Tigreek

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mardi 26 janvier 2010

Prier pour l'Unité ?

Hier se terminait la semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens. Rendez-vous devenu annuel, mis en place progressivement depuis 1908, et avec de plus en plus de réflexions menées autour de textes communs, cette semaine est devenue un moment particulièrement propice à l'organisation de célébrations rapprochant les différentes confessions chrétiennes.

Cette semaine me laisse un sentiment un peu mitigé.

Dans chaque communauté, chaque paroisse, on en parle, chacun essaie de rencontrer les autres... Bien sûr, des célébrations spécifiques sont organisées, pendant la semaine, de part et d'autre, des rencontres, des débats, des conférences ! J'ai aussi la joie de voir que les foyers "mixtes", inter-confessionnels, peuvent à cette occasion témoigner de leur vie, de leur expérience, de la richesse que peut créer l'apprivoisement mutuel de deux personnes d'univers différents. Certains réalisent la foi des autres, ouvrent les yeux sur une manière de prier qui ne leur est pas familière...

Mais... tout cela reste anecdotique à mon sens. Ce sont des célébrations faites "au plus arrangeant", des manifestations qui ne heurtent personne, une séance de prière ensemble, un débat... Tout ça en semaine, avec un public d'initiés, de gens déjà acquis à la cause, ou un minimum sensibilisés à l'oecuménisme. Pourquoi ne pas intégrer notre prière commune dans nos "sentiers battus" liturgiques ? Pourquoi passer sous silence, à la messe ou au culte du dimanche, ce désir d'unité ? Si nous le voulions vraiment, ce pourrait être possible ! Cela obligerait à vraiment nous concentrer sur le fond de notre foi, pas sur les apparences. Cela nous permettrait également de montrer au plus grand nombre l'accueil de nos frères d'autres confessions !

Je rêve d'un dimanche... où il y aurait une seule célébration, plutôt qu'une messe et un culte aux deux bouts de la rue. Une belle fête de l'unité. A la même heure. Tous ensemble. Pour chambouler un peu nos petites habitudes trop bien ancrées, chacun dans son lieu de culte familier. Pour montrer que nous pouvons faire autre chose que nous chamailler sur les points dogmatiques concernant la virginité de Marie, par exemple... Et si cette fête, c'était Pâques 2010 ?

dimanche 24 janvier 2010

... détresse à ma porte.

Robert faisait partie de l'administration, lorsque le Zaïre ne s'appelait pas encore République Démocratique (!) du Congo. Il gagnait plutôt bien sa vie, et avait mis en place une formation pour hôtesses de l'air et stewarts, une des rares du pays. Oui, mais voilà : il faisait partie du régime mis en place sous Mobutu. Lorsque celui-ci a été destitué, Robert a été emprisonné, torturé pour qu'il dise où se trouvait la fortune amassée par l'ancien dictateur. Comment pouvait-il le savoir ? Un jour, il ne sait comment, il a réussi à s'échapper de sa prison. De là, il parvint à s'embarquer pour la France, où il demanda l'asile. Seul. Plus de femme, d'enfant, impossible d'avoir des nouvelles. Depuis, selon toutes probabilités et le peu d'informations qu'il peut glaner, sa femme est décédée, certains de ses enfants ont pu s'installer. Le peu de revenu qu'il touche, il le partage avec ceux dont il a gardé contact "au pays" ; pour vivre, lui se contente d'une toute petite chambre de moins de 10m² dans un foyer.

Alors, il y a une semaine, quand Robert a eu un malaise, c'est la goutte qui a fait déborder le vase. Le malaise, ce n'est pas très grave ; le problème, c'est qu'il se trouvait dans un escalator. Une mauvaise chute qui lui a fracassé la mâchoire. Évidemment, il n'a pas de Sécurité Sociale. Jusqu'il y a quelque temps, il bénéficiait de la CMU ; ce n'est plus le cas depuis qu'il a l'âge d'être en retraite : changement de statut, difficultés administratives, problème de traitement du dossier par l'assistante sociale... Par trois fois, il a été opéré ; il n'ose plus se montrer en communauté, car il est défiguré. La souffrance, les complications administratives, ses conditions de vie, tout cela lui sape grandement le moral. Que faire ? La paroisse mobilise ses compétences, mais cela prend du temps, et les solutions sont loin d'être faciles à trouver...

Je ne connaissais pas beaucoup plus Jean-Paul que je ne connais Robert. Cela faisait plus de trente ans qu'il était dans la paroisse réformée, alors que je ne suis là que depuis dix-huit mois... Comme beaucoup d'hommes, il était plutôt secret ; il agissait davantage qu'il ne parlait. Mais ses yeux pétillaient et il avait toujours le sourire, une façon de dire bonjour qui donnait envie de rire et de discuter... Il a fait partie des instances dirigeantes des scouts unionistes ; du conseil presbytéral ; il était prédicateur laïc et il aimait ça. Depuis quelque temps il avait ralenti son activité : son coeur fatigué ne lui permettait plus d'en faire autant qu'avant. Cependant, s'il souffrait, il en montrait le moins possible, y compris à sa femme ou à ses enfants.

Et ce fut foudroyant : lorsque, ne pouvant plus cacher son état, il fut admis aux urgences, il succombait quelques heures plus tard à un arrêt cardiaque. Sa femme, ses enfants, mais aussi l'ensemble de la communauté est sous le choc. C'est toujours brutal, de voir une vie s'arrêter ainsi en chemin. On n'ose pas croire à la mauvaise nouvelle, on se dit qu'on l'a vu la veille ou deux jours auparavant, tout allait bien, c'est impossible... Et pourtant. Le vide est là. Froid. Pesant. Mais aussi signe de résurrection : n'est ce pas l'image du tombeau vide qui annonce la joie de Pâques ? A Dieu, Jean-Paul. De là-haut, prie pour qu'on ait le courage de continuer tes actions !

vendredi 22 janvier 2010

Détresse dans le monde...

La nouvelle à la radio, qui donne la nausée, coupe l'appétit net pendant la préparation du petit déjeuner. Un séisme, une capitale, un pays déjà socialement, politiquement, économiquement sinistré... Des milliers, des dizaines de milliers de morts, de blessés, de réfugiés... Pour beaucoup, il ne reste qu'une chose : la foi, et malgré ce qui peut se dire chez leurs voisins américains, la certitude que ce séisme n'était pas une punition divine.

Que faire ? Y aller ? Donner de l'argent ? Comment aider ces gens qui ont tout perdu, qui cherchent de quoi manger, se reloger, recommencer une vie, parfois en ayant perdu toute leur famille ?

