon, de confiance. Laisser de côté ses protections, ses peurs, se laisser imprégner de l'amour dispensé largement.

Et puis repartir. Pour un week-end, une semaine... Retrouver sa famille, ses proches, ses collègues, profiter de ce temps pour soi pour mieux se donner aux autres... Essayer de faire mieux à chaque fois ! Même si ce n'est pas facile, même si Dieu est exigeant. N'est-ce pas l'exigence qui fait la beauté de cet Amour là ?

dimanche 04 octobre 2009

L'art oratoire et celui d'élision

Ils sont forts, ces prédicateurs ! Donnez-leur les textes du jour, mettez-les devant un ambon ou sur une chaire, tentez-les un peu sur un point de dogmatique et de sociologie, et ils vous font un discours passionné à faire frémir la personne la plus endormie de l'assistance... Le tout en éludant allègrement un passage des textes pour mieux insister sur ce qui les intéresse.

Les textes du jour, aussi bien dans l'Eglise catholique que dans l'Eglise réformée, comprenaient l'évangile de Marc 10, 2-16 :

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation. »

Jésus répliqua : « C'est en raison de votre endurcissement qu'il a formulé cette loi. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! »

De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. »

On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

Aussi bien le prêtre que le pasteur ont passé sous silence le dernier passage, les versets 13 à 16, parlant des enfants. Tous les deux se sont focalisés sur l'histoire de couple, le piège tendu à Jésus par les Pharisiens, et dans lequel il est si facile de tomber à notre tour en cherchant à interpréter et actualiser la scène. Pourtant, à l'époque, quoi de plus insignifiant qu'un enfant ? Ce sont des éléments négligeables et négligés, ils ne sont pas écoutés, doivent se taire, laisser discuter les adultes...

Dans ce texte, davantage qu'une morale sur la vie de couple, Jésus s'intéresse aux plus petits, aux personnages méprisés de son époque : les femmes et les enfants. Les hommes vont à la synagogue, discutent des enseignements religieux, peuvent entrer dans le Temple à Jérusalem... Les disciples de Jésus ? Encore des hommes, qui repoussent les femmes lorsqu'elles veulent approcher, qui vont vérifier leurs dires lorsqu'elles rapportent la nouvelle du tombeau vide... De même, dans ce passage, est dit "on présentait" (verset 13). Qui est ce "on" qui veut approcher de Jésus ? Probablement des mères accompagnant leurs enfants... Elles ne valent pas la peine d'être reçues, les disciples veulent les écarter pour profiter de l'enseignement du Maître, ils sont sérieux, eux ! Ils me font penser au businessman du Petit Prince, qui n'arrête pas de répéter "Je suis sérieux, moi !"...

Alors, oui, mon Père, on peut justifier les positions de son Eglise sur le sacrement du mariage, sans jamais le citer. Faire une homélie en trois points sur le sommet particulièrement haut proposé par Dieu, le long et difficile chemin pour y parvenir, et la nécessité d'avancer en tenant compte de ceux deux paramètres, sans les fausser. Oui, on peut parler de la dernière encyclique du Pape, Caritas in veritate, en suggérant rien moins que la démarche de Dieu lui-même, de la miséricorde apportée pour supporter les exigences qu'Il nous donne. Mais que faites-vous des souffrances qu'endurent chaque jour ceux qui ont fait des erreurs, qui succombent à une situation intenable, et se trouvent de fait mis au ban d'une Eglise qui par ailleurs prône la protection des plus faibles ? Peuvent-ils encore espérer le pardon ?

