Tigreek

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dimanche 09 mars 2014

(re)Sourire

Quand elle est entrée dans la rame et s'est assise en face de moi, j'avais le sourire aux lèvres après avoir lu le texto d'un proche... Le sourire est resté même si son visage m'a choquée. Elle avait dû être gravement brûlée, et elle en a gardé des cicatrices importantes : joues, front, nez, menton... En quelques secondes j'ai réalisé qu'elle portait son drame sur elle, en permanence.

Alors elle a sorti son téléphone de sa poche. Elle a appelé. Au cours de la discussion, dans un sabir joyeusement accentué, au fil des stations, sa figure s'est éclairée, peu à peu... Jusqu'à terminer en éclat de rire ! Et j'ai compris... Compris que ce qu'elle portait sur elle, ces marques qu'elle ne pouvait pas enlever, ce n'était pas une fatalité !

Elle est sortie, vers une correspondance, un autre métro... Je ne la connais pas, on ne s'est rien dit, nos yeux se sont à peine croisés... Et en quelques instants, elle m'a rappelé qu'il suffit d'un sourire pour tout illuminer. Merci :-)

mercredi 05 mars 2014

Des hommes, des cendres, un chemin

Un nouveau chemin... Chaque année, j'ai un peu la surprise... Chaque fois, quelqu'un me pose une question... Un peu comme un clin-Dieu, une piste pour me remettre sur la route !

"Que font les protestants pour le Carême ?" ; "C'est quoi le Mardi-Gras ?" ; "Pourquoi 40 jours mais ça commence un mercredi ?"... Autant de questions apparemment simples, autant de discussions qui sont allées bien plus loin...

"Convertissez-vous et croyez à l'Evangile !"... Un appel, encore... A réécouter, à rejoindre l'Evangile, à reprendre la route plutôt que les chemins de traverse...

Chers amis, quelle que soit la manière dont vous montez vers Pâques, que votre voyage soit serein, paisible, qu'il vous mène vers vous-même, comme Abraham l'a fait en obéissant à Dieu : lekh lekha, va vers toi !

vendredi 17 janvier 2014

Question de point de vue...

Assertion de départ : "entre la Bible et la communion, y'a pas photo !"

Le catholique : "c'est sûr, entre un bouquin et le Corps du Christ, y'a pas photo !"

Le protestant : "c'est sûr, entre la Parole de Dieu et la commémoration d'un repas, y'a pas photo !"

Moi : "je prendrais bien la Parole de Dieu et le Corps du Christ..." ;)

samedi 27 juillet 2013

Grand Kiff, 2ème édition - Teasing

Hier matin, des quatre coins de France et de Navarre, et même d'Angleterre et d'Allemagne, des bus ont convergé vers Grenoble, contribuant ainsi au caractère orange du trafic annoncé par la sécurité routière...

Mille cinq cent personnes, des jeunes de 15 à 25 ans et leurs animateurs, de toutes paroisses protestantes, sont réunies pour cinq jours de fête, de louange, de prière, d'ateliers bibliques, de créativité, de joie, de partage... Le thème ? Vous êtes lumières du monde !

Avec un petit groupe de notre paroisse, j'ai la chance d'y participer. Ces mômes sont incroyables ! Sketches, chants, danses, prières, ils savent tout faire, avec une énergie et une profondeur souvent étonnante et rafraîchissante... Je viendrai vous raconter, comme je le peux, comme je le sens... Quelques jours de patience !

lundi 03 juin 2013

Non communion

Note préliminaire : oui, ceci est le deuxième billet, sur le même sujet, coup sur coup. Le précédent était davantage un billet d'humeur. Parce qu'une heure d'adoration en union de prière mondiale, bien sûr c'est magnifique. Mais avec le contexte que j'ai pris en pleine figure samedi, et que je vais tenter d'expliquer dans le présent article, c'était très dur de me trouver en décalage, bien malgré moi.

Cela fait quelques années maintenant qu'il m'arrive, parfois, d'officier pour des cultes. J'ai eu cette chance, depuis le début de mes études de théologie, d'avoir tout à la fois une paroisse[1] particulièrement accueillante et une pasteur qui a confiance, et nous donne confiance.

D'ici quelques semaines, la paroisse sera sans pasteur, pour une année de vacance[2]. Je suis, avec d'autres, dans le panel des prédicateurs laïcs, et nous avons déjà préparé le planning pour les quelques mois à venir.

Mon prochain culte est prévu le 14 juillet. Comme à chaque fois que j'ai cette chance, j'essaie de transformer cette célébration en nouvelle occasion de fête oecuménique... J'invite des amis catholiques[3], je lance quelques petites provocations, toujours avec le sourire : "Tiens, c'est moi qui prêche ce jour là... Ca t'intéresse ?"... ;) Je tends mes petites perches dans l'espoir de créer de nouvelles passerelles, susciter des questions, des sourires, des louanges, de l'ouverture d'esprit, peut-être même des graines d'oecuménisme.

Cette fois, la formule change un peu. Le 14 juillet, c'est le deuxième dimanche du mois. Les deuxièmes et quatrièmes dimanches, ce sont des cultes avec Sainte Cène. Pour moi, cela prend une consonnance spéciale. Ce sera la seconde fois seulement ! Et à mon tour, partager le pain pour l'assemblée, offrir le vin, communier... Quelle joie ! Quelle fête !