Une autre information, parisienne celle-là : une manifestation pour la vie, contre le traumatisme de l'avortement. Presque deux cent mille actes par an en France, autant de vies sacrifiées... Malgré tout, peut-on refuser à une femme en détresse d'effacer toute trace d'un précédent drame ? Et que dire des IMG, possibles jusqu'au dernier moment, et en particulier en cas de dépistage de trisomie par exemple ?

Autant de sentiments particulièrement forts, autant de situations critiques à porter dans la prière... Que dire de plus ?

mercredi 20 janvier 2010

Tigreek sur Radio Notre Dame...

Pendant cette semaine de l'unité des chrétiens, je préparais un billet, car j'espère que les diverses initiatives, plus ou moins maladroites, qui s'organisent entre les paroisses lors de ce rendez-vous annuel, permettront un jour de véritablement avoir besoin les uns des autres ! Et voici que la surprise tombe dans ma boîte mail... Rien moins qu'une proposition de témoignage sur Radio Notre Dame !

Ca se passe demain matin, dans Le Bistrot de la Vie. Le thème : "Couples mixtes protestants catholiques : quelles valeurs transmettre aux enfants ?". Je peux doublement témoigner, d'une part en tant qu'enfant de couple mixte, ayant reçu les deux catéchismes ; d'autre part à présent en tant que parent, évoluant en foyer mixte à mon tour, avec ce qui est pour l'instant un projet d'éducation davantage qu'un catéchisme...

Rendez-vous demain matin ! Et si vous ne pouvez pas profiter du direct, vous pourrez réécouter l'émission sur le site dédié ou en la téléchargeant via le podcast.

J'accueillerai ici avec joie, tout commentaire, toute question sur le sujet, et y répondrai dans la mesure de mes possibilités.

mardi 19 janvier 2010

Un sourire dans la détresse

Un après-midi de semaine, dans le wagon d'un RER. Le temps fait sa grise mine à l'extérieur, et les voyageurs ne sont pas mécontents de trouver un peu de chaleur lorsque le train arrive.

Alors que le RER quitte la station, une voix s'élève : "Je n'ai pas d'enfant, ma femme m'a quitté pour mon meilleur ami, voilà vous savez tout !". Tiens... Cela ne sonne pas comme la quémande habituelle, décrivant toutes les détresses possibles, réelles ou imaginaires ! Il continue : "vous vous doutez bien que lorsque quelqu'un vous adresse la parole dans les transports, ça n'est pas pour vous demander l'heure ou vous la donner, ça se saurait... Eh non, je viens pour vous so-lli-ci-ter !". Voilà qui est plein de franchise, et dit avec humour... Puis, toujours dans l'honnêteté et les clins d'oeil : "ceux qui peuvent jouent de la musique ; la guitare c'est pas vraiment dans mes cordes, les miennes sont vocales et je sais m'en servir"...

S'ensuit un court discours sur "l'ancienne République et la nouvelle" et leurs devises "dans le temps, c'était Travail, Famille, Patrie : avoir un travail, construire une famille, défendre la patrie ; (...) aujourd'hui, Liberté, Egalité, Fraternité : la liberté n'est égale qu'à la longueur de la corde qui vous unit à votre famille, l'égalité, vous savez bien que ça n'existe pas... Ne reste que la fraternité...". Lorsqu'il termine, avec une telle gouaille qu'il emmènerait du monde à une élection, j'ai un sourire d'une oreille à l'autre. Qui aurait dit que cet homme illuminerait mon trajet ?

Lorsqu'il passe à mes côtés, dans un sourire je lui glisse "Joli discours !". Ce n'est qu'alors que je remarque son bras plâtré, son chapeau enfoncé sur un visage sans âge... Bonne chance, l'ami !

vendredi 01 janvier 2010

Et c'est reparti !

Une nouvelle année (civile) commence. C'est l'époque des voeux, des souhaits, des bonnes résolutions... Dans notre société désormais plus laïque (dans le mauvais sens du terme, je dirais plutôt "républicaine" ou "civile") que croyante, le passage à la nouvelle année est davantage fêté que Noël. Un peu comme un ersatz, une période de rêve autorisé, avant de se réveiller dans quelques jours, qui au travail, qui à l'école, et de se rendre compte que rien n'a vraiment changé.

Dans ces voeux, que dire ? Que prononcer qui ne soit déjà trouvé par d'autres ? Que souhaiter qui ne sonne pas creux ?

J'aimerais...
... dire à la maman qui a perdu son fils, qu'il est vivant, plus que jamais
... souhaiter une longue vie commune, paisible et heureuse aux amis qui vont se marier
... dire sincèrement à mes proches comme je les aime, même si je ne sais pas toujours comment l'exprimer
... donner à d'autres que moi la chance de vivre la paix, l'existence sans autre souci que celui de savoir ce que je vais faire de mon temps de loisir
... dire à tous ceux qui perdent l'espoir, que Jésus né parmi nous, donné pour nous sauver, ressuscité aux côtés du Père, est la plus grande espérance qui soit !

Alors, que chaque jour prochain soit meilleur que la veille, que Dieu vous accompagne, et que 2010 soit pour chacun une nouvelle occasion de (re)naître... Bonne année à tous !

samedi 26 décembre 2009

Bonne nouvelle...

Noël... Avent... Achats, décoration, préparation, rangement, changement...

Noël... Offrir... Réflexion, idées, achats (bis), emballage, mise au pied du sapin...

Noël... Se rassembler... Discussion, organisation, achats (ter), disposition de la table, cuisson...

Tout ça a comme un goût d'amertume, chaque année un peu plus... De vide, spirituel comme dans le portefeuille... Même si... Même si chaque dimanche de l'Avent les prédicateurs nous exhortent, tels Jean Baptiste, à "préparer le chemin du Seigneur"... Un goût de solitude... Qu'ai-je fait ? Où sont mes amis, ma famille, ceux que j'aime vraiment ?

J'en viens à me dire... Noël, c'est pour les enfants. Pour l'étincelle qui brille dans leurs yeux quand on installe le sapin, la crèche... Le sourire qui éclaire leur visage quand on allume les bougies, les guirlandes lumineuses... L'excitation quand ils guettent dans les rues les apparitions des pères Noël sur les murs ou les toits...