Oui, cher pasteur, on peut à l'inverse justifier le divorce, en disant que la répudiation du temps de Jésus n'avait rien à voir avec le divorce d'aujourd'hui ; que c'était une histoire d'hommes et que les femmes n'avaient pas leur mot à dire, alors qu'aujourd'hui, trois divorces sur quatre sont demandés par des femmes ; qu'au lieu de tomber dans le piège des Pharisiens, Jésus leur répond en remettant un peu d'égalité entre homme et femme. On peut reprocher à l'Eglise catholique d'avoir fondé sa théologie du sacrement de mariage essentiellement sur ces quelques versets, alors qu'a priori, le mariage au temps de Jésus n'avait rien à voir avec ce qui s'est fait par la suite chez les chrétiens (encore que, en termes de mariages arrangés, de répudiation plus ou moins sévère, les histoires des nobles du Moyen Age et de la Renaissance ne devaient pas avoir beaucoup à envier au monde juif du temps de Jésus). On peut saluer le divorce comme une avancée, un droit à la vie pour les femmes victimes de violences conjugales. Mais alors, quelle valeur donner au mariage ? Quelle crédibilité donner à l'engagement promis, lorsqu'un couple s'unit devant Dieu ?

Et enfin, pour revenir aux quelques versets passés sous silence, quid des enfants ? Doivent-ils être les victimes d'un couple se disputant sans cesse, voire les prenant à partie ? Ou bien déchirés entre deux milieux, deux maisons, deux familles recomposées ? Ne doivent-ils pas être notre priorité ? En tant que plus petits, nous nous devons de les protéger, les aimer, prier pour pouvoir leur partager un peu de cet Amour immense auquel nous croyons... Ecouter aussi leur simplicité, leur naïveté, leur efficacité brutale parfois... Et si c'était eux qui nous donnaient les bonnes réponses ?

lundi 21 septembre 2009

Le Grand Kiff à la télé !

Ce dimanche 20 septembre, l'émission Présence protestante, sur France 2, a présenté un reportage sur le Grand Kiff.

Le Grand Kiff ? 1200 jeunes protestants, de tous horizons, réunis pendant cinq jours à Lyon, au mois de juillet, pour fêter l'Amour de Dieu pour le monde ! Ce fut cinq jours de fête, de chant, de louange, de réflexion, de jeu... autour de trois thèmes : Il te cherche, vis ta vie, le monde est à nous.

Le reportage est visible en ligne sur le site de France 2 (27 minutes), et il sera également possible de commander le DVD de l'émission.

samedi 12 septembre 2009

Voilà qui est rassurant...

Il y a deux jours, je lisais :

Dieu ne te demandera pas combien de livres tu as lus, combien de miracles tu as accomplis. Il te demandera si tu as fait de ton mieux, par l'amour de lui. Peux-tu dire en toute sincérité : « J'ai fait de mon mieux » ? Même si le mieux doit se révéler un échec, il doit être notre mieux. Si tu es réellement amoureux du Christ, aussi modeste que soit ton travail, il en sera mieux accompli, de tout coeur. Ton travail attestera ton amour. Tu peux t'épuiser au travail, tu peux même t'y tuer, mais tant qu'il n'est pas mêlé d'amour, il est inutile.
Soeur Teresa de Calcutta, No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997)

Et aujourd'hui :

Tout homme qui vient à moi, qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui bâtit une maison. Il a creusé très profond, et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l'inondation, le torrent s'est précipité sur cette maison, mais il n'a pas pu l'ébranler parce qu'elle était bien bâtie. Mais celui qui a écouté sans mettre en pratique ressemble à l'homme qui a bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s'est précipité sur elle, et aussitôt elle s'est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète.
Luc 6, 47-49

Alors, en ces temps où les médias nous parlent sans arrêt de crise financière, sociale, de pandémie, de réchauffement climatique, je trouve ces deux textes plutôt rassurants... L'évangile peut paraitre aussi dur que le roc dont il parle : ne pas mettre en pratique les enseignements de Jésus, c'est se condamner, se promettre soi-même à une destruction certaine. Et qui peut affirmer avec certitude avoir toujours suivi les paroles de Jésus ? Nous sommes tous pécheurs, indignes de défaire la courroie de ses sandales...

Oui, mais croire au Christ ressuscité nous donne une espérance formidable : tout pécheurs que nous soyons, Dieu nous a tellement aimé qu'il nous a envoyé son Fils, pour que nous soyons sauvés (voir Jean 3, 16) ! Alors, effectivement, la vie devient tout de suite plus simple : il suffit d'aimer Dieu, de lui faire confiance, et tout ce que nous ferons ne pourra que donner le meilleur de nous-mêmes...