Alors, comme chaque fois, j'invite. En précisant la Sainte Cène. Et que, selon la formule traditionnelle, "tous ceux qui reconnaissent Jésus Christ comme le Seigneur" sont invités à la table... Etonnement et joie pour la plupart, qui se réjouissent à l'avance... Et une réponse négative :
"- Tu sais que je ne pourrai pas participer..." La voix s'est faite un peu triste dans le combiné.
"- Hein ?!? Pourquoi ?!" Mais à la seconde où je pose la question, je connais déjà la réponse. L'Eglise catholique romaine demande à ses fidèles de ne pas communier à la Sainte Cène, pour éviter la confusion avec une communion pleine et entière, dans les canons de l'Eglise[4].

Je tente d'argumenter, qu'on se connaît, qu'il n'y aura pas de risque de confusion ni pour les gens présents, ni pour moi, que ce fichu principe de précaution n'a pas lieu d'être, pour une fois ! C'est peine perdue. Le devoir d'obéissance dans toute sa splendeur. Mon esprit n'est plus à la fête, seulement la séparation.

Pour moi, c'est une nouvelle déchirure. Une révélation : non seulement l'accueil eucharistique est de moins en moins possible pour les protestants, mais en plus, pour des catholiques respectueux du droit canon, l'accueil à la Sainte Cène n'est pas possible non plus ! Malgré tous les efforts d'ouverture et de pédagogie, c'est toujours une fin de non-recevoir. Là, je pense que beaucoup comprendront quand je dis que l'Eglise catholique romaine paraît vraiment méprisante ou orgueilleuse, au choix, vis-à-vis de ses partenaires dans l'oecuménisme...

J'en profite pour poser officiellement la question à mes lecteurs ayant quelques compétences en droit canonique : de même qu'on peut demander un accueil eucharistique à l'évêque de manière exceptionnelle, peut-on demander une dérogation pour un accès à la Sainte Cène ? Est-ce prévu quelque part en droit canonique ou je mets encore les pieds là où je ne devrais pas ? Faut-il que je travaille Unitatis Redintegratio[5] dans tous les sens pour en trouver une interprétation qui convienne ?

En fait ces journées à la con, ça te fait te sentir vivant,
ça me fait écrire des textes bien écorchés comme avant...
Grand Corps Malade, Jour de doute

Edit du 05 juin : j'ai ajouté le lien vers l'encyclique de 2003 exprimant la demande faite aux catholiques de ne pas communier hors de l'Eglise Catholique Romaine.
Merci au pasteur Pernot de l'Oratoire, et à son blog très précis sur la question.

Notes

[1] Je parle de la paroisse protestante ; je fréquente tout aussi assidûment la paroisse catholique, mais mes limitations y sont autrement plus importantes...

[2] Il n'y a pas de faute d'orthographe, c'est bien une vacance pastorale, et je vous prie de croire que ce sera loin d'être des vacances !

[3] Voire athée...

[4] Le texte exact est : "Les fidèles catholiques, tout en respectant les convictions religieuses de leurs frères séparés, doivent donc s'abstenir de participer à la communion distribuée dans leurs célébrations, afin de ne pas entretenir une ambiguïté sur la nature de l'Eucharistie et, par conséquent, manquer au devoir de témoigner avec clarté de la vérité." Ecclesia de Eucharistia, §30

[5] Texte de Vatican II concernant plus particulièrement l'oecuménisme, NDA

En travers de la gorge

Fête du Saint Sacrement ce dimanche. Avec évangile de la multiplication des pains. "Donnez-leur vous-mêmes à manger !". Dieu multiplie autant que nécessaire... A la seule condition qu'on mette un peu de nous-mêmes au départ !

Pour moi, c'est plutôt multiplication des douleurs. Car oui, l'intercommunion est, plus que jamais, absolument pas d'actualité. Et donc, pour des "métis" chrétiens comme moi, pour des familles multi-confessionnelles, pour les 90% des protestants qui ont épousé des catholiques, c'est toujours une déchirure.

Parce que l'Eglise catholique n'accepte l'accueil eucharistique qu'à de très rares exceptions.
Parce que les catholiques ne doivent pas entretenir la confusion en communiant à la Sainte Cène protestante.
Pas d'échappatoire. Pas de communion possible. C'est tout. C'est simple. Implacable. Douloureux.

Alors pardon Seigneur, j'ai eu un sourire ironique quand durant la prière eucharistique, le prêtre a évoqué l'unité à bâtir. Où est-elle, cette unité, quand on claque les portes sur les orteils qui essayaient de se glisser dans un entrebaîllement timide ?

Où est-elle cette unité, quand on pourrait avoir l'impression qu'il y a bien plus de raisons d'être écarté de la communion qu'il n'y en a d'y être accepté ? Divorcé remarié ? Ecarté ! Homosexuel non célibataire ? Ecarté ! Protestant ou mélangé ? Ecarté ! Avortée ? Ecartée ! Franc maçon ? Ecarté !

Il y a deux millénaires, un gars bien avait dit : "je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades." (Marc 2, 17). Le même a choisi de donner, comme le dit la prière eucharistique, "le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, qui sera donné pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés".

Et maintenant ?

C'est peut-être ça un jour de doute, c'est pas une chute de moral... C'est le besoin de vérifier que t'as encore bien la dalle !
Grand Corps Malade, Jour de doute

lundi 06 mai 2013

Athée, vraiment ?