Oui mais... Il me suffit d'être là pour l'eucharistie... Il me suffit de voir le sourire sur le visage du pasteur qui nous annonce "un enfant vous est né, un Fils vous est donné"... Et instantanément, mon coeur en berne se gonfle de joie. Oui, c'est Noël, et nous avons la chance d'avoir reçu cette Bonne Nouvelle !! Cette joie qui nous est donnée, gratuitement, sans attendre de retour, par les plus petits, elle est là, à portée de main, à portée de coeur !

Bonne Nouvelle... pour tous les peuples ! Et c'est à nous qu'il incombe de la propager...

mercredi 16 décembre 2009

Une journée chez nos voisins...

Samedi, il faisait frais, dans la capitale suisse, mais le soleil était au rendez-vous. Les professeurs et élèves aussi. Temps de rencontres, de joie, de partage, de rires et de critiques, de découverte des autres, ceux qu'on ne connaît que par forum ou webcam, ou par les commentaires laissés sur nos devoirs...

Il y a celle qui organise nos cours, toujours présente, discrète et attentive à la situation de chacun, proposant toujours plus pour que nous puissions suivre nos cours aussi bien que possible. Elle a toujours le sourire, et des tas de solutions qu'elle semble sortir de nulle part à tous nos petits tracas quotidiens.

A ses côtés, le doyen, qui dispense aussi les cours de Nouveau Testament. Aussi accueillant que précis, aussi rigoureux qu'ouvert à la discussion. Il lui suffit d'ouvrir la bouche pour que nous nous sentions insignifiants devant ce puits de connaissances. Et pourtant, avec son assistant, il sait se mettre à notre disposition pour nos questions de débutants...

Dans les rangs, se trouve celui qui pose des questions précises, pointilleuses, parfois énervantes car à la marge du sujet de nos cours. Il a le don d'agacer tout le monde, profs, étudiants et organisatrice réunis... Parfois nous avons bien du mal à ne pas répondre de façon acerbe à ce camarade de classe d'une journée...

Il y a la prof de grec, très enthousiaste, pédagogue, ouverte à toute question, attentive à nos interrogations, nos problèmes. C'est une passionnée, et elle a le charisme pour transmettre cet élan à ses élèves ! Le temps d'un cours, improvisé autour de nos questions, sa voix chantante nous a communiqué sa joie d'apprendre une langue, pourtant "morte", mais tellement vivante dans les textes...

Les autres étudiants sont là aussi. Divers, autant que peuvent l'être des personnes qui s'intéressent de près ou de loin au protestantisme. Ils sont de tradition réformée, luthérienne ou évangélique, peu importe, la théologie est la même pour tous. Ils sont jeunes, plus anciens, mariés ou non, souvent déjà engagés dans leur église locale : prédicateur laïc, musicien, responsable de caté... Chacun a son histoire, sa communauté, ses propres raisons d'étudier la théologie. Ils ont des métiers très divers, qui leur laissent plus ou moins de temps à consacrer à cette nouvelle activité. Parmi eux, une se distingue, d'un côté par son angoisse de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur ; de l'autre par sa motivation sans bornes pour ce nouveau chemin qu'elle s'est choisi.

Après un bon déjeuner, nous voici avec quelques heures de temps libre avant d'attraper notre train. La ville est en effervescence, car c'est la fête de l'Escalade, commémoration d'une attaque du Duc de Savoie repoussée par les genevois en 1602. Partout dans la ville, ce n'est que festivités, enfants déguisés et adultes en costumes d'époque, groupe d'arquebusiers et piquiers paradant avec force démonstrations de leurs antiques armes ! Nous achèterons la fameuse "marmite" avant de repartir, difficile de passer à côté...

Nous visitons la cathédrale Saint Pierre, la première cathédrale protestante que j'aie l'occasion de voir ! Cela me laisse une impression étrange, comme si les choses n'étaient pas à leur place... C'est la majesté d'un édifice monumental, mais sans le faste habituel d'une cathédrale. Les vitraux sont là mais les murs sont nus. Le choeur est vide à l'exception de la chaire, pas d'autel, de croix, seulement la Bible exposée au centre. J'ai l'habitude de ce dépouillement dans un temple, dans une église je m'attends à une toute autre ambiance. Je trouve tout cela très déroutant. Quelque part, c'est un peu un signe encore visible, cinq siècles plus tard, des affrontements terribles qui se sont déroulés entre catholiques et réformés. Luttes de pouvoir, de foi, de convictions, tout cela entremêlé...

Une petite histoire dit, qu'aux heures précédant un match de foot Suisse - Portugal, des supporters portugais sont venus à la cathédrale, et y ont cherché la Vierge pour lui laisser un cierge. Las ! De cathédrale, l'église n'avait que le nom ; de Sainte Vierge, point, pas plus que des cierges ! Il paraît que ce fut particulièrement difficile de leur expliquer que la cathédrale avait gardé son nom mais changé d'obédience...

Au retour, motivés par notre présence mutuelle, nous profitons des quelques heures de train pour avancer dans notre travail : qui sur une prédication, qui sur un devoir ou simplement sur les cours de la quinzaine... Je prends un temps de prière silencieuse, pendant que dehors, les lumières des villes défilent dans la nuit. Juste pour Lui dire merci...

vendredi 11 décembre 2009

Absence

Lassitude ? Emploi du temps chargé ? Manque d'organisation ? Fatigue de l'hiver ? Plus d'idées en tête ?

C'est sans doute un peu de tout ça qui, pendant presque deux semaines, a tenu mes doigts (non mes pensées) quelque peu éloignés de ce blog... Ce soir, je pars à Genève pour une session de fin de semestre, dédiée aux étudiants à distance. Ce sera l'occasion de changer d'air, découvrir une ville que je n'ai jamais vue, rencontrer mes camarades étudiants "en vrai", pas seulement par webcam interposée...

Et puis il y a l'Avent, bien sûr... Noël arrive à grands pas, et chaque jour semble trop court pour passer du temps avec ma famille, prier, entrer comme je le voudrais dans tous les préparatifs ! Petit à petit, pas après pas, on arrivera à cette joie de la naissance, joie du tout-petit qui fait craquer même le plus bougon des grands-pères...

lundi 30 novembre 2009

Temps prié, temps perdu ?

Dans cette vie où chaque minute est comptée, où chaque jour semble parfois passer plus vite que le précédent, il m'arrive de me demander si je ne perds pas mon temps lorsque je prie... Alors que je me demande comment passer davantage de temps avec ma fille, mieux ranger mon bureau pour gagner quelques minutes à ne pas chercher tel papier ou tel dossier, quel moyen de transport me ferait économiser quelques minutes pour arriver plus tôt le matin, partir plus tard le soir, tout en étant à l'heure chez la nounou ; la prière, quel temps perdu ! Dans le bus, je ferais mieux de travailler mon vocabulaire de grec ou de me remémorer quel est l'ordre du jour de ma prochaine réunion...