Ne pas écouter nos craintes, faire de notre mieux en se confiant de tout notre coeur à l'Amour tout-puissant... C'est pas un beau programme, ça ?

dimanche 06 septembre 2009

Ouvre-toi !

Effata, "ouvre-toi", c'était les seules paroles de Jésus dans l'évangile d'aujourd'hui, tant à l'église qu'au temple (Marc 7, 31-37). En écho au texte d'Esaïe, "les yeux des aveugles verront clair, les oreilles des sourds entendront" (Esaïe 35, 5-7), Jésus soigne dans ce passage un homme sourd et presque muet. Comme pour se conformer au handicap de cet homme, Jésus pour le soigner prononce très peu de mots, il fait essentiellement des gestes.

Ouvre-toi ! C'est une invitation à ne pas rester sourd au quotidien. Jésus nous invite à ne pas devenir sourd, ne pas céder aux habitudes, ne pas s'endormir dans la routine ; au contraire, retrouvons notre faculté d'écoute, prenons garde à nos gestes empreints d'habitude... Réfléchissons un peu mieux aux raisons que nous avons de faire nos gestes journaliers. Le prêtre disait ce matin "comment s'habituer à entendre 'Ceci est mon corps, livré pour vous' ?"... J'ajouterai que si nous sommes attentifs, nous ne pouvons qu'adorer Dieu et louer son Amour, car notre condition humaine ne nous laisse pas imaginer l'acharnement avec lequel Dieu nous aime, malgré tous nos manquements, nos refus conscients ou non...

Ouvre-toi ! C'est une incitation à ne pas être chrétien tout seul. Chacun a sa façon de vivre sa foi. C'est un sentiment, des croyances, des convictions tellement profondes que pour beaucoup cela reste un tabou de parler de Dieu. Mais un chrétien ne peut pas rester isolé : s'ouvrir à la communauté, c'est aussi s'enrichir, prier pour les autres, avec les autres...

Ouvre-toi ! C'est une exhortation à montrer l'Amour de Dieu qui nous fait vivre, à nos parents, familles, amis, entourages personnel ou professionnel... Faire parler l'Esprit Saint, briser les frontières, les tabous, les barrières. Accueillir l'autre comme mon frère, passer par dessus les considérations sociales, les apparences ! Faire des efforts pour contrer les handicaps, tout ce qui met à l'écart...

En bref, une fois encore, les deux prédications étaient complémentaires... "Ouvre-toi", c'est autant vers l'extérieur que vers l'intérieur, autant pour ouvrir grand la porte de son coeur à l'Esprit de Dieu qui est en nous, que pour faire tomber les masques, ne pas craindre la contagion mais partager l'Amour de Dieu largement autour de nous. Vaste programme ! Voilà qui promet de larges horizons, de belles idées en perspective pour cette rentrée, de quoi se renouveler (merci Edmond !)...

dimanche 02 août 2009

Journal Kiff (8) - l'après kiff' - dimanche 26 juillet

J'ai profité de mon jour complémentaire de congé, vendredi, pour faire mon "rapport" à Françoise, ma pasteur. J'ai aussi abordé la question d'une possible vocation de pasteur, avec le principal frein qui se présente à moi : l'aspect financier, perdre ma situation d'ingénieur et le salaire qui va avec, pour reprendre des cours puis, si je suis pasteur, gagner une indemnité qui ne compensera pas mon train de vie actuel... Le chemin reste à explorer. J'ai peur, très peur. Mais plus j'avance et plus je me dis que c'est ce que je souhaite.

Ma tête et mon coeur sont encore au Grand Kiff... Ma tête s'obstine à répéter "donne-moi l'amour et la folie", "il attend que je réponde 'en toi je choisis la vie !'"... Mon coeur cherche l'apaisement de la prière, et comment trouver les paroles pour présenter cette certitude qui naît en moi : c'est servir que je veux, et pas comme bénévole pendant quelques jours, mais servir Dieu et les autres, à plein temps !