Pito est geek, un peu. Célibataire, il a traîné ses guêtres dans différentes branches professionnelles avant d'atterrir dans l'informatique parisienne, comme beaucoup, à l'approche de l'an 2000. Il se dit athée par désintérêt... Et à l'occasion, parle avec un certain mépris d'un curé de son enfance qui l'a marqué. Dans le mauvais sens du terme. Depuis, il ne veut plus entendre parler de l’Église. Il a deux filleuls, qu'il couvre régulièrement de cadeaux et dont il suit l'éducation avec assez d'intérêt. Il veut être un parrain copain et bienveillant, cherchant à éveiller la curiosité intellectuelle de ses filleuls, leur sens critique... Et de la négociation aussi, parfois !

Pivi est geek aussi, à fond : jeux de rôle, univers fantastiques et de science fiction, esperanto, programmation professionnelle et personnelle... Marié, deux enfants, il a le sourire aussi facile que le verbe, le coeur sur la main et une franchise qui fait parfois grincer des dents. Surtout en entreprise. La religion ? Il en a eu un aperçu. A rencontré des clercs pas très ouverts, d'après ses dires. Et après avoir subi les épreuves de la vie, vu le mal de près, il refuse de croire en un Dieu bon. Et même en un dieu tout court. Malgré tout, il reconnaît qu'il a été élevé dans une société judéo-chrétienne dont il apprécie les valeurs. Il s'est marié, mais pas à l'église. Son fils, l'aîné, a reçu le baptême à l'église pour des convenances familiales ; sa fille cadette a reçu un "baptême républicain". Il ne donnera pas de catéchisme à ses enfants, s'efforcera de les éduquer à différents points de vue spirituels "pour qu'ils puissent choisir une religion, s'ils le souhaitent".

Jean Claude a un travail répétitif, qu'il trouve barbant et peu enrichissant intellectuellement. Pour ne rien arranger, ses collègues, qui ne ratent pas un épisode de "l'amour est dans le pré", seraient bien incapables de citer trois espèces de céréales ou trois races bovines... Avide de savoir et de réflexion, il cherche en permanence la discussion sur des sujets aussi divers que la géopolitique, l'histoire, la philosophie, les religions... Rien ne l'intéresse plus qu'un débat argumenté sur un sujet qu'il maîtrise ou qu'il souhaite approfondir. Il s'est construit seul, faute de structure familiale solide et de moyens financiers suffisants. Son enfance au parcours chaotique n'a pas laissé la place pour un enseignement religieux. Il se dit athée, agnostique, bouffeur de curés... Et est trop heureux de lancer une discussion sur les différences entre les cathares et les protestants. Sa soif spirituelle, son besoin de présence, de lien, se ressentent dans chaque propos qu'il tient. Athée, vraiment ?

Bénédicte a grandi dans une famille rationnelle. Les pieds sur terre, la valeur du travail avant tout, elle est devenue une fourmi[1] laborieuse, hypermotivée, la conscience professionnelle chevillée à l'esprit. Elle se targue d'avoir un minimum de culture, et a bien appris quelques histoires, des traditions religieuses, la signification de certaines fêtes... Comme beaucoup, elle confond immaculée conception (de Marie) avec conception virginale (de Jésus). Sans attachement particulier à l’Église, elle prône une éducation forte et stricte, sévère mais juste, une morale assez classique somme toute.

Guillaume s'est construit par provocation, par opposition aux autres. Opposition à sa mère dont il n'était pas le préféré et pour laquelle il s'acharnait à être toujours plus turbulent. Opposition sociétale en choisissant un look que l'on peut qualifier de marginal : cheveux longs, habillé de noir de la tête aux pieds et parfois jusqu'aux ongles. Opposition à une Église qu'il considère comme un instrument de pouvoir et de manipulation, à un Dieu dont il nie farouchement l'existence. Pourtant... Derrière la façade un peu abrupte, on le découvre compétent, serviable, toujours de bonne compagnie et l'oreille attentive. Il joue avec humour de son côté décalé et ne veut surtout pas entendre qu'il pourrait avoir quelque attache... Mais est prêt à aller jusqu'au mariage religieux, lui qui se dit ouvertement athée, pour pouvoir faire sa vie avec celle qu'il aime, la mère de son fils dans quelques temps[2]. C'est aussi celui de mes coéquipiers qui affiche le plus ouvertement son ignorance de tout catéchisme, et me pose régulièrement des questions sur tel ou tel point de pensée, de dogme, pour avoir une sorte "d'état de l'art"...

Sylvain et Élodie ont été baptisés, et c'est à peu près tout. Concubins depuis plusieurs années, ils ont fini par se marier. C'est alors que la question s'est posée : mariage religieux ou pas ? J'avais fait une bénédiction lors du mariage d'un couple d'amis, ils s'en souvenaient et avaient été touchés, à défaut de comprendre ou d'adhérer. Conscients de la légèreté voire de la provocation que serait de leur part une demande de mariage à l'église, ils ont évoqué l'idée d'une bénédiction, une petite prédication, "quelque chose"... Nous en avons discuté ensemble, parlé superstitions, croyances, foi, rites, symboles et ressentis... Un peu de la Bible et de Jésus, aussi. On a cherché le fond de leur demande, je leur ai dit que c'était eux qui se mariaient, pas leurs grand-mères pour qui c'était fait depuis longtemps. Nous n'avons pas fait de célébration. J'espère juste ne pas avoir rebuté, permis de poser une réflexion, quelque chose qui ait un peu de sens.