Oui, mais...

Si je focalise ma vie sur un boulot qui me rapportera ma paie du mois, sans forcément beaucoup de considération, que me restera-t-il lorsque j'aurai réglé tous mes frais ?
Si je veux avancer dans mes études de théologie, la théorie ne sera-t-elle pas qu'une coquille vide sans une prière régulière ?
Si le temps me manque déjà dans ma vie de tous les jours, quand prendrai-je le temps pour Dieu ?
Si je pense perdre mon temps lorsque je prie, même si parfois c'est pas facile, que peut penser Dieu lorsqu'il prend le temps de m'écouter ?
Si prier est une perte de temps, pourquoi cela me manque lorsque je ne prends pas quelques minutes de silence dans ma journée pour le faire ?

Alors, le temps pour dire quelques mots à Dieu, parfois rien, juste un "bonjour" ; parfois une grosse colère ou un chagrin terrible ; parfois une solitude difficile à définir ; parfois une grande joie, des louanges ; ou encore des interrogations... Non, je crois que ce n'est jamais du temps perdu.

mercredi 25 novembre 2009

Un procès, le Christ Roi, la vérité, une prédication...

Ce dimanche à l'Eglise réformée, était la fin du synode régional sur l'entraide et la diaconie. Les pasteurs étant absents, ont proposé au groupe de Jeunes Adultes de la paroisse, dont je fais partie, d'animer le culte dominical...

Nous avions préparé l'animation, en choisissant les textes (nous nous sommes conformés aux textes du jour, correspondant à la fête catholique du christ Roi), confrontant nos idées, organisant les différents moments liturgiques... C'est un exercice intéressant qui n'a pas d'égal dans les autres activités d'une paroisse !

Et c'est à moi qu'est revenu l'honneur, la responsabilité, d'écrire la prédication. Ma première ! Et sur un texte pas franchement facile, puisqu'il s'agit de la comparution de Jésus devant Pilate (Jean 18, 28-38). En ayant en tête le Christ Roi - oui mais roi de quoi ? D'un Royaume qui n'est pas de ce monde... - j'ai orienté mon discours sur le procès qu'a vécu Jésus, et la vérité dont il parle.

Une fois en chaire, le trac passé, je me laisse prendre dans mon argumentaire. Je l'ai préparé, écrit, je le connais, il est suffisamment structuré pour que je ne m'y perde pas, et j'espère, mon auditoire non plus... C'est très étrange, je trouve, cette façon dont les visages évoluent au fil de mes phrases... Ce que j'ai écrit, ce que je dis est-il choquant ? Trop court, trop long, pas assez explicite ? C'est dangereux, une prédication. Pour convaincre, il faut y mettre une partie de soi, s'impliquer, prendre des risques...

Le culte se termine, et il est d'usage de se rencontrer, discuter, échanger à la fin de la cérémonie. Saluer les paroissiens comme le ferait le pasteur, recueillir les impressions, les questions... Notre petit groupe est vite submergé sous les compliments... Nous n'en attendions pas tant ! On termine en faisant connaissance d'un jeune couple auquel on donne rendez-vous pour notre prochaine rencontre.

Ce culte fut un temps appréciable. Temps de partage, de questions, de joie, de prière pour "refaire le plein" avant une semaine qui s'annonce chargée. Je recommencerai, sans doute...


Jean 18, 28-38 - Nous sommes tous des Ponce Pilate

Après la lecture de ce texte, j’ai envie de dire « Nous sommes tous des Ponce Pilate ».

Ne pas choisir la facilité

D’abord parce que c’est un peu facile de se placer dans un rôle de « gentil » aujourd’hui, alors qu’on connaît l’ensemble de la situation, deux mille ans après. On sait ce qui se passera après, et on pourrait « choisir son camp » ? Je le redis : c’est un peu trop facile !

Trop facile de considérer que « les autres » sont les méchants, et que nous aurions toujours le beau rôle. Dans la description d’un incident, d’un fait divers, à la télé, dans le journal, par les collègues, les amis, c’est très rapide de se positionner « du bon côté ». Quand on entend parler d’un accident, d’un viol, d’un enlèvement, les réactions sont vives, souvent disproportionnées « Mais que fait la police ? », « C’est inadmissible, un récidiviste, il n’aurait pas dû sortir de prison ! ».

Quand un père est soupçonné de pédophilie, il est très facile de hurler au scandale... avant de découvrir que ces soupçons existent parce qu’il a eu la naïveté de prendre une photo de ses enfants dans leur bain ! Dans un accident de la route, c’est facile de pointer un doigt accusateur sur celui qui a fauché un piéton... en oubliant que tous ceux qui ont le permis pourraient se trouver à la place de ce conducteur, cette conductrice ! Succomber à cette facilité de l’accusation, oublier que nous pouvons nous aussi être fautifs, n’est-ce pas éviter de se poser les bonnes questions ?

Pour revenir au texte, si on avait le choix, maintenant, où se placerait-on, dans cette scène ?

Je pense que personne n’aimerait se trouver à la place des chefs juifs, qui ont amené Jésus chez Pilate. Ceux-là ont vraiment, parmi les chrétiens, une mauvaise réputation. Mais si on y regarde de plus près, leur position était-elle enviable ? Jésus, ses prédications, ses actes, le nombre grandissant de ses disciples, était un véritable scandale dans la société juive ! Non content d’agir en prophète, il remettait en cause la loi de Moïse, la Torah, pilier de la foi juive. Ils se devaient de faire quelque chose, et cela impliquait la disparition de Jésus, qui était devenu trop populaire.

Pourrions-nous, alors, figurer parmi les disciples de Jésus ? Mais ceux-ci ne font pas partie de la scène, ils n’ont pas pu entrer dans le palais du gouverneur. Et même ceux qui l’ont pu, comme Pierre, ont fait profil bas. Les disciples, ici, sont absents. Le serons-nous ?

Jésus a le beau rôle, si l’on peut dire, dans ce passage, puisque c’est lui qui maîtrise le dialogue. Ce n’est pas le prisonnier que l’on croit, même s’il est lié : l’échange se déroule sur le plan des idées, de la politique, de la foi. Il garde son calme, il connaît le déroulement, il sait qu’il mourra mais ne craint pas (plus) cette issue fatale, il l’a acceptée. Apprécierions-nous cette place ? Oserions-nous répondre ainsi à nos détracteurs, en sachant que cela implique notre mort, alors que les accusations portées contre nous sont infondées ?