Ces quelques jours de week-end m'ont permis de reprendre, peu à peu, pied dans la réalité. Cependant je sais que la reprise du boulot, même pour une semaine, va être difficile. Comme lors de mon voyage au Cameroun il y a quelques années, j'ai l'impression d'avoir touché du doigt des valeurs essentielles. La sensation d'avoir ouvert une porte sur des mystères devenus indispensables à ma vie spirituelle, et un sentiment d'urgence à réorganiser les priorités de ma vie...

La priorité immédiate, c'est le baptême de ma fille, le 2 août. J'espère pouvoir lui transmettre l'importance de Dieu dans ma vie, et lui dire l'Amour incomparable qu'il nous porte... Même si elle ne le comprend pas tout de suite, elle sera accueillie parmi les Enfants de Dieu, et ça, ça compte beaucoup pour moi.

samedi 01 août 2009

Journal Kiff (7) - jeudi 23 juillet

"Toutes les bonnes choses ont une fin" : ce sera mon impression pour aujourd'hui. Dernier petit déjeuner en équipe ce matin, derniers retours de clés, derniers essais de retrouvailles des clés perdues, derniers paquetages incluant les restes de nourriture répartis entre les derniers membres de l'équipe... Derniers échanges de coordonnées, derniers bilans, dernier repas en décompressant au parc de la Tête d'Or de toute la course accumulée ces jours-ci...

C'est l'heure du retour. La salle est vide, toutes les tables sont sagement rangées dans un coin, la salle du staff a elle aussi été vidée de son contenu "kiffesque", la cuisine a repris son air sage. C'est acté : le Grand Kiff a disparu, il reste en nous, juste en nous. Des images plein la tête, des émotions plein les tripes, de Dieu en plein coeur... Anne-Laure nous a dit hier soir que ce rassemblement n'était pas un objectif en soi, mais bien une étape dans un cheminement plus long. A nous de faire vivre les fruits de ces quelques jours ! A nous de perpétuer, réinventer, encourager le "voyage au pays de la foi" initié au Kiff Spirit... A nous de susciter et entretenir les talents musicaux, théâtraux, scéniques, de nos jeunes !

Bien sûr, nous sommes envoyés chacun en mission. C'est juste un peu dur de faire atterrir la fusée du Grand Kiff... Les moteurs sont coupés, l'envolée kiffesque est terminée, il est temps de revenir dans la vraie vie... Si on m'avait dit que je serais aussi triste de rentrer, alors que j'ai passé le plus clair de mon temps au service, je ne l'aurais pas cru...

Le TGV entre en gare à Paris, cette fois c'est vraiment le retour à la vraie vie. On quitte les compagnons de voyage, avec qui on a partagé nos impressions de kiff, nos joies, nos attentes déçues, nos bonnes surprises... On retrouve les visages fermés des Parisiens qui rentrent du boulot, fatigués. Chacun prend le RER, le métro, le train, rentre chez lui.

Ce qui atténue la peine de perdre de vue tous ces nouveaux visages amis, c'est de se dire "à bientôt, à Strabourg !". Protestants en fête, à la Toussaint, promet d'être aussi une très belle rencontre... Oui, retrouvons-nous plus nombreux que jamais à Strasbourg ! A bientôt... dans les paroisses !

vendredi 31 juillet 2009

Journal Kiff (6) - mercredi 22 juillet

Le thème de la demi-journée qui restait, a résumé l'ensemble du Grand Kiff : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle." (Jean 3, 16)

Ce verset a été repris par Samuel, le pasteur, pour sa prédication au culte magistral de ce matin. Certains diront que c'était plus un spectacle qu'un culte, d'autres que c'est une forme de célébration qui convient mieux à des jeunes, bref. Après nous avoir signifié que le monde souffrait de plusieurs grands maux, il nous a dit que pour autant, ce monde que Dieu nous laissait n'était pas pourri. Ne pas céder à la peur, ne pas se replier dans son Eglise mais s'ouvrir vers le monde. "Il te cherche" : Dieu n'est pas qu'au temple ou à l'église, mais présent à nos côtés, il veut notre coopération. "Vis ta vie" : sois toi-même, avec tes défauts, tes qualités, tes talents, tes compétences, et vis pleinement ta vie, n'essaie pas de rêver celle du voisin... "Le monde est à nous" : ce monde, Dieu l'a créé pour nous, pour que nous puissions y évoluer, nous y épanouir, à nous de savoir le gérer.