Au travail, entre amis, en famille, se définir comme "athée, avec des valeurs" est désormais l'équivalent de celui qui, il y a deux générations, allait à la messe le dimanche "parce que ça se fait". Mais sont-ils véritablement athées, ces gens qui m'entourent, me provoquent, me questionnent ? Sont-ils si différents de ceux qui, il y a quelques décennies, n'avaient d'image de l’Église que celle que leur renvoyait le curé lors de la messe où les (en)traînaient leurs mères, leurs épouses, leurs enfants ? Quel est mon rôle, notre rôle, en tant que croyants ? Doit-on seulement tenir un rôle particulier ?

Note : oui, je parle essentiellement de gens venant de familles catholiques. Je préviens d'avance les trolls protestants : si je n'ai pas d'exemple en tête dans un cadre protestant, c'est probablement à cause de leur minorité (je rappelle que les protestants représentent environ 3% de la population en France ; et par exemple, je n'en connais aucun dans mon environnement professionnel). Je sais que le même type d'histoire, version protestante, se trouve aisément en Suisse, en Alsace, dans le sud de la France, où le protestantisme est davantage une confession "installée", au même titre que le catholicisme.

Notes

[1] ou une abeille ?

[2] Depuis le début de rédaction de cet article, son fils est né. Il s'appelle... Nathaniel (ce qui veut dire "don de Dieu", en hébreu) ! Quand je lui ai demandé s'il connaissait la signification de ce prénom, il m'a répondu "oui" avec un grand sourire... Une provocation de plus, ou une porte ouverte à un Autre potentiel ?

lundi 29 avril 2013

Tristesse

Seigneur, qu'a-t-il donc fait ?

Qu'était-il pour mériter cela ? Enfant, presque orphelin, il reçut ton enseignement.
Il ne pouvait recevoir le baptême : trop jeune pour décider par lui-même, il se heurta au refus de son responsable légal.
Il y eut ce prêtre, qui refusa de l'emmener avec les autres enfants, car il n'était pas catholique.
Oh Seigneur, comment peut-on faire cela en ton nom à un enfant ?
Il en fut mortifié. La sensibilité des enfants est un trésor tellement fragile !

Mon ami, que t'a-t-on fait ?
Des années après, quelle est cette défense que tu t'es bâtie ? Quelle est cette rancoeur que tu exprimes si violemment ?
Est-ce vraiment celle de cet épisode que tu as évoqué douloureusement devant moi ?
Mon ami, mon frère, comme j'ai mal pour toi !
Ton hurlement me stupéfait.
Comme elle doit être grande, cette douleur, qui sourde, qui bouillonne, qui fuse finalement, si fulgurante, transformée en colère immense contre une institution que tu rends responsable !

Mon Dieu, je t'en supplie, prends soin de cet enfant...
Qu'il puisse enfin trouver la paix.
Qu'il sache, un jour peut-être, pardonner.
Mon Dieu, toi qui sais guérir les plus grandes blessures, je t'en prie, garde-le près de toi.

mercredi 24 avril 2013

La nature a horreur du vide

Cet adage semble se confirmer pour ce qui est des pages Web... Depuis que ce blog est en friche, je ne cesse de recevoir des commentaires en anglais ou même dans d'autres langues, pour me vanter les mérites de tel ou tel produit... Et de plus en plus, ces commentaires franchissent la barrière de mes antispams, pourtant réglés au petit poil pour ne laisser passer aucun mot-clé douteux !

Bref, si vous ne voyez pas de nouveaux articles par ici, cela ne signifie pas que je ne pense pas à vous, chers lecteurs. Au contraire, ma tête fourmille même de points de vue, de coups de coeur, de ras le bol parfois, de petits bonheurs que je voudrais vous partager... Cependant, il y a parfois loin de la pensée au texte construit, lisible, public !

J'espère vous revenir très bientôt, avec de nouveaux écrits. Je dois vous avouer que si le Carême fut cette année un véritable désert, éprouvant tant physiquement que psychiquement, ces dernières semaines sont pleines de chamboulements inattendus, violents, merveilleux et terrifiants à la fois...

lundi 04 mars 2013

Coming out (1)

Comme ceux de la "génération Jean-Paul II", pendant plus de vingt ans je n'ai connu qu'un pape. Il était là avant ma naissance et malgré ce que mes parents, mes grands-parents en disaient, je ne pouvais pas imaginer d'autre que lui. Vieux, en blanc, souriant, avec ces yeux qui pétillent et la légende du "pape polonais inattendu" collée aux souliers.

Et voilà qu'en huit ans, il se passe davantage de choses qu'en vingt-cinq... Sans doute mon regard a-t-il changé aussi. Ceux qui avaient connu Vatican II et le grand essor libéral qui s'est ensuivi ont vu arriver Benoît XVI avec un oeil très critique. Dans mon entourage, beaucoup ont fait la moue et déploré l'arrivée au pouvoir du "panzer kardinal", comme il était surnommé. J'ai entendu prédire la mort d'un oecuménisme, prétendument rendu agonisant par les efforts de Jean Paul II. Les affres des différentes tentatives de rapprochement avec la FSSPX n'ont pas arrangé cette opinion, propageant l'idée que ce nouveau souverain pontife aimerait mieux faire l'unité avec une forme d'extrémisme qu'avec une sensibilité (réformée ou luthérienne par exemple) plus éloignée théologiquement mais aussi plus modérée. C'était, sans doute, oublier un peu vite l'accueil interreligieux à Assise, par exemple.