Reste Pilate. C’est la place la plus humaine finalement. La plus neutre, celle qui semble la plus confortable, a priori hors du conflit religieux qui oppose Jésus à la hiérarchie juive ; mais aussi la place piège, celle du juge qui décide de la peine du condamné, qui dispose de la vie des autres entre ses mains... qui sera jugé à son tour par les différentes parties en présence. Il a la capacité de poser les questions. Nous aussi. A nous de poser les bonnes !

La vérité ?

Ensuite, parce que comme Pilate, nous sommes confrontés à la vérité, parfois dérangeante, scandaleuse... Mais quelle vérité ? Qui la détient ? Existe-t-elle en plusieurs versions ?

Lorsqu’on lui amène Jésus, Pilate demande aux grands-prêtres quel est le motif de la condamnation. Ceux-ci, nous dit l’Evangile, restent vagues, mais précisent néanmoins que les raisons de l’arrestation de Jésus sont pour eux suffisamment graves pour demander la peine de mort. Alors Pilate interroge Jésus lui-même. Peut-être a-t-il entendu parler de cet homme qui fait scandale, qui refuse d’appliquer la loi de lapidation d’une femme adultère par exemple ? Peut-être est-ce la curiosité qui le pousse à interroger Jésus... Le texte ne le dit pas. Et nous, sommes-nous curieux de poser des questions à Jésus, à Dieu ? C’est le thème repris sur une des affiches du parcours alpha : quelle question poserions-nous à Dieu si nous l’avions en face de nous ?

Ainsi, Pilate interroge Jésus. Et là, surprise : Jésus répond « à côté de la plaque ». A une question fermée (autrement dit, qui appelle une réponse par oui ou non), il répond par une autre question. C’est une coutume classique dans l’enseignement juif, mais pas dans l’empire romain. Pilate se trouve alors déstabilisé. Il pensait obtenir la vérité en interrogeant directement l’homme qu’on lui a remis, il n’obtient qu’une remise en cause. Il pose une question politique (« Es-tu le roi des Juifs ? »), il reçoit en guise de réponse une question sur sa foi (« Est-ce ce que tu crois ou ce qu’on t’a dit ? »). Ne sommes-nous pas dans ce cas également, lorsque nous sommes révoltés parce qu’un proche est malade, parce qu’on a eu une mauvaise journée ? Si l’on entre en prière en étant révoltés, tristes, désemparés, il y a des chances que Dieu nous réponde sous forme d’un doute : qu’est ce que je crois ? Qu’est ce qui est la vérité pour moi ?

Du coup, chacun a les mêmes bases, les mêmes textes. Mais comme chacun a un vécu différent, un caractère différent, la foi, la vérité ne sera pas la même pour tout le monde. Jésus n’a pas dit « je détiens la vérité » mais « je suis la vérité » (Jean 14, 6), et dans ce texte « je rends témoignage à la vérité » (Jean 18, 37). Jésus a été envoyé dans le monde par amour pour nous, pour nous montrer la vérité. L’essentiel n’est pas de savoir qui la détient, mais de la vivre, d’en faire le témoignage.

Pour conclure, n’oublions pas que nous pouvons être comme Pilate, que nous avons le pouvoir de poser les questions, mais aussi de trouver par nous-mêmes les réponses, et de les partager, de les vivre, de faire le témoignage de notre foi par notre vie de chrétien !

samedi 21 novembre 2009

Temps de repos

D'abord l'eucharistie. Messe de la semaine, messe dite "basse", sans chants mais avec toujours autant de ferveur, autant d'actions de grâce (la signification du mot eucharistie en grec). Moins de monde, cérémonie plus "intime", on distingue la voix de chacun dans les réponds, celle chevrotante de la fidèle ancienne, celle de basse tonitruante du jeune père de famille, celle toute timide de la nouvelle paroissienne qui vient pour la première fois...

Puis le silence... habité. Sa présence à l'autel, les chuchotements du prêtre qui donne le sacrement de réconciliation, les bruits qui arrivent filtrés de l'extérieur... Il n'y a plus personne, seulement une présence, quelque chose d'indéfinissable... Temps donné, temps d'apaisement, d'ouverture, temps d'abandon, de confiance. Laisser de côté ses protections, ses peurs, se laisser imprégner de l'amour dispensé largement.

Et puis repartir. Pour un week-end, une semaine... Retrouver sa famille, ses proches, ses collègues, profiter de ce temps pour soi pour mieux se donner aux autres... Essayer de faire mieux à chaque fois ! Même si ce n'est pas facile, même si Dieu est exigeant. N'est-ce pas l'exigence qui fait la beauté de cet Amour là ?

mercredi 18 novembre 2009

La croix ne sert à rien sans la résurrection

C'est une idée qui s'est imposée à moi ce matin, en priant le chapelet dans les transports en commun... L'intérêt du chapelet, c'est que la méditation des différents mystères peut donner lieu à toutes sortes de surprises, selon le contexte, l'environnement, les pensées, la réceptivité...

Lors du dernier week-end régional des jeunes protestants, plusieurs participants ont été choqués de l'insistance sur le sacrifice complet de Jésus, le fait qu'il a donné sa vie pour nous sauver. C'est vrai que voir cet aspect des choses peut mettre mal à l'aise, et s'il est relativement naturel pour un catholique qui y trouve volontiers un chemin d'humilité, il l'est nettement moins pour un protestant... Le point de vue sacrificiel n'est guère apprécié chez les réformés, qui préfèreront mettre l'accent sur le salut par la foi, par exemple. Et le malaise évoqué par les jeunes, à leur retour chez eux, est assez révélateur de la culture réformée à cet égard !

La mise à mort de Jésus est un scandale, et ne doit pas nous laisser indifférents. Mort sur une croix, qui plus est, c'est à dire une mort sous la torture. Le fait que ce sacrifice d'un innocent faisait partie des plans de Dieu, est un des grands mystères de la foi chrétienne. Nous croyons que le libre choix de cette épreuve fait la force de l'Amour de Dieu pour nous : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique..." (Jean 3, 16).

Mais cette mort ne serait rien, elle ne pourrait constituer à elle seule un élément de foi, s'il n'y avait pas la résurrection. Le verset précédemment cité se termine ainsi : "... afin que quiconque croit en lui ne meurt pas, mais qu'il ait la vie éternelle". Le don total, l'abandon à Dieu aboutit à la résurrection. C'est cette vie éternelle qui, pour moi, donne aux chrétiens un espoir inextinguible.