J'ai beaucoup apprécié ce culte, même si l'aspect spectacle était un peu trop présent à mon goût (mais je ne fais plus tout à fait partie de la cible...). J'ai particulièrement aimé que l'équipe d'organisation nous demande, à nous bénévoles, de distribuer la Sainte Cène. Pour moi, c'était un moment très fort, où chacun pouvait participer concrètement à l'Amour du Christ donné pour nous. Cela représentait vraiment la digne conclusion de ce rassemblement.

Après avoir fait partir tous les jeunes ou presque, et avoir appris que des clés de chambre se trouvaient maintenant à Montpellier, en Normandie ou ailleurs encore, nous avons vidé la salle de l'ensemble des installations du Grand Kiff... Rideaux, bureaux, tables, étagères, projecteurs, scènes ; tout avait disparu ce soir. Les fournitures de papeterie supplémentaires ont été réparties entre les paroisses des bénévoles (j'ai fait un paquet qui devrait être apprécié par les louveteaux et/ou les enfants de l'école biblique).

L'équipe de bénévoles a fini sa journée autour d'un bon repas préparé par nos soins, rassemblant toutes les provisions restantes dans les locaux du staff. Ce repas a fait office de bilan, où chacun a dit d'où il/elle venait, et a partagé sa vision du rassemblement, ses attentes pour le futur... Cela m'a permis de mieux comprendre les tenants et aboutissants de ces quelques jours, le rôle de chacun, les enjeux...

A la joie d'avoir vu l'heureuse conclusion d'un bel événement, se mêle la tristesse de quitter déjà les personnes que je commençais à connaître et apprécier. Cinq jours au service de plus d'un milliers de jeunes, ça laisse des traces...

jeudi 30 juillet 2009

Journal Kiff (5) - mardi 21 juillet

Aujourd'hui encore, de belles rencontres, même si je n'ai pas vraiment eu le temps de profiter des activités du rassemblement. En venant ici, je ne m'attendais pas à vivre la fête à plein temps, mais je ne pensais pas non plus que je n'aurais même pas le loisir de participer au culte de la journée... Heureusement que d'autres ont pu y assister, et me raconter la prédication sur le texte du jour : avoir les armes pour proclamer la Bonne Nouvelle (Ephésiens 6, 10-18). J'ai hérité, sur les petites cartes illustrées qui nous étaient distribuées, du casque du salut...

Le thème du jour était "le monde est à nous", avec le point d'orgue sur les deux thèmes de la solidarité et de l'écologie. Deux villages étaient organisés : le village des solidarités, qui regroupait beaucoup d'associations confessionnelles ; et le village de la Terre, où étaient invités un certain nombre de professionnels de l'écologie et du développement durable.

Le village des solidarités permettait de se sensibiliser à différents types de vulnérabilités, de publics en souffrance : handicapés, prisonniers d'opinion (religieuse), personnes âgées, malades du SIDA ou séropositifs, milieux pauvres, personnes exilées et/ou demandant asile... Toutes les associations présentes ont mis l'accent sur la valeur des relations humaines, l'importance de considérer l'autre comme son égal. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Le village de la Terre, organisé par les scouts unionistes, mettait l'accent sur l'écologie et la nécessité d'adapter nos activités pour éviter de mettre en péril la création que Dieu nous a donnée... Camps écolos, maison durable, promotion du tramway suspendu, recyclage des déchets, autant de preuves d'imagination de ce qu'il est possible de développer pour maintenir notre habitat, notre maison, le don qui nous a été fait.