De mon côté, je me taisais. Craignant, un peu, un homme réputé intransigeant. Et me disant aussi qu'il avait été élu par ses pairs. Essayant de ne pas écouter les sirènes un peu trop défaitistes à mon goût. Oh, bien sûr, elles se sont accentuées avec les différents sujets délicats qui se sont révélés : SIDA, préservatif, avortement, pédophilie, et également anglicanisme, FSSPX, Vaticanleaks... Sujets ô combien sensibles, sur lesquels il n'est point besoin d'être chrétien pour s'écharper. Situations de souffrance où le ressenti prend trop souvent le pas sur la raison. Je ne crois pas que la Curie soit aussi pourrie qu'on a pu le lire. Je ne veux pas tomber dans l'angélisme non plus. Ce sont des humains, comme vous et moi. Sensibles, raisonnables, faillibles, croyants, passionnés...

Coup de tonnerre. Surprise. Sur le moment, j'ai cru que mon frère, qui m'avait envoyé la nouvelle par texto, me faisait une blague... Benoît XVI annonçait sa renonciation. Stupeur pour moi, je le voyais bien garder le gouvernail encore quelques années, ça doit être mon côté catho. Et à l'inverse, mon côté protestant se dit que ce Pape, par ce geste, est peut-être devenu le plus protestant de tous. En s'écartant de la charge lorsqu'il a estimé que, même avec l'aide de l'Esprit, ça n'allait pas suffire. Si ça, ce n'est pas un geste oecuménique, je ne sais pas ce que c'est...

Humilité, silence, béance. Se taire. Laisser parler. Et faire confiance.

vendredi 08 février 2013

Matin ordinaire

Huit heures. Les nuages s'effilochent sous l'effet du vent. A l'est, le ciel flamboie. Le soleil n'est pas encore apparu au dessus de l'horizon, mais ça ne saurait tarder. Un panache de vapeur tente de rejoindre ses grands frères, mais à cette distance, on dirait que la course est perdue d'avance. Une grue bouge lentement, signe que la ville n'est pas si endormie, que d'autres aussi arrivent tôt à leur poste. En bas, les phares des voitures, petites lumières mouvantes, s'éteignent peu à peu.

Le silence est encore présent sur le plateau. La climatisation ronronne. C'est un bruit que l'on ne peut percevoir qu'à cette heure-ci, avant les conversations, les sonneries de téléphone. Moment parfait pour travailler tranquille. Ou prendre quelques minutes pour regarder le panorama. Café, mails, messagerie instantanée. Petit bonjour à mes collègues au bout du monde. On échange les nouvelles, je leur raconte les dernières anecdotes de mes filles, qu'ils ont vues l'été dernier. Ils partent déjeuner. Là-bas, c'est l'hiver aussi, ils trouvent qu'il fait froid. Quinze degrés de plus qu'ici, quand même.

Café terminé, mails dépilés. Les choses sérieuses s'amorçent, les priorités s'agencent. La journée peut commencer[1].

Note

[1] La journée de travail, s'entend. Parce qu'à la maison, la journée débute à six heures...

lundi 17 décembre 2012

Deo gratias !

Parce que je ne passe plus beaucoup (pas assez ?) de temps sur cet espace public qu'est mon blog... Mais que je pense souvent à vous, oui, toi qui me lis derrière ton écran, et que je prie pour toi...
Parce que le week end, les dernières semaines, furent riches en rencontres, en discussions, en chamboulements de mes certitudes, en découvertes...
Parce que j'aurais bien chanté encore une fois l'Alleluia de cette messe de gaudete, mais que c'était pas prévu, et que j'ai fait sourire l'assemblée en reprenant à pleine voix les premières syllabes !
Parce que j'ai du Matt Maher dans les oreilles...
Parce que j'ai encore réussi à boucler mes devoirs de théo, alors qu'il y a quatre heures, c'était pas gagné...
Parce que c'est l'Avent et que je regrette de ne pas avoir pris le temps de le faire "comme il faut"... Mais que ma fille me rappelle à l'ordre et me pousse à l'humilité et à (m')expliquer...
Parce que deux enfants ont été baptisés aujourd'hui, alleluia !
Parce que c'est le dimanche de la joie !
Parce que ça fait du bien de partager des chants de Taizé et d'écouter de l'orgue...
Parce que les enfants, ça bouge, ça secoue, ça fait plein de bêtises et ça s'illumine d'un seul sourire...
Parce qu'au coeur de la nuit, ça fait juste du bien...

Béni sois-tu, Seigneur !
Gloire te soit rendue !
Alleluia !

mercredi 14 novembre 2012

Pour la Paix

"Pourquoi on fait une prière comme ça ?
- Tu as vu les drapeaux ?
- Oui. C'étaient tous des drapeaux de la France, mais il y avait des écritures en doré dessus...
- Ce sont les drapeaux des régiments de soldats. Ceux qui sont morts pendant la guerre.
- C'est quoi la guerre ?
- C'est quelque chose que tu ne connais pas. Moi non plus d'ailleurs, Papi et Mamé non plus... PAr contre, Fati a fait la guerre, tu sais, le papa de Mamé ? ..."

Difficile de parler de ce qu'on ne connaît pas. Travail de mémoire, d'éducation... Mes filles sont la troisième génération familiale à ne pas connaître la guerre sur le sol français. Du coup, la prière pour la paix organisée samedi dernier dans ma ville en devient vraiment une, peut-être, elle change de visage : plus seulement prière pour les morts tombés au combat, mais prière pour l'avenir, pour tout ce qu'il y a à construire.