La mort, le deuil, la tristesse font partie de la vie. Mais nous croyons que l'Amour de Dieu est plus fort que la mort. Et qu'il nous relèvera, par dessus les doutes, les colères, les larmes, le découragement, les épreuves. Toujours.

dimanche 15 novembre 2009

Changer ses habitudes...

Dimanche midi, dans une rame de métro, quelque part entre Saint-Lazare et Montparnasse. Les parisiens se croisent et ne se regardent pas, comme d'habitude. Les ados désœuvrés sillonnant la capitale en quête de loisir croisent les familles sur leur trente-et-un, se rendant à une invitation d'amis ou de proches...

Parents et enfant, nous nous rendons au restaurant, pour un repas familial avant que mon beau-père ne reparte pour deux mois en Chine. Le trajet est assez monotone, les tunnels suivent les stations et se ressemblent. La faim commence à aiguiser nos estomacs...

Une femme monte dans la rame et d'une voix claire, avec un accent étranger, commence un discours assez connu : "Bonjour Messieurs, Mesdames, 'scusez moi de vous dérange...". De ma place, je lui tourne le dos, n'entends que le début de la phrase avant de penser avec les clichés que j'ai en tête, "Ca y est, elle va nous dire qu'elle est à la rue, qu'elle a deux enfants en bas âge, etc." Machinalement je fouille pour trouver quelques pièces à lui donner...

Surprise ! Alors que je n'ai pas entendu (ou plutôt pas écouté) la fin de sa phrase, je l'entends entonner... l'Ave Maria de Schubert ! Sans boîte à rythmes, comme le font généralement ceux qui s'essaient à produire de la musique dans le métro... Non, sans artifice, a capella, d'une voix maîtrisée, puissante, sur un ton très juste, avec le respect presque parfait du rythme, le latin des paroles bien plus assuré que les mots hésitants avec lesquels elle se présentait maladroitement...

Je ne me retourne pas, ferme les yeux, écoute ce chant, me laisse prendre par la présence de cette voix, m'imagine aisément dans une église plutôt que dans une rame de métro... Elle termine, le brouhaha habituel reprend ses droits, et dans un contraste saisissant, la chanteuse, dans un français mal assimilé, reprend : "Merci, 'scusez moi de vous dérange, bon voyage...". Alors qu'elle passe à ma hauteur, je m'accorde de lever les yeux. Elle est jeune, habillée sobrement et élégamment. J'ai presque honte de lui laisser ma menue monnaie, maigre récompense pour les quelques minutes de paix qu'elle nous a offertes...

Merci à toi, demoiselle, pour cette belle leçon de vie, de foi, d'espérance !

vendredi 06 novembre 2009

L'oecuménisme au paradis

Un juif, un orthodoxe, un musulman, un protestant se retrouvent, après leur mort, sur le chemin qui mène au paradis. Ils se chamaillent sur le nom qu'il faut donner (ou pas) à Dieu, sur la façon de le prier, les signes qu'il convient de faire en sa présence, etc. Mais tous se taisent lorsqu'ils arrivent finalement devant un grand portail entrebâillé.

Saint Pierre les accueille : "Soyez les bienvenus au paradis !"
Tous sont surpris : "Je croyais que nous serions séparés... Comment se fait-il que nous nous retrouvions tous ici ? Certains d'entre nous ne devraient-ils pas être damnés ?"
Saint Pierre répond, avec un sourire : "Oh, querelles terrestres que tout ceci... Ici nous accueillons tout le monde, peu importe le nom qui est donné à Dieu... Nous offrons même le séjour aux athées, s'ils veulent nous rejoindre !"

Nos amis sont agréablement surpris. Saint Pierre leur présente l'endroit, avec les salles où se regroupent les différentes communautés, les dortoirs, les passerelles... Un seul de ses conseils paraît étrange : "Surtout ne faites pas de bruit à proximité de cette salle, au bout du couloir !" ; aussi le musulman demande "Mais pourquoi ?". Saint Pierre répond alors : "Ici, ce sont les catholiques, ils se croient tout seuls !!"

(Petite histoire que je trouve particulièrement savoureuse et d'actualité, en particulier autour des réactions sur l'accueil d'une branche anglicane au sein de l'Eglise catholique)

vendredi 30 octobre 2009

Escapade festive

Je pars ce matin pour Strasbourg. Destination : Protestants en fête !

C'est du jamais vu, un rassemblement national de la grande famille protestante, toutes tendances confondues... Trois jours d'animation, de fête, clôturés en beauté par un culte magistral au Zénith de Strasbourg...

Sur ce billet particulièrement court, je vous laisse en compagnie de Brel, Grand Jacques :

C'est trop facile d'entrer aux églises, de déverser toute sa saleté, face au curé qui dans la lumière grise, ferme les yeux pour mieux nous pardonner...
- Tais-toi donc, grand Jacques, que connais-tu du bon Dieu ? Un cantique, une image, tu n'en connais rien de mieux...

lundi 26 octobre 2009

Ceci est ton sang...

J'aimerais rebondir (avec un peu de retard, il est vrai) sur un billet paru chez les Sacristains, Le pas sûr et paisible, le visage clair et pur…. Dans ce billet, Dove se disait choqué de voir qu'en anti-héros du film Thirst, passant au côté obscur et même franchement psychopathe assoiffé de sang (c'est un film d'horreur), le réalisateur avait spécifiquement choisi un prêtre, et pas un homme consacré de n'importe quelle autre religion.

Or, si je n'avais entendu parler de Thirst que par ce billet, il est un autre film que je voudrais mentionner, car j'en vois les affiches partout depuis une dizaine de jours : Jennifer's Body. Certes, on n'y parle pas vraiment d'Eglise. Mais on y parle de soif, de sexe et de sang... Et alors ? Alors, sous certains aspects, je trouve ce film (ou plutôt son marketing) bien plus choquant que Thirst...