La vie d'organisateur n'est pas chose facile... En début d'après-midi, après avoir passé la matinée à gérer des soucis d'hébergement et de clés (retrouver les portes de trois clés orphelines, par exemple), la toubib m'a trouvé un air fatigué, et m'a ordonné de faire une sieste... Puis c'était reparti sur les chapeaux de roues : organiser le retour des clés pour le départ de demain, trouver des renforts, afficher les consignes, s'assurer que tout le monde sera à l'heure à son poste...

Lorsqu'enfin j'ai pu souffler, c'est pour sentir les questions revenir en force dans ma tête... Je fais des lapsus révélateurs : "Pasteur, pourquoi pas ?" devient "Pourquoi pas moi ?" et le sous-titre des clips diffusés dans le rassemblement, "Pasteur, un métier qui a du sens" est devenu dans mes pensées "donner du sens à ma vie"...

Cet après-midi, avant de m'endormir, j'ai voulu entrer en prière. J'ai demandé à Dieu "Montre-moi le chemin... C'est vraiment ce que tu attends de moi ?" puis j'ai pensé "A quoi ça sert que tu me montres le chemin, si je persiste à ne pas ouvrir les yeux ?". Comment savoir si je suis dans une impasse ou si j'ai juste mis mes mains devant mes yeux pour éviter de voir quelque chose qui m'effraie ?

Demain, c'est déjà la fin du rassemblement. C'est passé très vite, c'était très fort, très vivant... Je crois que j'aurai quelques regrets. Mais ils passeront sûrement vite : il faudra tout ranger avant de partir nous-mêmes !

mercredi 29 juillet 2009

Journal Kiff (4) - lundi 20 juillet

Comme recommandé par le toubib, qui a vu que je veillais au service jusqu'à plus d'une heure du matin, j'ai dormi plus tard ce matin, et je n'ai déjeuné que vers 9h. Cela m'a permis de voir une autre phase du petit déjeuner, et de constater l'état comateux d'une certain nombre de jeunes... La boîte de nuit ne sera pas reconduite ce soir, pour éviter d'aggraver l'état de fatigue des participants.

Après avoir passé une bonne heure à l'accueil, à résoudre les différents problèmes survenus pendant la nuit ou au petit matin, j'ai (enfin !) eu l'occasion d'embarquer pour le "voyage au pays de la foi". C'est une très belle possibilité de cheminer aux côtés de Dieu, d'explorer différentes facettes de sa foi. Le parcours propose douze étapes, et autant d'occasions de prier, réfléchir, ouvrir son esprit. Un ou plusieurs gestes symboliques sont associés à chaque étape, et cela m'a vraiment permis d'entrer dans la démarche décrite à chaque pas... Cette plongée dans la prière est vraiment très réussie. D'ailleurs, j'ai entendu plusieurs pasteurs ou "apprentis" parler de copier ou faire venir cet atelier dans leur paroisse...

Et puis, il y a cette question qui revient, toujours. Elle est inscrite en gros sur le panneau, sous la télé qui passe en boucle des témoignages de pasteurs et étudiants en théologie : "Pasteur, pourquoi pas ?". Ce n'est sûrement pas un hasard si je veux écouter ces témoignages chaque fois que je passe devant. Ce n'est sûrement pas une coïncidence si j'ai accueilli à l'hébergement une des représentantes de l'Institut Protestant de Théologie (IPT)... Et ce ne doit pas être par hasard si j'ai pu suivre l'intégralité du culte ce matin, avec les interventions d'une chanteuse et d'un pasteur qui témoignaient de leur parcours, dans le thème "Vis ta vie !". Alors ? Je n'ai pas encore de réponse à donner. Sans doute faudrait-il que je prenne un temps, une pause, pour discerner, prier, réfléchir. J'aimerais rencontrer d'autres pasteurs, qui auraient eu une vocation "sur le tard".