Nous n'avons pas connu la guerre. Nous voyons des hommes en parler. Porte-drapeaux, ils sont fiers, graves, solennels. Emus, aussi. Omniprésents dans le choeur et pourtant un peu... incongrus, si l'on peut dire ça. Je crois qu'ils ne viennent pas souvent dans un lieu religieux. Cette distance, autant que celle entre générations, place cette cérémonie un peu hors du temps. Ce n'est plus le temps ordinaire, ce n'est plus un temps de guerre. C'est une parenthèse où tout devient possible !

Nous nous retrouvons entre familles multiconfessionnelles. Avec la même impression : celle d'être chez nous, à l'aise, nous qui avons habituellement un pied de chaque côté. Là aussi, une petit bulle hors du temps, hors de l'espace ordinaire. Pour la Paix.

mercredi 05 septembre 2012

Soir de septembre

Le soir est tombé, avec lui l'effervescence de la journée. Les filles sont au bain, se défoulant de toutes les tensions accumulées. Retrouvailles, découvertes, faire connaissance, apprendre, jouer, rire...

Le soir est tombé, et l'air est moins chaud. Le banc de pierre dans le jardin invite à un moment de repos. D'une fenêtre voisine coulent des notes de piano, d'une autre des éclats de voix. Derrière le mur résonnent des voix d'enfants. Joie du soir, foyer accueillant, activités de loisirs.

Le soir est tombé, le soleil a tourné. Ses rayons se font bas, orangés, doux et un peu étranges. Les ombres des arbres s'allongent, la lumière a changé de couleur. Sur le balcon, il fait doux. Le chat vient se prélasser à côté de moi. L'air sent le calme.

Le soir est tombé, et l'ardeur avec. Mes épaules et mes jambes se font lourdes, et la paisible ambiance qui s'est posée me fait souhaiter plus que jamais un repos que j'espère mérité. Avec, avant de glisser dans l'inconscience, ce délicieux abandon... Dans Ses bras.

mardi 26 juin 2012

Il y a un an

Ce matin[1], j'entendais sur mon habituelle station de radio matutinale, l'annonce des ordinations de futurs prêtres, pour les jours à venir. Et aujourd'hui, surtout, je pensais à un prêtre en particulier.

Il y a un an, il faisait beau et chaud, j'arrivais à Versailles et passais près de vingt minutes à tourner dans les différents parkings souterrains bondés, avant de finir sur le parking du château. En suivant la pointe du clocher dans les rues de la vieille ville, avec deux petites filles surexcitées tant par la chaleur que par l'étrangeté de la sortie que je leur avais proposée, j'ai rallié la cathédrale. Je ne vous cache pas que même si j'avais conscience du caractère particulier du moment, pour cet ami que je tenais à accompagner, je ne me sentais guère en état de percevoir la grâce de l'instant. Une demi-heure de retard, un lieu inconnu, une fille de quatre ans qui ne pense qu'à jouer avec les petits copains sur les escaliers, et une de dix-huit mois qui se tortille entre les jambes des adultes de l'assistance...

Et pourtant, lorsque la cathédrale bondée a entonné la litanie des saints, alors que cinq hommes étaient face contre terre dans la nef, je n'ai pu m'empêcher de frissonner. Et j'ai chanté, prié, avec cette assemblée, pour ce merveilleux cadeau qui nous était donné : cet engagement d'une vie, d'une famille, d'une communauté, au service de Dieu, des autres, du Tout Autre. "Jubilez, criez de joie !", oui, c'est le chant qui a éclaté ensuite, dans l'édifice mais aussi dans ma tête et mon coeur...

Ce matin, je revivais cela, et je revoyais aussi nos partages, URL et IRL[2], sa vie de paroisse, son évolution dans le ministère. Et au moment où Mgr Vingt-Trois parlait des prêtres entourant ceux qui allaient les rejoindre, je me disais "Ca va lui faire drôle, cette année, de prendre sa place dans le presbyterium, un an après !"...

Un an après. En louange et en prière.

Notes

[1] mais aussi à plusieurs reprises ces derniers jours

[2] jeu de mots - pardon, d'acronymes - signifiant "en ligne et dans la vie réelle", pour les non-geeks

jeudi 21 juin 2012

Genève

Des rayonnages. Remplis de livres. Neufs, vieux, réparés, gros ou petits, colorés ou non, dans leurs étagères, autour des tables de travail. Et sur plusieurs étages, chacun correspondant à un domaine : théologie, philosophie, architecture, lettres, ... Sur une porte, une affiche : "le Paradis doit être une bibliothèque géante". Je souris. J'aime cette idée, des livres partout, pour tous... et les murmures qui les entourent. Une bibliothèque, souvent, c'est fait pour travailler... surtout dans une faculté ! Mais c'est fait pour rêver, aussi, voyager en esprit, rencontrer des gens tout en gardant les pieds sur terre...

La fenêtre est ouverte. Dehors, on entend des moineaux pépier, les enfants courir et rire, et puis des notes, piano et flûte, qui viennent du jardin. Le jardin de la faculté, avec au fond son mur monumental, où les quatre Réformateurs toisent les visiteurs de leur stature de géant, m'a toujours fait un effet particulier. En ce moment, pour la fête de la musique, des lumières de couleurs et un podium sont installés. Et un piano est à disposition de qui veut, sous un arbre centenaire. Cette faculté de quatre cent cinquante ans, en pleine ville, respire l'Histoire autant que la culture. De Calvin à l'art contemporain...