D'abord, l'affiche est banale, ou plutôt banalisée, dirais-je. Ce qui frappe, c'est la beauté (1) de l'héroïne, en gros plan. Et son regard direct, son sourire frondeur, provocant. Puis on remarque "Tiens, mais... au coin de sa bouche, là, c'est... du sang ?!". Il y en a aussi dans le coin, en bas à droite de l'affiche, avec un bras sanguinolent. Deux éléments qui permettent de déduire l'élément principal du film : l'héroïne est une sorte de remake féminin du Dr Dracula, qui vit en plein jour et se révèle aussi terriblement séduisante que dangeureuse. Ok, c'est du fantastique, mais on voit bien que l'action se passe dans un milieu tout à fait réaliste, dans la société actuelle, et pas suite à une expérience abracadabrantesque. Le sang, la vengeance, la mort par assassinat sont banalisés. Dans le métro, les voyageurs passent devant l'affiche sans y faire plus attention que si c'était la pub pour les dernières soldes sur la literie... (2)

Ensuite, le titre du film : "Jennifer's Body", que l'on n'a même pas pris la peine de traduire en français. Peut-être qu'en français, les gens se seraient rendus compte que c'est un peu dérangeant : "(Pour) le corps de Jennifer", un peu matérialiste... Ca me fait penser aux slogans soit-disant féministes "c'est mon corps, je fais ce que je veux", comme prétexte pour faire tout et surtout n'importe quoi... Ce titre provocateur (3) joue sur la fibre rebelle des ados : "allez-y, faites ce que vous voulez, lâchez-vous, c'est permis !"... Je pense que ces derniers ont suffisamment d'incitations pour ne pas en rajouter. C'est quand même un comble : sous prétexte d'humour, d'ouverture d'esprit, progrès de la société (!), on montre n'importe quoi ; puis lorsque des enfants ou ados "s'amusent" à reproduire ce qu'ils voient dans les films, en prenant les scénarii au pied de la lettre, on crie haro sur le baudet, on reproche aux parents un manque d'éducation pour leurs enfants, on s'indigne sur la cruauté dont "ceux qui étaient des élèves sans problèmes" font montre...

Comme Thirst, Jennifer's Body est interdit aux moins de 12 ans en France. Alors, pourquoi une telle différence de pub' ? L'humour permet-il de rendre plus acceptable des "conduites à risques", comme le dit l'expression politiquement correcte ?

(1) Photoshopée ou maquillée ? Cétait pour la touche 'geek' du billet...
(2) Idem avec la pub pour le jeu vidéo "Dragon rising : la guerre comme si vous y étiez", qui ne choque pas davantage, mais là n'est pas le sujet...
(3) Je ne suis pas contre la provocation, j'en fais moi-même, à l'occasion...

samedi 24 octobre 2009

Comme un vide

"Veillez, car vous ne connaissez ni le jour, ni l'heure." (Matthieu 25, 13)

Nous n'avons pas dû veiller assez, Thibaut, puisqu'aujourd'hui tu es parti, sans que nous ayons eu le temps de te dire au revoir... Quand je dis "nous", c'est la bande de copains que nous étions, dans notre promotion d'élèves ingénieurs, autour de toi...

Timide ? Secret ? Renfermé ? Tant de mots qui traduisent une apparence mais ne sont pas exacts pour exprimer ton mal-être. Tu as évolué dans une famille, un milieu où le secret est la règle, où les convenances s'apprennent mais ne se disent pas, où les sentiments ne s'expriment pas. Hypersensible, tu as appris à cacher tes déceptions, masquer tes blessures, mesurer ta joie, réfréner tes colères, ne pas poser de questions.

Tu savais être brillant. Mais tu manquais terriblement de confiance en toi. Tu cherchais la perfection, sans doute parce qu'on t'avait appris que "quand on fait quelque chose, on le fait bien, sinon autant ne rien faire". Tu étais capable de réécrire dix fois le même texte, passer une nuit blanche pour finalement, de rage envers toi-même, tout effacer. Et te présenter le lendemain matin, penaud, nous disant que tu n'avais pas pu remplir ta partie du travail d'équipe.

Nous n'étions pas psys. Juste des amis. Mais nous voyions bien que "ça n'allait pas", comme on dit platement. Nous voulions t'aider, mais nous ne savions pas vraiment comment nous pouvions le faire... Te provoquer, pour te faire avancer au risque de te braquer ? Essayer d'obtenir tes confidences en douceur, pour tenter de te montrer que c'est possible, de faire confiance, de SE faire confiance ?

Tu as réussi. Comme nous, au bout de cinq longues années, à obtenir ton diplôme. Comme nous, tu as ri lors de cette remise de nos diplômes, où nous étions tous sur notre 31 et fiers, devant nos parents, de brandir ce rouleau, signe d'ouverture sur la vie active, d'autonomie... Nous commencions à travailler, gagner nos premiers salaires, c'était grisant ! Bien sûr, il y avait des difficultés, ce n'était plus le temps où tous les élèves étaient embauchés avant leur sortie de l'école. Mais nous étions confiants, bien entraînés, et tout le monde aurait dégoté un poste au bout de quelques mois.

Plus beaucoup de nouvelles. Tu avais coupé les ponts, volontairement ou non, avec la plupart d'entre nous. Mais de loin en loin, nous gardions un oeil sur notre "roi des marmottes". Et puis, tout d'un coup, comme un frisson dans le dos, une crainte de l'impossible à entendre : ta mère a appelé pour donner de tes nouvelles. Ta mère ?? Pourquoi pas toi ? Parce que tu n'es plus là. Emporté par une crise cardiaque.

Ce matin, nous étions tous là, réunis autour de toi, certains perdus de vue depuis des années. Ta dernière oeuvre aura été de nous rassembler... Merci ! Et à Dieu...

dimanche 18 octobre 2009

De l'équipe des sonneurs de cloches

Voilà un mois que le blog des sacristains a ouvert ses portes, apportant son lot de réjouissances, questions, observations, sujets houleux, mais aussi trolls et autres débordements. Qu'en dire ?

En premier lieu, le buzz avant même le lancement du site fut efficace. Une semaine avant la date officielle (14 septembre, fête de la Croix Glorieuse), la plupart des blogs personnels à tendance catholique parlaient déjà de "sacristains" qui se préparaient à "sonner les cloches"... Sans forcément savoir ce qui allait se passer : célébration particulière ? Rassemblement à ne pas rater ? Aucune idée mais j'avais bien l'intention de suivre ça de près ! Et manifestement, beaucoup d'autres n'étaient pas en reste, à tel point que La Croix en a fait un article, dévoilant un peu en avance le but des fondateurs : "donner un peu plus de visibilité aux cathos 'mainstream'". Mon impatience d'entendre les cloches virtuelles sonner n'en a été que plus grande : comment allaient-ils se présenter ? Par quel sujet entameraient-ils leur voyage ?