Cet après-midi, les jeunes ont travaillé à la création d'oeuvres, autour du thème du Grand Kiff ("Dieu aime le monde") et de "Vis ta vie". Ces oeuvres pouvaient être plastiques : fresques, sculptures, modelages, affiches ; ou bien audiovisuelles : chants, danses, comédies musicales, mimes... Et ce soir, ils ont exposé, de façon "musée" ou sur scène, l'ensemble de leurs talents.

Pendant ce temps, je réglais des problèmes de... papier toilette, de chambres pour les nouveaux arrivants... Et en fin de soirée, nous avons dû intervenir en urgence sur un groupe de jeunes qui avaient décidé de faire la fête dans leurs chambres plutôt que dans la salle, avec des boissons alcoolisées plutôt qu'avec de la musique et des chants... J'en profite pour remercier mes compagnons des équipes de service, qui font vraiment tout pour que ce rassemblement se passe bien, que les soucis qui se posent soient réglés au plus vite, et que les débordements pénalisent le rassemblement le moins possible.

Sur ce, demain, "le monde est à nous" ! Oui, mais d'ici là, il faut dormir pour être en forme. Je termine ma journée comme je l'ai commencée, en me mettant en communion avec le Seigneur par le biais du chapelet. Oui, je sais, ça paraît peut-être contradictoire, mais pour moi c'est juste une complémentarité... Bonne nuit !

mardi 28 juillet 2009

Journal Kiff (3) - dimanche 19 juillet

"Il te cherche", premier thème d'approfondissement du rassemblement... Cette thématique sera exploitée toute la journée, depuis les ateliers bibliques du matin au rallye dans Lyon de l'après midi, en passant par le culte en séance plénière. C'est un thème qui me rend perplexe : pour moi, la phrase est "inversée"... Je suppose que c'est volontairement dérangeant : pourquoi Dieu nous chercherait-il, alors qu'il est infiniment plus puissant, plus grand, fort, miséricordieux que nous ? Aurait-il besoin de nous ? Quel intérêt pourrait-il avoir à nous chercher ?

En fait, le but est atteint, lorsqu'on se rend compte (et j'espère que cela aura été le cas de nombreux jeunes) que c'est là un des mystères de l'immense Amour de Dieu : Dieu n'a pas besoin de nous. S'il nous cherche, c'est pour notre bien à nous ! C'est parce qu'il nous aime tellement qu'il ne veut que notre bien... Alors, oui. Dieu me cherche, chaque fois que je m'éloigne de lui. Et c'est ça qui peut me donner une force incroyable ; c'est cet amour inconditionnel qui fait la force des chrétiens !!

Ce matin, je n'ai pas pu profiter des ateliers ZeBible, reliant textes bibliques et oeuvres d'art... J'ai complété l'équipe de l'accueil, pour continuer à donner des hébergements pour des arrivants retardataires... Frustration passagère ; mais après tout, je suis là pour servir ! J'ai quand même pris un moment pour moi, pour assister au culte. J'ai besoin de moments de calme, de méditation, de prière...

Cet après-midi, j'ai rejoint une équipe pour le grand jeu à la découverte de Lyon. J'ai bien aimé visiter un peu la ville, même de manière un peu atypique, ça donne envie de revenir y passer quelques jours...

Et ce soir, pendant que deux films sont diffusés (c'est la soirée "Nuit du cinéma"), je suis de service au centre d'accueil (le "central kiff"), de nouveau. Le nombre d'interventions du médecin me surprend : après une crise de spasmophilie pendant le dîner, c'est deux jeunes qui sont ramenés à l'infirmerie, inconscients... Ils repartent bien vite se coucher, après ce qui n'était qu'un malaise vagal... Mais l'état de fatigue physique est là : soleil, émotions, hypoglycémie, fatigue accumulée se conjuguent, et les corps craquent. Le programme organisé n'aide pas à se reposer : après les films, deux scènes restent ouvertes pour chanter, jouer de la musique, danser, jusqu'à plus d'une heure du matin. Même à bout, la plupart des jeunes souhaitent rester... On est un peu éloignés de la paix du Seigneur à ce moment-là...

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