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L'ambiance est particulière pour nous, qui venons à la faculté uniquement pour ces occasions particulières. Durant ces jours d'examen, le stress de l'épreuve, la peur de ne pas savoir répondre se mêlent à la joie de voir ou revoir réellement des camarades aperçus uniquement par webcam pendant un semestre. Nous nous sommes lus mutuellement, nous étudions les mêmes cours... ça rapproche ! Nous avons entre vingt et soixante ans, nous sommes de différentes villes de France et de Suisse, de milieux, métiers, expériences très différents... Durant quelques heures, avoir tout quitté pour plancher sur les mêmes questions crée de singuliers liens. Comme une parenthèse dans une vie de folie, une bulle où chacun peut imaginer une vie... autrement.

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C'est un moment de paix. Il fait doux[1], la réserve de chocolats est achetée pour les collègues, la famille, les amis. Les examens sont passés, le stress retombe. Le train est là, je monte, trouve ma place. Je réfléchis à ce que je vais prendre pour le voyage. A l'aller, c'est facile, mon cours pour les ultimes révisions. Au retour, j'ai le droit à un peu de détente : cahier pour griffonner[2], pelotes pour crocheter, bouquin à savourer... Ou juste rien, les mains vides, la tête un peu lasse, le coeur en louange.

On démarre. Je me régale du paysage. Après la sortie de la ville, j'admire ces montagnes que j'aime et que j'aimerais explorer de nouveau. Les champs, aussi. Ici, les céréales sont bientôt prêtes à moissonner, le grain est presque doré, alors qu'en région parisienne il est encore vert. Le réseau de téléphone est toujours en Suisse, pour quelques minutes encore les messages et les appels sont limités. Les arbres moutonnent le long des pentes, les routes traversent les vallées sur des ponts d'une hauteur impressionnante. Quelques maisons sont accrochées, dans les pentes. Du vert, partout, de toutes les nuances. Et seulement quelques taches de rouge ou de gris ardoise... C'est juste joli. Reposant.

Notes

[1] Toujours plus doux qu'à Paris. C'est un constat récurrent. La proximité du lac, peut-être ?

[2] Ce billet bien sûr ! What else ? ;)

mardi 12 juin 2012

Aujourd'hui, j'ai...

... savouré[1] les embrassades de mes filles au moment de partir bosser.

... oublié mon bouquin sur les méthodes des historiens, à potasser pour mercredi prochain. Du coup, j'ai médité le Symbole des Apôtres dans le RER.

... cravaché en parallèle sur trois sujets différents. Heureusement que les PC sont multitâches. Et que Dieu nous a doté d'oreilles et de mains ayant la capacité d'être indépendantes.

... compati aux malheurs de ma chef et réfléchi sur la façon de, peut-être, rationaliser un engrenage qui va de plus en plus vite, avec de plus en plus de sable dans les rouages, et de plus en plus de poids à porter.

... présenté des excuses pour mes erreurs. Humilité pas si simple en entreprise, où chacun doit défendre, parfois chèrement, sa place.

... couru pour être à l'heure chez la nounou. Retrouvailles toujours bienvenues... et avant de partir, des bisous pour tout le monde du haut de ses quatre-vingt cinq centimètres.

... partagé une méditation sur le thème "demander et faire confiance". Groupe oecuménique, multiculturel, multilingue : des chemins de foi, de vie, des échanges. Un rappel aussi : prendre du temps. Pour prier. Pour oublier un peu l'activisme. Se poser, prendre le temps qu'il faut dans cette société du "toujours pressé".

... accueilli avec une grande joie trois bonnes nouvelles. Un chemin de foi qui s'ouvre, pour un futur parrain qui a tout à apprendre... et l'envie de le faire. Une réconciliation, attendue, espérée, priée... et arrivée. Et une demande de baptême. Gloire à Dieu !

... changé de génération en même temps que de lieu. D'une réunion bilan à une autre. Joie du mois de juin !

... retrouvé un prêtre et une bande de mamans. Autour d'un bon repas, de Bibles et d'idées pour transmettre ce que nous croyons à notre progéniture. Et à celle des autres aussi, parce qu'on est sympas.

... prié avec Saint François d'Assise, en souhaitant ardemment que l'Esprit nous donne de pouvoir "mettre l'amour où il y a la haine", sans avoir d'arrière-pensée.

... rejoint mes pénates en pédalant sous la pluie, en pensant à ces heures bien remplies et en souriant. Merci mon Dieu ! Et à demain, si tu veux bien.

Note

[1] Une minute de trop, d'ailleurs, juste de quoi rater la navette. Paye ton quart d'heure à pied le long des voies pour rejoindre la gare.

mercredi 30 mai 2012

Souffle sur nos villes

C'est un rendez-vous que je ne voudrais pas rater. Une fois par an, chaque fois dans un lieu différent, ce sont au bas mot quatre communautés différentes qui se retrouvent : baptistes, anglicans, réformés et catholiques de plusieurs paroisses... Sourires, accueil, (re)découverte, clin d'oeil : "Tiens, mais on se connaît, nous !"... Au fil des ans, les liens se créent, doucement mais sûrement.