De voyage, il en fut question. Les métaphores allèrent bon train, la sacristie s'est transformée pour l'inauguration en radeau pour les plus humbles, en trois-mâts pour les plus optimistes ou les plus ambitieux... En tout cas, l'équipage était radieux, heureux de travailler en groupe, de mener leur embarcation dans le même sens, et comptant bien garder sereinement le cap, que ce soit en cabotage ou en haute mer.

En parlant d'équipage, même s'il était exclusivement masculin au début, pour moi il ne faisait aucun doute qu'il s'élargirait avec quelques personnalités féminines. Ce fut rapidement le cas, d'autant que Jean-Baptiste Balleyguier a très vite mis les pieds dans le plat, avec son article "Où sont les feeeeemmes…", suite auquel la polémique a dépassé toutes les espérances de l'auteur en termes de commentaires, je pense ! Quelques jours plus tard, ce sont Anne-Claire et Zabou qui obtenaient leur admission dans la sacristie, priant "les hommes" de faire un peu de ménage (Edmond, rassemble ces tasses que je ne saurais voir... David, cet objectif qui traîne entre ciboire et lectionnaire ne serait-il pas le tien ?).

J'ai remarqué que les quelques sujets qui ont été lancés au départ du blog provoquaient le débat sinon l'empoignade. Etait-ce volontaire ? J'ose imaginer que leurs auteurs avaient gardé en réserve certains articles pour ce nouveau media... Cela veut-il dire que l'activité du blog va s'atténuer ? Probablement pas. L'avantage d'un blog collectif, c'est que les différents auteurs peuvent se passer le relais suivant leurs activités annexes, en fonction des sujets sur lesquels ils sont plus ou moins aptes à réagir, plus ou moins sensibles.

De mon point d'observation, j'ai quand même eu à l'esprit quelques questions : pourquoi un tel blog collectif ? Pourquoi maintenant ? Et existe-t-il quelque chose de semblable dans la communauté réformée ?

La principale raison du blog collectif est celle de la visibilité. Oui, mais... les blogueurs qui se sont rassemblés chez les sacristains n'étaient-ils pas déjà visibles ? Effectivement, en se rassemblant ils peuvent faire entendre leurs voix à l'unisson sur certains sujets. Cela justifie-t-il seulement la création des Sacristains ? Pas vraiment : le Pape lui-même leur a donné sa bénédiction pour faire entendre leur son (de cloche !) sur Internet...

Pourquoi maintenant ? Ca, c'est une question que je me pose encore. Sans doute les fondateurs ont-ils pensé qu'une période d'accalmie dans l'actualité serait plus propice au lancement (nécessitant forcément un peu de réglages) d'un tel site. Et puis, l'équipe a le temps de se souder avant la prochaine tempête médiatique que, n'en doutons pas, une société de plus en plus laïque (voire athée) saura de nouveau lancer !

Enfin, cela m'a donné l'idée de voir ce qui se faisait du côté des blogs protestants. Par la force des choses, c'est un peu plus compliqué à trouver, les proportions étant en France d'environ un protestant pour trente catholiques (source Wikipedia). Les quelques résultats que j'ai obtenus reflètent bien l'organisation synodale des Eglises protestantes... Pour la plupart, il s'agit déjà de sites ou de blogs collectifs : paroisses, associations, événements... Les quelques blogs personnels sont souvent ceux de pasteurs relatant leur expérience personnelle (tel celui d'Eric George qui me fait parfois l'honneur de passer par ici) ou publiant leurs prédications, parfois à la demande de leurs paroissiens. J'exagère, il y a aussi des blogs de profs-chercheurs...

Bref, ma curiosité fut comblée, je dois avouer que j'apprécie le blog des Sacristains, qu'ils m'ont fait découvrir des blogueurs que je ne connaissais pas encore... Leur façon de voir les choses donne une ouverture certaine à des points de vue personnels, un échange qui n'existerait pas ou qui serait moins visible entre leurs blogs personnels. Bon voyage !

vendredi 09 octobre 2009

A bout de bras...

C'était il y a onze ans. Je venais de passer mon bac, elle était déjà en études supérieures. De formation plutôt littéraire, elle s'engageait dans une voie scientifique. Courageuse, opiniâtre, elle savait qu'elle débutait une longue route, semée d'embûches, et ce d'autant plus qu'elle n'est pas française. Je l'ai aidée, du mieux que je pouvais, pour combler son retard en maths.

Elle a tout affronté. La solitude, les moqueries, la méconnaissance de la langue, les paperasseries administratives infligées aux étrangers, l'éloignement de sa famille, le découragement. Vaille que vaille, elle a persévéré, a passé ses diplômes universitaires, cherché une thèse et la structure correspondante qui voudrait bien l'accueillir. Elle n'a pas pu vivre sa foi, les orthodoxes étant encore plus minoritaires que les protestants en France ; une foi qu'elle a reçue en cachette, car interdite dans l'ancien bloc soviétique... Elle a parfois eu des mots avec son frère, installé en Angleterre, a eu quelques moments de répit, en été, lorsqu'elle pouvait rentrer quelques semaines chez elle, au bord de la Méditerranée. Elle a enchaîné les familles d'accueil, des logements parfois vétustes, enduré un train de vie toujours limité par des ressources restreintes. Elle a accompagné le passage de sa mère "de l'autre côté", à quelques jours de son anniversaire. Elle a dénoncé les abus d'un système exploitant les thésards, sans se rendre compte que sa soif de justice lui vaudrait des pressions et des chantages.

Il y a un an, elle pensait voir le bout de ses peines. Nous sommes allés en famille à Strasbourg, pour l'encourager lors de sa soutenance de thèse, brillamment réussie : elle est maintenant docteur en biochimie moléculaire.

Mais ce n'était pas terminé. Il lui fallait courir de nouveau, après un poste de travail cette fois. Reprendre son bâton de pèlerin, se faire valoir auprès des employeurs potentiels, faire jouer ses précédentes expériences, ne pas se décourager après les entretiens ratés, l'absence de suite aux candidatures, les refus...

Lorsqu'elle a enfin trouvé un poste en Angleterre, il lui a fallu s'adapter à une autre langue étrangère au quotidien, entrer dans le monde du travail, rejoindre une nouvelle équipe, tenter de ne pas avoir d'a priori sur ses relations avec ses collègues. Aujourd'hui, elle est au bout du rouleau. Elle se sent dépassée, épuisée, isolée, faible, honteuse de ne plus avoir la pêche, de confier sa peine à des amis avec qui elle voudrait au contraire être joyeuse, n'avoir que de bonnes nouvelles à annoncer !

Alors, ce soir, en déposant ma semaine au pied de la croix, je sais qui je vais Lui demander de porter...

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