Il ne s'agit pas d'une messe ou d'un culte. Pas de sacrement, pas de liturgie habituelle, tout est permis... ou presque. La prière est axée sur nos villes et tous ses habitants. Du bébé le plus jeune jusqu'au maire, en passant par les travailleurs, les parents, les retraités, l'Esprit est venu pour tous ! Toutes les communautés ont participé à la préparation, de la louange à l'intercession. C'est une occasion inespérée pour découvrir d'autres expressions possibles de la foi.

Je suis à l'aise. Certains parleraient sans doute avec dédain de relativisme. Oui, j'aime le silence d'une adoration ou les méditations d'un monastère. Ici, je me régale des multiples manières de s'approcher de Dieu. J'apprécie la ferveur qui se dégage de la prière spontanée. J'aime chanter à pleine voix avec le groupe de louange. Je crie vers Dieu avec le groupe d'action catholique ouvrière, dénonçant la folie du monde du travail, cherchant les pépites d'espoir. Je fredonne "jamais tout seul" avec une jeune haïtienne vibrante de foi dans une situation de dénuement. Je prie avec les disciples d'Emmaüs, pour avoir le feu au coeur et savoir reconnaître le Christ dans ceux qui sont isolés au milieu de nos jungles urbaines. Je prie encore pour que le Seigneur donne la sagesse à ceux qui nous gouvernent, de près ou de loin... Je frappe des mains en chantant avec mes frères et soeurs pour garder au coeur ce moment de partage.

La soirée se termine sur une touche conviviale, autour d'un verre et de quelques biscuits. Discussions, sourires, échanges, surprises, présentations... Et à l'année prochaine pour une autre prière, ensemble, pour nos villes.

lundi 16 avril 2012

Mots d'enfant

Matin de Pâques, je rappelle à ma "grande" (cinq ans et demi) l'importance du jour...
- Aujourd'hui, c'est Pâques, tu sais ce que ça veut dire ?
- Ouiiiiiiiiiiiii (avec un grand sourire), on fait la fête !!
- Et pourquoi ?
- Parce que Jésus, il est résu... rezé... Euh... Il est RE-VIVANT !


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Devant son documentaire sur les "bébés animaux", qu'elle me réclame régulièrement, on voit passer des vaches de diverses sortes et diverses couleurs... A un moment, je vois ce que je pense être des charolaises (en fait probablement des chillingham, je crois que le documentaire a été tourné en Angleterre), je lui demande :
- Tu sais comment elles s'appellent, les vaches blanches, là ?
- Euh...
- Comme chez Papi et Mamé...
- Euh... Des vaches natures ?!


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Fin de journée, retour à la maison :
- C'était bien l'école aujourd'hui ?
- Oui ! Avec Gabrielle, on a fait une activité... On a fait un bonhomme !
- Ah ? Et comment ?
- Ben, elle nous a donné du papier de luge et...
- Du quoi ??
- Du papier de luge ! Et puis on l'a plié, froissé, et on a fait un bonhomme...
- ...
Une semaine après, ma fille revient de l'école avec une statuette figurant un danseur... En papier d'alu !

lundi 02 avril 2012

Grâce et souffrance

Eloi, Eloi, lama sabacthani... A la mode, cette phrase ? Oui, sans doute car c'est la période... Vivre la Passion tout en connaissant la puissance d'espérance de la résurrection... Jésus a-t-il douté sur la croix ?

Bien sûr que non, diront les exégètes de tout poil, qui auront reconnu le psaume 22 (21)... Ce psaume des ténèbres, basculant aux deux tiers pour finir en cri de louange, préfigure sans aucun doute aux yeux du chrétien le sort qui attendra Jésus.

Bien sûr que oui, disent les partisans de la théologie dyophysite[1] ! Puisque Jésus est tout homme, il faut bien qu'il aie connu le doute, lui aussi ; la peur, l'angoisse, jusqu'au tréfonds de lui-même, jusqu'au bout de ses convictions.

Et pourquoi cela n'aurait-il pas été un cri de souffrance mais aussi d'espoir ? De l'auto-persuasion pour passer au delà de l'épreuve qui consistait quand même, excusez-moi du peu, à mourir ! Ce psaume, il le connaissait forcément. S'il en connaissait le dénouement, peut-être l'a-t-il choisi précisément parce que sa situation, cloué au bois de la croix, correspondait au dénuement[2], à la supplique désespérée du psalmiste au début du texte.

Il est impossible de souffrir, de mourir à la place de quelqu'un en grande détresse physique, psychique ou spirituelle. Mais à ses côtés, peut-être est-il possible de rappeler ce psaume, et son verset charnière : "Tu m'as répondu !"[3]. Oui, la douleur est là. Elle est terrible. Opaque. Étouffante. Elle empêche de voir autre chose. Elle aveugle le cœur et l'esprit. Elle empêche de penser, de raisonner. Elle transforme tout autour, de mal en pis. Mais il y a quelque chose, après. C'est comme la fumée dans un incendie : elle est toxique, irrespirable, elle affaiblit, oblige à se courber, se baisser, aller presque jusqu'au sol. Mais si l'on peut lui échapper, dehors, il y a de l'air frais.

Il faut cheminer par la Passion. Mais nous, chrétiens, savons qu'au bout, il y a la Résurrection. Bonne semaine sainte.

Notes

[1] mot barbare s'il en est, qui signifie "deux natures", pour exprimer toute la divinité et l'humanité de Jésus, réunies en un seul être... Oui, je sais, mon cours d'histoire du christianisme sur le concile de Chalcédoine tombe à pic !

[2] oui, sans le 'o', ici

[3] verset 22

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